1239-Hollande sera candidat s'il estime ,en décembre, pouvoir être au second tour 6 posts

"Hollande ne sera pas candidat s'il n'a aucune chance d'être au 2nd tour" L'OBS

"Hollande ne sera pas candidat s'il n'a aucune chance d'être au 2nd tour"
François Hollande, le 17 mai 2016. (Charly Triballeau/AFP)L'OBS

Pour Dominique Villemot, ami de longue date du chef de l'Etat qui sort un livre sur le quinquennat, François Hollande est un Schröder français, qui "a fait le sale boulot qu'auraient dû faire ses prédécesseurs".Mais il l'a mal    expliqué.

Interview.

 
 

A-t-il fait ce qu'on attend d'un président de la République ? C'est à cette question qu'a tenté de répondre Dominique Villemot, avocat fiscaliste, ami de François Hollande depuis les bancs de l'ENA.

Dans son livre, qu'il présente lundi 29 août à Colomiers à l’occasion de la réunion du courant majoritaire du Parti socialiste (Le Foll, Valls, Cambadélis), il revient sur les grandes réformes du quinquennat. Interview.

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ce livre ?

- Les critiques qu'on entend tous les jours sur l'action du président. On a l'impression, soit qu'il n'a rien fait, soit que ce qu'il a fait n'est pas de gauche. Je pense qu'il a fait une bonne politique de gauche.

Cela m'a donné envie de faire le bilan de toutes ses réformes : la réduction du déficit public, c'est la première fois que sur un quinquennat le déficit aura baissé chaque année, l'amélioration de la compétitivité avec les baisses de charge, toutes les mesures sociales, comme la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, la généralisation de la mutuelle santé pour tous, la prime d'activité, la garantie jeunes, ou encore la réforme territoriale, et enfin son action contre le terrorisme islamiste. Il a beaucoup renforcé la défense de la France, sur le territoire et à l'étranger.

Je veux montrer que tout cela est cohérent, que François Hollande a toujours été de gauche, réformiste et européen. Qu'on ne peut pas lui reprocher d'avoir changé. A ceux qui ont cru qu'il aurait pu être un révolutionnaire anticapitaliste, je veux dire que jamais il n'a prononcé des discours proches de ceux de Mélenchon.

 

Comment expliquez-vous sa cote de popularité ?

 

- Il y a une incompréhension entre François Hollande et les Français, car il a un problème de communication. Il est très bon sur le fond, pas sur la forme. Il a pris les mesures dont on avait besoin, mais il n'a pas su les expliquer ni donner le fil rouge de son action.

L'autre sujet, c'est sa personnalité. Je cite Jean Daniel à la fin de mon livre quand il dit "Ce n'est pas un empereur". En effet, il est naturel, il préside comme il est dans la vie, il écoute. C'est un vrai social-démocrate ! Les Français aiment les présidents monarques. Lui, il n'en a ni le tempérament, ni l'envie. Il y a discordance entre Hollande président social-démocrate et ce que les Français attendent d'un président. Il est peut-être en avance sur son temps parce qu'il a démocratisé la fonction.

Quelle a été votre méthode pour juger ses réformes ?

 

- J'ai suivi l'élaboration et l'application de son programme de près. Je suis en contact avec les ministres qui sont le plus proche de lui, Stéphane Le Foll et Jean-Yves Le Drian. Il avait déjà l'intention d'intervenir au Mali pendant la campagne présidentielle. Le Drian travaillait déjà sur ce sujet avec des militaires. La date n'était pas arrêtée, mais on savait qu'il faudrait faire quelque chose. Bref, le principe du livre est de faire la pédagogie du Hollandisme, comment il a conçu sa politique, comment il l'a appliquée.

Et quand il y a eu des erreurs, je l'explique aussi. Par exemple, parler de pause fiscale alors qu'on a augmenté les impôts l'année précédente et au moment où tout le monde reçoit ses avis d'imposition. Même si c'est notamment lié au décalage qu'il y a entre la décision et le paiement de l'impôt sur le revenu l'année suivante, ce qui sera réglé avec le prélèvement à la source, à ce moment-là, c'était une erreur de communication, et donc une erreur politique.

