1264- Le coup de fronde 39 posts

Le coup de fronde édito de jean-claude Souléry (La DDM)

 

Tout bien pesé, il reste les deux nuances de gauches telles que l'Histoire les a façonnées : l'utopiste et la réformiste, celle des « promesses illimitées » et celle qui se frotte au réel. Celle de Benoît Hamon et celle de Manuel Valls. Le premier tour de cette primaire n'aurait donc servi qu'à ça : démontrer ce que nous savions déjà, l'existence de deux projets opposés au sein d'une même famille.

 

Le mal est toutefois plus profond. Il a rongé durant tout le quinquennat cette gauche au pouvoir et il éclate désormais au grand jour : les « frondeurs » peuvent enfin exulter dans leur détestation plus ou moins assumée de l'action menée par François Hollande. Après n'avoir eu de cesse de saper l'autorité du Président, de son Premier ministre, après avoir régulièrement porté des coups contre leur propre majorité, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg – les deux chantres du « tout est possible » – pourraient dimanche prochain enterrer l'idée d'une gauche modérée capable de gouverner dans la durée. Étrangement, la victoire des « frondeurs » s'appuierait alors sur une logique d'appareil, une logique de battus.

 

En effet, si, dimanche prochain, Benoît Hamon, l'homme des trop belles promesses, est investi de la lourde tâche de représenter officiellement ce qui fut, il y a cinq ans, le premier parti de France, il pourra d'abord et avant tout se satisfaire d'avoir réalisé son seul et véritable rêve : celui d'avoir « conquis » le PS, fut-ce sur les décombres du PS.

 

À l'inverse, en s'adressant prioritairement aux Français, Manuel Valls veut croire qu'il est encore temps de retrouver « la fierté d'être de gauche » tout en se confrontant aux réalités du monde. Son discours l'éloigne des préoccupations d'apparatchik, il est plus « présidentiel » que militant.  C'est un difficile pari qui dépasse le seul PS.

 

Car l'ambiance générale est plutôt à la résignation. La primaire n'a pas rassemblé la grande foule. Comment donc s'en aller voter d'un pied décidé, quand, semaine après semaine, le chœur médiatique vous rabâche qu'en définitive cette élection compte pour du beurre,  que son vainqueur sera de toute façon battu, qu'il s'agit en quelque sorte d'un scrutin pour l'honneur ? Faudrait-il admettre que quelque chose est aujourd'hui cassé, que le « peuple de gauche » boîte bas, à moins qu'il ne regarde déjà ailleurs ?

C'est le 23 avril, lors du premier tour de l'élection présidentielle qu'aura lieu la véritable primaire de la gauche, celle grandeur nature que disputeront également Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. On verra alors si, face à l'extrémisme et aux conservatismes, il y a une place pour une France rajeunie qui croit en son avenir.

 

                                            



23/01/2017
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