246-La Politique ça rigole pas...par Judith Bernard, 14 posts

 
ARROUET(NDLR:un fidèle internaute de ce blog):Je ne résiste pas à la tentation de vous copier, tel quel, le texte que Judith Bernard fait paraître dans le Big Bang Blog… Judith Bernard, bien sûr vous la connaissez ! La Complice de Daniel Schledermann et de David Abiker dans Arrêt sur Image, chaque dimanche sur la 5ème. Judith Bernard, chroniqueuse sur A.S.I. donc, prof de Français dans un lycée de Banlieue et à ce titre syndicaliste, et enfin intermittente du spectacle puisqu'elle est également comédienne. Je signe des deux mains sa contribution au débat.
Marc Baldy:Eh bien moi,à titre exceptionnel,je mets en ligne cet article afin de le rendre plus lisible,comme je l'ai fait pour quelques autres dont notre fidèle Roland Cayrol qui a bien le mérite de nous confier le fruit de sa réflexion  alors que les sondeurs se font plutôt tirer comme des lapins dans les blogs citoyens.Ainsi, nous sommes bien dans un espace d'information citoyen,
indépendant,interractif,un véritable espace de liberté.

 


 D'où me vient cette impression, depuis un moment, que s'afficher Ségoliste c'est totalement has been ? Dans les mouvements so suspensefull de la campagne, une telle fixette, c'est d'un ringard, pfffff. Et puis se revendiquer socialiste, un si vieux mot, on ose à peine le dire, on se sent immédiatement pousser une trompe de pachyderme bon pour le cimetière.

Moi en tout cas Ségoliste, et socialiste déclarée depuis belle lurette, j'ai l'impression de jouer la pôv'nouille ou la vieille cloche, et ça commence à m'user les nerfs sévère. Et pourtant je persévère, perplexe.


Perplexe devant les indécis : tant d'électeurs encore font trembler leur carte dans le vent des humeurs, des passades et des bouderies. Moi ça m'étonne : ça veut dire, donc, qu'il y a assez peu d'électeurs de partis (vous savez, ces machins historiques qui trimballent une idéologie, une vision, un passif et un actif, des bilans et des projets). A ce rendez-vous-là, de la Présidentielle, on élirait, vraiment, une personne plutôt qu'un parti. Pourquoi pas, c'est vrai que le costard suppose un peu d'épaules (épaule : n.f désignant une partie de l'anatomie dont les femmes sont universellement pourvues, quoiqu'en proportions moindres que chez les hommes, mais ça n'empêche pas de porter des trucs, par exemple des responsabilités).


Mais ça veut dire aussi qu'il y a assez peu d'électeurs de programmes : parce que les programmes on les connaît, maintenant, on ne peut plus dire qu'on ne sait pas ou qu'on n'a pas compris. Donc si 42% (ou 37 ou 63, mettez ce que vous voulez qui fasse « beaucoup », de toutes façons, les sondages, hein...) si beaucoup de Français se déclarent aujourd'hui indécis ça veut dire que beaucoup de Français se foutent pas mal des programmes que les politiques se sont quand même un peu cassé le cul à leur concocter. Déjà ça m'énerve. Parce qu'à force que les Français s'en foutent pas mal, des programmes, les politiques vont finir par plus tellement se casser le cul, et à la fin, y aura plus que de la com'.


Parce que le grand aveu de la grande hésitation actuelle, c'est quand même celui-là : que la décision, au finale, sera liée à des effets de com'. A priori d'ici le 6 mai, il n'y aura pas changement des programmes, ni des idéologies, des visions, des projets portés par ces trucs, là, les euh comment déjà ? les partis. Il va juste y avoir des effets de com' des candidats.


On est entré dans la phase purement rhétorique de la campagne, dans l'acception la plus cynique du terme : art de l'habillage verbal, de l'uppercut lexical et de la métaphore qui tue. J'aime bien aussi, hein, c'est pas tellement le problème. Le problème, c'est de croire qu'un choix fait sur ces effets-là est un choix fondé en raison : c'est peut-être ultra tendance, on n'a pas l'air embrigadé dans des réflexes partisans, puis c'est trop classe, le libre arbitre jusqu'à la dernière seconde... Mais ça me paraît quand même assez irresponsable.


