1187-Ne pas se tromper de guerre comme Sarkozy 46 posts

Revue de presse consacrée à l'actualité: Congrès et attentats islamistes

 

Pourquoi Sarkozy,Wauquiez et les autres se trompent de guerre contre Hollande par Bruno Roger-Petit (Challenges)

 

Ce ne fut pas une séance de questions au gouvernement, mais un meeting pour les élections régionales. Voilà pourquoi la France médusée a pu assister, ce mardi passé, à une scène surréaliste à l’Assemblée nationale. En plein deuil national, alors que la menace rodait encore (comme le prouvent les événements de ce mercredi) le groupe parlementaire Les Républicains s’était donné les moyens de générer une série d’incidents à l’Assemblée nationale.

Tour à tour, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi et Valérie Pécresse sont montés au créneau contre Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira. Point commun : tous sont têtes de liste aux élections régionales et ne sont pas assurés de la victoire, pris en étau qu’ils sont entre des socialistes, qui résistent mieux que prévu, et un Front national menaçant.

Résultat: une séance parlementaire navrante, marquée par le refus des élus de l’opposition de se lever parce que c’est Manuel Valls qui en appelait à rendre hommage à l’ensemble des serviteurs de l’Etat qui avaient été appelés à intervenir depuis le 13 novembre au soir : policiers, services, personnel des hôpitaux, pompiers… Quelques élus du groupe « Les Républicains » ont malgré tout tenté de concilier la discipline de groupe et ce que leur dictait leur conscience, applaudissant timidement, à travers les propos de Manuel Valls, les membres des services publics concernés.

L’image a marqué les esprits, tant elle vient percuter de plein fouet une opinion en demande d’unité nationale. Sur France Inter, ce jeudi matin, l’ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, était à la peine face à des auditeurs qui n’avaient guère apprécié la séquence. L’un d’entre eux, se présentant comme réserviste dans l’armée, lui a même lancé : « Je n'aimerais pas vous avoir à mes côtés si j'avais à combattre. » Proche de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux a bien tenté de brandir les éléments de langage que « Les Républicains » tentent d’imposer dans la sphère publique depuis le discours de François Hollande au Congrès, « La politique pénale qui est menée aujourd’hui ne correspond pas aux besoins de l’ordre », Notre seule préoccupation c’est de réfléchir à comment améliorer la sécurité de nos compatriotes », mais en vain.

A contretemps depuis samedi

Depuis samedi matin, lendemain de sidération après les horreurs du vendredi 13 novembre, Nicolas Sarkozy et ses amis sont à contretemps. L’ancien président et ses amis courent en vain derrière deux lièvres, obsédés qu’ils paraissent être par la tenue des élections régionales.

Le premier lièvre s’appelle Marine Le Pen. Les Républicains sont tellement hantés par l’hypothèse de plusieurs victoires régionales FN lors des prochaines élections régionales qu’ils en viennent à établir une hiérarchie des priorités à rebours des attentes de l’opinion. Le mot d’ordre, compte tenu des terribles événements de l’actualité, parait dicté par la seule nécessité de contenir une éventuelle nouvelle fuite d’électeurs de droite vers le FN, conduisant à une non-victoire, à défaut de victoire écrasante, du parti « Les Républicains » dans quelques semaines. Laurent Wauquiez et Christian Estrosi, avec leurs provocations et leurs outrances, toujours prêts à donner dans le toujours plus FN pour endiguer le vote FN, sont emblématiques de cette course au lièvre FN. Pour le moment, toutes les élections tenues depuis 2012 en ont montré la totale vanité. Peut-il en être de même aux régionales prochaines ?

Le second lièvre s’appelle François Hollande. Le problème, c’est qu’en l’état, compte tenu des circonstances, il est insaisissable. La divergence qu’a tenté d’imposer Nicolas Sarkozy tout le week-end, tentant par tous les moyens de ne pas sacrifier à l’union ou l’unité nationale, s’est brisée sur le discours, triangulateur et lucidement sécuritaire du Congrès, et surtout sur l’image, dévastatrice pour la stratégie de divergence, de François Hollande, au milieu de l’ensemble de la représentation nationale, chantant avec lui la Marseillaise. Il fallait détruire ce tableau d'Union nationale à peine peint. Vite. A n'importe quel prix. D'où le déchainement à l'Assemblée nationale.

Un besoin de rassemblement

Sauf que si l’on en croit un sondage Odoxa pour le Parisien, 73% des Français jugent que François Hollande a été « à la hauteur ». Parmi ces 73% figurent sans aucun doute des électeurs qui n’ont jamais voté, ne votent pas et ne voteront jamais ni Hollande, ni socialiste. C’est dire que l’opinion, par temps exceptionnels, éprouve le besoin de se rassembler autour de celui qui l’incarne en toute légitimité. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et quelques autres l’ont compris dès le début, qui se sont refusés et se refusent encore à suivre la stratégie de rupture par divergence nationale que tente de leur infliger Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Brice Hortefeux et autre boutefeux hostiles à l’unité ou l’union nationale, et encore plus à cette Union sacrée que Manuel Valls appelait de ses vœux.

François Hollande est porté par les circonstances. C’est une donnée incontournable. La force d’Alain Juppé est d’en avoir pris acte. Ce n’est pas le cas de Nicolas Sarkozy. C’est une faute d’autant plus majeure qu’elle ne préjuge pas des votes futurs, notamment en 2017. Dans ce genre de rendez-vous tragique avec l’histoire, le gain est incertain et la perte peut être irréparable. Pour le moment, François Hollande n’a rien perdu. Nous verrons plus tard, sur temps long, ce que les Français diront de lui. Pareil pour Alain Juppé, qui s’est efforcé de présenter le visage de la maitrise et de la responsabilité. Quant à Nicolas Sarkozy, au regard de sa stratégie à contre-temps, à rebours des attentes de l’opinion, confondant encore communication et action, storytelling et histoire, il est possible, voire probable que le jugement porté sur lui soit beaucoup plus sévère. Mieux encore, en dépit de tout bon sens, il persiste et signe dans le Monde de ce jour, déclarant ne pas voir en quoi il aurait « manqué à la solidarité avec les victimes et au respect du peuple français en avançant des propositions ».

Un élu filloniste confiait ce mardi que Nicolas Sarkozy est « obsédé par Hollande et ça lui coûtera cher ». Le diagnostic parait fondé. Depuis samedi, tout ce que Nicolas Sarkozy a dit, fait, pensé et suggéré semble n’avoir d’autre but que de nuire, d’une façon ou d’une autre et avant tout autre considération, à François Hollande. Nicolas Sarkozy est en guerre, comme il l’est toujours, mais tout indique que depuis quelques jours, il se trompe de guerre.

 



19/11/2015
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