1136- A ceux de gauche et de droite qui tapent sur Hollande et Valls 16 posts

 

 

 Un autre son de cloche.

Les commentateurs et les responsables politiques ont plusieurs points communs : ils ont la critique facile, s'épanouissent volontiers dans le "french bashing" (en français, l'autodénigrement) et pratiquent assez peu le mea culpa quand ils se trompent. Cette semaine d'actualité très dense en a offert, une fois de plus, quelques exemples assez savoureux.

 

C'était sûr, certain, déjà gravé dans le marbre : les agences de notation allaient dégrader la note de la France. Elles n'en ont rien fait, se contentant de mettre Paris, sa dette et ses déficits abyssaux, sous surveillance et "perspective négative". Qui a eu le courage de reconnaître cette erreur de pronostic ? Personne.

 
 

C'était sûr, certain, quasi écrit à l'avance : Pierre Moscovici allait se prendre la porte de la Commission européenne en pleine figure. Finalement, au prix, certes, de marchandages politiques assez peu démocratiques, l'ancien ministre de l'Économie a bel et bien été retenu pour devenir commissaire européen. Qui est revenu sur cette erreur d'appréciation des équilibres diplomatiques bruxellois ? Personne.

Si, par extraordinaire, le budget 2015 de la France n'était pas "retoqué" par Bruxelles comme l'annoncent depuis des semaines tous les oiseaux de mauvais augure, si, par miracle, Paris n'était pas mis à l'amende pour être sorti des clous du traité budgétaire européen, combien de nos Madame Soleil feraient, eux, amende honorable ? On prend ici le pari : aucun !

Prenez les réformes engagées ou annoncées par le gouvernement français (pacte de responsabilité, simplification administrative, professions réglementées, réforme territoriale...). On peut les juger mauvaises, insuffisantes, trop libérales ou pas assez. N'empêche que l'OCDE considère que, si elles sont menées à terme (le "si" est évidemment crucial), elles pourraient générer 3,7 % d'augmentation du PIB en dix ans et environ 0,4 % de croissance en plus chaque année. C'est peu, sans doute, mais qui le dit ?

Qui le dit ?

 

De même, l'opinion dominante prétend qu'une réforme de l'indemnité chômage - en l'occurrence, une réduction significative de la durée et du montant de l'indemnisation - aurait un impact positif sur le chômage. En clair, si les chômeurs étaient moins indemnisés et moins longtemps, ils retourneraient travailler plus vite. De fait, la France est, en ce domaine, le troisième pays le plus protecteur après l'Irlande et la Norvège : 24 mois d'indemnisation jusqu'à un plafond de 6 200 euros par mois. Or, une étude comparative, menée par deux économistes, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo (Améliorer l'assurance chômage), apporte un autre son de cloche. Leur conclusion ? "C'est notre suivi des chômeurs qui est défaillant." Et avec lui, tout notre système de formation qui est à revoir. "Les pays avec une générosité comparable à la nôtre prévoient notamment des entretiens fréquents et les chômeurs ont l'obligation d'accepter des emplois ou des formations." Autrement dit, réduire le montant et la durée de l'indemnisation, sans s'attaquer à la source du problème (le suivi des demandeurs d'emploi et leur formation), aurait sans doute un impact sur le déficit de l'Unédic (4 milliards d'euros en 2014), mais aucun effet sur le chômage. Qui le dit ?

Mais il y a plus patent encore. Depuis des mois, en réalité depuis l'élection de François Hollande à l'Élysée et d'une majorité de gauche à l'Assemblée, l'opposition s'évertue à expliquer que nos talents, nos jeunes, nos diplômés, nos forces vives, fuient la France en masse, ce pays où il serait désormais devenu impossible de réussir. Et qu'à cet exode des cerveaux s'ajouterait même, ras-le-bol fiscal oblige, une fuite massive des contribuables les plus aisés. Sûr de son fait, Luc Chatel, député UMP de la Haute-Marne et actuel secrétaire général de l'UMP, avait demandé, le 9 avril dernier, la création d'une commission parlementaire pour en avoir le coeur net.

Cette commission vient de rendre son rapport et, patatras, elle dresse le constat exactement inverse. Aucun exode massif. Aucune fuite des cerveaux. Si, en 10 ans, le nombre de Français expatriés a augmenté de 30 % (15 % depuis cinq ans), la France ne se classe qu'au 10e rang des pays d'expatriation, loin derrière l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse ou la Belgique. Pire : même si leur nombre a augmenté de 60 % en dix ans, le taux d'expatriation des diplômés français du supérieur n'est que de 5 %, loin derrière les diplômés allemands, anglais ou même américains.

En réalité, cette enquête révèle deux fragilités bien françaises, qui n'arrangent pas les idéologues du déclin français :

 

1) une très faible appétence pour la mobilité géographique, à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières.

 

2) dans la plupart des pays riches, le départ pour l'étranger des jeunes diplômés est vécu comme une chance formidable pour eux-mêmes et pour leur pays ; ici, il est analysé comme un échec ou pire, comme un signe de décadence.

Que croyez-vous qu'il advint à la lecture de ces conclusions, passionnantes au demeurant ? Les membres UMP et UDI de cette commission parlementaire ont décidé de faire bande à part et de présenter leurs propres conclusions. CQFD !

Laurent Neumann Le Point

 



18/10/2014
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