Parce que, qu'on le veuille ou non, on est influencé par les sondages, et on n'a pas hyper envie d'être du côté des losers. Bien sûr il y a sans doute un petit effet TCE (le côté : j'aime bien faire là où les médias m'attendent pas, j'aime bien être Astérix contre Imperator), mais je crois que la peur de la lose, de sa grande solitude du lendemain matin, est souvent plus forte. Or les sondages, n'est-ce pas, je n'insiste pas. Et puis si, j'insiste : je trouve que c'est l'une des plus énormes escroqueries de notre ère médiatique. La méthode de sélection de la saveur Danette appliquée à la politique.


Irresponsables aussi, les stratégies qui se croient très malignes : Moi je suis tout sauf Sarko, donc je vote Bayrou parce qu'il est donné vainqueur à tous les coups - quels coups ? Dans les sondages. Ah oui, les sondages. Bah oui, si tout le monde les prend pour des prophéties, et agit en fonction, c'en devient (des prophéties), c'est mécanique. Hélas.


Moi j'ai juste envie de rappeler qu'on ne fait pas mumuse avec des guignols en silicone, là.

Au soir du 6 mai, on en prend pour cinq ans : cinq ans d'une certaine direction, d'une certaine vision, d'une certaine philosophie, qui auront des conséquences parfaitement vérifiables dans les existences individuelles. Demandez aux gamins des banlieues brûlées ce que ça leur a fait, cinq ans de Sarkozisme à l'Intérieur et ailleurs. Demandez aux gamins qui ont vu leurs potes embarqués par des flics en pleine classe parce que leurs parents n'étaient pas en règle, potes qu'ils n'ont jamais revus, parce qu'ils sont « rentrés » dans ce drôle de « chez eux » qu'ils n'avaient jamais vu. Demandez aux même plus intermittents recyclés vendeurs chez Mac Do ou Pluto à Eurodysney ce que ça leur a fait, la lutte à mort (de la compagnie) pour la défense de leur statut contre une réforme absurde et mal embouchée. Je ne vous parle même pas des enseignants chercheurs, exsangues, depuis le temps que plus personne n'en a rien à foutre, de l'enseignement et de la recherche. Demandez à tous ceux  qui ne croient plus en rien, et surtout pas dans la politique, usés par douze ans de Chiraquisme (le Chirac du « bruit et de l'odeur », celui de la « fracture sociale », celui des casseroles et de l'impunité, le fossoyeur du TCE qui « comprend pas » les jeunes, ce grand gars sympa dont on se demandait tout le temps ce qu'il foutait à part l'ouverture du salon de l'agriculture...).


La politique, ça rigole pas : quand on se la prend dans la gueule, ça fait vraiment mal. On ne joue pas aux dominos, là : il y a des dominants, des dominés, et on on peut exiger que les cartes soient distribuées avec plus de justice et de justesse. Le pari du grand chaos, « je veux un grand changement du jamais vu et Bayrou c'est l'homme de ça, qu'il le veuille ou qu'il échoue » - je n'y crois pas ; quand on veut le chaos on fait la révolution, y a une méthode, c'est exigeant, faut pas avoir froid aux yeux ni trop de scrupules : faut être nombreux, organisés, et très très déterminés. Mais le chaos obtenu par le petit bulletin glissé dans l'urne, pardon, je n'y crois pas. On nous a déjà fait le coup pendant le TCE, ouais, on va voter Non, ça va foutre un beau bordel et de ce beau bordel sortira un monde meilleur. Le monde meilleur j'attends toujours. Pas plus que de plan B. En attendant, évidemment, c'est statu quo, c'est-à-dire exactement ce qu'on conspuait - ouais, le traité  de Nice c'est trop pourri, beurk, et voilà : so Nice.


Alors aux gens de gauche qui annoncent plus ou moins fièrement ne pas voter Ségolène j'ai envie de demander : c'est quoi, pour vous, la Gauche ? Et comment quelqu'un d'autre que Ségolène pourra mettre en oeuvre une politique qui soit fidèle à votre définition ?


Et à tous les hésitants j'ai envie de demander : vous attendez quoi, exactement ? Sur quel problème de fond n'avez-vous pas eu de réponse ? Sur quel enjeu crucial les candidats se sont-ils obstinément tus ?


Et à tous les électeurs j'aimerais bien adresser cette supplique : au moment de l'isoloir, derrière le rideau, s'il vous plaît, oubliez les stratégies Danette et les derniers sondages. Songez bien que ce moment-là, de l'isoloir, vous fait facteur d'Histoire : nous serons tous responsables, devant elle, de ce qu'il adviendra des minuscules existences individuelles, les nôtres et celles des autres, embarquées dans son grand flot tempétueux.



19/03/2007
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