 

Vous avez comparé François Hollande avec ses prédécesseurs. Quels sont leurs points communs ?

 

- De Gaulle et Hollande sont tout deux pudiques. Ils ne parlent jamais d'eux-mêmes. Demander à Hollande : "Comment allez-vous ?" est aussi incongru que de le demander à Charles de Gaulle. Celui avec lequel j'ai trouvé le plus de points communs, c'est avec Pompidou : très humain, beaucoup d'humour, très travailleur, très attaché à l'industrie et très dévoué au travail pour la collectivité. Avec Valéry Giscard d'Estaing, il y a peu de points communs, si ce n'est l'engagement européen. Mitterrand et Hollande sont tous deux de gauche, même si Mitterrand se comportait en vrai monarque. François Hollande a toujours gardé ses distances avec lui.

 

Avec Jacques Chirac, on l'a souvent dit, il a beaucoup de traits communs : tous deux sont issus de la Cour des comptes et ont fait carrière en Corrèze, ils sont tous deux faciles d'accès, pragmatiques, républicains, attachés à la laïcité. La différence, c'est que Chirac était un tueur en politique : Chaban-Delmas, Giscard, Barre, Balladur, Léotard, Séguin en ont fait les frais. Alors que François Hollande, s'il s'est affronté avec Fabius, cela ne l'a pas empêché de le nommer au Quai d'Orsay puis au Conseil constitutionnel, s'il s'est battu contre Martine Aubry, il lui a laissé le Parti socialiste après avoir gagné la primaire.

Avec Nicolas Sarkozy, c'est un peu difficile, évidemment, car c'est d'actualité, mais je dirais qu'ils ont tous deux désacralisé la fonction présidentielle à leur manière. Sarkozy a voulu faire président monarque, il n'y est pas arrivé. Hollande n'a pas voulu, parce que cela ne correspondait pas à sa conception de la fonction, et parce que ce n'est pas un acteur.

François Hollande a-t-il été mal conseillé ?

 

- Au début, l'équipe était mal constituée à l'Elysée, mais il ne faut pas mettre cela sur le dos des conseillers. Aujourd'hui, avec la télévision et Internet, la politique devient presque un métier d'acteur. Et François Hollande est un piètre acteur. En discours, il est très bon, mais s'il s'agit de trois ou quatre minutes à la télévision, il passe mal. Sauf peut-être juste après les attentats, il était très bon, en raison de la gravité du moment. Je ne sais pas si ça peut changer.

Comment expliquez-vous la séquence sur la loi Travail ?

 

- Après les attentats, le président avait su rassembler les Français au Congrès. Il a ensuite baissé dans l'opinion auprès de l'électorat de gauche avec la déchéance de nationalité et la loi travail. Pourtant, l'article 2 de la loi Travail, qui a été tant contesté, introduit le pouvoir syndical dans les entreprises. C'est cohérent avec son approche sociale-démocrate. Pour moi Hollande est un  Schröder à la française. La démocratie sociale doit avoir toute sa place, la loi ne doit pas tout régir. La loi Travail a été très mal vendue au départ, elle est apparue comme une loi Medef.

Pendant le quinquennat, il y avait toujours eu une concertation avec les partenaires sociaux avant le dépôt d'un projet de loi dans le domaine social. C'est le seul texte où l'on n'a pas eu cela. Manuel Valls a très vite évoqué un recours au 49-3. Au plan idéologique, il y a deux gauches en France, la gauche qui fait prévaloir le compromis entre les partenaires sociaux, avec Hollande et la CFDT, et la gauche étatiste pour laquelle c'est l'Etat qui doit faire la loi, avec Mélenchon et la CGT.

Sur la loi Travail, n'est-ce pas justement François Hollande qui a laissé faire ?

 

- Il devait y avoir une loi Macron II, Manuel Valls n'en a pas voulu. Les mesures ont finalement été intégrées à la loi travail, qui a été pilotée par Matignon. Hollande a laissé faire, pour trouver une forme d'équilibre politique. Cela a été une erreur.

Et le chômage, est-ce un manque "de bol", comme le chef de l'Etat l'aurait confié ?

