1221- Pourquoi est il parfois difficile de faire le plein d'essence? 8 posts

Le projet de loi Travail actuel est plus adapté à un syndicalisme rompu aux négociations d’entreprise qu’à un syndicalisme privilégiant les négociations nationales.

Tout ça pour quoi ? L’enjeu du « retrait » de la loi Travail serait tel, à entendre certains porte-parole syndicaux à la tête des arrêts de raffineries et blocages de dépôts d’essence, qu’il justifierait tout. Y compris de « plomber » la croissance économique renaissante. Ce projet de loi « innommable qui détruit le code du travail » (dixit l’un d’eux) serait en effet la porte ouverte à une régression sociale qui ferait bientôt retourner la France au statut du servage, quand ce n’est pas l’État esclavagiste.

Derrière les outrances verbales, il y a un arrière-plan. A commencer pour la CGT, plus précisément sa fédération de la chimie, une des plus radicales de la confédération, où les compteurs idéologiques au sommet semblent être restés bloqués avant la Glasnost. Elle est à la pointe de l’action, FO servant de force supplétive, un peu curieusement à rebours de sa propre histoire.

Tout se passe comme si la CGT confédérale, qui a pu mesurer au fil des semaines l’écho faiblissant de ses appels à manifester et à « généraliser les grèves », hormis la SNCF (et encore de moins en moins), laissait ses « ultras » brûler les dernières cartouches, là où un minimum de militants déterminés, bien implantés, peuvent provoquer un maximum d’effet pour mettre à genoux le gouvernement, quel qu’en soit le coût pour la collectivité. Un tel pari, aux accents quasi insurrectionnels de la part de quelques-uns, ne peut s’expliquer que par une raison impérieuse : la survie de la CGT, du moins de son rôle et de ses moyens.

Négociations d’entreprise face aux négociations nationales

La principale innovation de la loi Travail est d’élargir le champ de la négociation en entreprise. Non pas en « inversant les normes », comme il est dit parfois de façon inappropriée (la hiérarchie « Constitution, lois, conventions » demeure), mais en proposant de nouvelles dérogations au « principe de faveur », celui qui veut qu’un accord d’entreprise ne peut être inférieur en droits à un accord de branche.

Depuis les lois Auroux de 1982, il y a déjà eu plusieurs assouplissements à ce principe ; le projet de loi actuel, qui poursuit sur cette voie, est plus adapté à un syndicalisme rompu aux négociations d’entreprise qu’à un syndicalisme privilégiant les négociations nationales, dans un jeu de pressions politiques au travers des entreprises névralgiques dans le transport ou l’énergie.

Or ce syndicalisme-là (essentiellement la CGT, et subsidiairement FO) est en perte d’influence et surtout d’adhérents, alors que l’autre (CFDT, CFTC, UNSA, CGC) prend le dessus socialement et politiquement. La centrale de Laurent Berger menaçant même de souffler la première place à celle de Philippe Martinez. Tout cela explique pour une bonne part pourquoi il peut devenir de plus en plus difficile de faire le plein d’essence ces jours-ci.

 

Jean-Michel HELVIG  La République des Pyrénées



23/05/2016
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