1222-La dérive gauchiste de la CGT 24 posts

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Vincent Pfrunner


 

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Le Charlie Hebdo d'hier

 

 

 

La CGT saisie par le vertige de l'action gauchiste, c’est l’ultime triomphe de Mai 68. Il faut mesurer aujourd’hui le gouffre qui sépare la CGT de Georges Séguy de celle de Philippe Martinez. Il n’est plus question de préserver l’appareil de production national au nom de l’intérêt des travailleurs, mais au contraire de le casser, au nom de l’intérêt de ces mêmes travailleurs. Le renversement historique, et politique, est complet.

Arrêt des raffineries, blocage de la distribution de carburants, et désormais appel à la grève générale, dans les centrales nucléaires et électriques, dans les transports et les usines… Il s’agit de bloquer le pays à tout prix. De pourrir ce grand événement de joie qu’est la prochaine tenue de l’Euro. De ternir l’image de la France auprès des investisseurs étrangers. De générer le chaos. De casser la machine économique France. Y compris au mépris des intérêts de classe de ceux que l'on prétend défendre, essence de l'action gauchiste.

Et tout cela dans quel but? Obtenir le retrait de la loi El-Khomri comme le proclament en chœur la CGT, son secrétaire général en tête, Philippe Martinez? Qui peut encore croire à cette déclaration de principes? Ce serait méconnaître l’histoire de l’affrontement des gauches en France que de ne pas voir ce qui crève les yeux: le véritable objectif, le seul, le vrai, est de briser les reins, et pour longtemps, de la gauche de gouvernement.

Voilà pourquoi la CGT du PCF des "Trente glorieuses", alors en mode patriotique et ouvrier, cède aujourd’hui aux délices de l’action gauchiste. La fin demeure, mais les moyens ont changé. La CGT de Séguy, courroie de transmission sociale du PCF manipulée par Moscou, était l’instrument du pacte objectif passé avec les Gaullistes. A vous le pouvoir politique, à nous le pouvoir social. Et entre nous, rien. Se souvenir de Malraux, toujours. Entre le Parti communiste et nous, il n’y a rien, et la gauche socialiste est rendue politiquement inutile. Ne jamais oublier que la domination du couple PCF-CGT sur la gauche française, c'était l'interdiction pour le peuple de gauche d'accéder au pouvoir.

Un syndicat révolutionnaire sans révolution

Ce pacte tacite gaullo-communiste a volé en éclats avec Mitterrand, l’Union de la gauche, Mai 81, la conquête de la culture de gouvernement, la chute du PCF… Cette séquence historique consacrant la mort du communisme a réduit le sens et la portée du rôle joué par la CGT, syndicat révolutionnaire sans révolution, contraint de se replier sur des bastions historiques du service public hérité de 1936 et 1945: les transports, l’énergie et la fonction publique. Autant de secteurs clés pour la Nation hypocritement abandonnés par le gaullisme et ses successeurs aux mains d’une puissance au jeu trouble.

En réalité, la CGT attendait son heure. Guettant les signes de faiblesse de la gauche de gouvernement pour l’attaquer. Ce qui n’avait pas été possible sous les deux mandats Mitterrand et sous la législature Jospin lui est apparu, enfin, sous le mandat Hollande.

La CGT joue au même jeu que le PCF, back to basics, et l’ensemble de ceux qui prétendent à incarner la gauche de la gauche: les Montebourg, les Frondeurs, Duflot et les débris d’EELV, Nuit debout, Hamon, Mélenchon. Tous convergent avec le FN, bien content de l’effet d’aubaine, qui soutient subtilement les menées cégétistes en affirmant se sentir aux côtés des Français qui répondent aux appels à la grève, mais en les distinguant de la CGT et autres organisations de gauche.

Quête d'influence sur la gauche

Ce front des désunions nationales, en désaccord sur tout, est au moins d’accord sur l’objectif premier: briser la culture de gouvernement, sortir du jeu la gauche réformiste, tourner la page ouverte par Mitterrand, restaurer dans sa pureté originelle la gauche du grand soir et des illusions perdues. La grande revanche de Proudhon sur Jaurès. Des Néos sur Blum. De Marchais sur Mitterrand.

Pour la CGT et ces gauches de la gauche hétéroclite, le principe de l’action politique n’est plus la conquête du pouvoir en France, mais la quête de l’influence sur la gauche. Voilà pourquoi, aujourd’hui, la CGT a décidé de troquer son vieil anti-gauchisme atavique pour un néo-gauchisme pré-révolutionnaire.  

Face à cette CGT saisie par le vertige gauchiste, convenons que Manuel Valls et ses amis offrent un écho favorable. Comme si le Premier ministre était finalement satisfait de pouvoir illustrer, en toute sérénité, sa théorie des deux gauches irréconciliables.

Signal faible à suivre de près, les apparitions du député socialiste Philippe Doucet, proche de Manuel Valls, qui devient, sur Itélé et BFMTV, le vallsiste de service qui ferraille avec tout ce que les gauches de la gauche comptent d’hostiles au gouvernement. Un soir sur BFMTV face à Gérard Filoche, membre du PS et de la CGT, après avoir croisé le fer avec le député frondeur Pascal Cherki sur Itélé. De même que sur LCI, ce mardi, on pouvait contempler un autre soutien de Manuel Valls, le sénateur Luc Carvounas, dénoncer la CGT, "caste gauchisée des privilégiés".

Le spectacle des gauches irréconciliables s’affiche sans restriction aucune. Et le Premier ministre est bien trop fin communicant pour laisser faire des parlementaires comptant parmi ses soutiens les plus affirmés sans comprendre ce que signifie, d’un point de vue politique, la représentation qu’il laisse donner. Car il faut bien dire les choses comme elles sont : si Manuel Valls, pourfendeur de couacs en tous genres, considérait qu’il est urgent de ne pas laisser les fractures de la gauche se produire en place publique, par la confrontation directe, le spectacle n’aurait pas lieu.

Nous en sommes là. Entre une CGT, désormais porteuse de tous les espoirs des incarnations des gauches de la gauche désireuses d’en finir avec la gauche de gouvernement, et un Premier ministre, qui trouve en elle et ses alliés opportuniste l’idiote utile gauchiste idéale pour attester du caractère irréconciliable des gauches. Tel est le tableau de la gauche française en ce printemps 2016, la CGT, Valls, deux rives qui s’éloignent… Et au milieu coule une rivière, long fleuve de moins en moins tranquille, sur lequel le frêle esquif François Hollande, avec les Français à bord, va tenter de surnager.

 

Bruno Roger-Petit Challenges



25/05/2016
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