 

- Les chiffres de l'Insee montrent que le taux de chômage a baissé de 0,3 point au dernier trimestre. On est revenu au niveau du 3e trimestre 2012. Et d'ici la présidentielle, le taux de chômage va continuer à baisser, sauf évènement mondial, ce qui veut dire qu'il sera plus bas que lorsqu'il est arrivé.

Si l'on prend le taux de chômage, au sens de l'Insee, qui est calculé selon les normes du Bureau international du travail, ce qui permet les comparaisons entre pays et de prendre en compte l'augmentation naturelle de la population active, la courbe du chômage s'est inversée en 2015. Hollande aura réussi son pari. Mais il l'a annoncé beaucoup trop tôt. Comme beaucoup, dont le FMI, il avait sous-estimé les conséquences de la rigueur budgétaire sur la croissance et donc sur l'emploi. Il a tout de même inversé la courbe, mais avec deux ans de retard. Il est indiscutable que ça va mieux d'un point de vue macroéconomique. Mais compte tenu de la diversité des situations, compte tenu des inégalités territoriales, de nombreuses personnes, entreprises, villes, régions, ne vont pas mieux, et ne comprennent pas cette déclaration. Il a mené la bonne politique, mais il a eu tort d'en annoncer les résultats trop tôt. 

 

Ce retard est-il dû au décalage qu'il y a toujours entre les décisions de politiques et leurs effets sur les personnes ?

- Oui, c'est sûr. Par exemple, le CICE et les baisses de charges pour les entreprises, cela prend deux ou trois ans pour que ça se traduise par des créations d'emplois. La situation économique, quand François Hollande est arrivée à l'Elysée, était encore pire que ce que l'on craignait. On lui reproche de ne pas l'avoir dit. Les Français l'auraient compris. Mais en 2012, il y avait une crise de la dette publique, une crise de l'euro, et il ne fallait pas affoler les marchés et veiller à ce que les taux d'intérêt auxquels la France empruntait ne montent pas comme ceux de l'Italie.

 

Autrement dit, les difficultés du début du quinquennat sont le résultat de la politique de ses prédécesseurs ?

 

- In fine, François Hollande aura ramené le déficit budgétaire en-dessous du seuil européen de 3% du PIB et aura inversé la courbe du chômage. Il aura fait le sale boulot qu'auraient dû faire ses prédécesseurs. Il a rattrapé en 5 ans toute la détérioration qu'il y a eu sur la compétitivité, sur le budget, et sur l'islamisme radical. Les impôts ont augmenté pour environ les deux tiers des foyers au début du quinquennat, mais à la fin, ils auront augmenté seulement pour les Français les plus aisés. On a fermé 20 lieux de culte où l'on prêchait la haine ; sous Sarkozy, on n'en a fermé aucun. On a créé 10.000 postes de policier là où Sarkozy en avait supprimé 12.500. Bien sûr, c'est un quinquennat difficile pour les Français, ils ont souffert parce qu'à court terme le chômage a augmenté, la fiscalité aussi, et il y a eu des attentats terroristes. Maintenant la fiscalité baisse, le chômage baisse, et les attentats… on ne peut pas savoir, mais on est désormais beaucoup mieux armés contre le terrorisme islamiste.

A-t-il une chance d'être réélu, selon vous ?

 

- Je ne sais pas s'il va se représenter. Je pense qu'il n'a pas décidé. Ce n'est pas fait, je le connais bien, il n'anticipe jamais les décisions. Il se décidera en décembre. Il pensera surement que son devoir est de revenir devant les Français présenter son bilan. Mais ce qui pourrait le décider à ne pas se représenter, c'est s'il n'a aucune chance d'être présent au second tour. Pour l'image qu'il laissera et pour l'institution présidentielle, ne pas être au second tour serait en effet assez grave.

 

Propos recueillis par Donad Hebert, lundi 22 août.

François Hollande, le courage de réformer, par Dominique Villemot (Privat)



29/08/2016
8 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 268 autres membres

blog search directory
Recommander ce blog | Contact | Signaler un contenu | RSS | Hébergé chez Blog4ever | Espace de gestion