4070-Vote de confiance : le spectre d’une dissolution de l’Assemblée nationale réapparait 5 posts
Vote de confiance : François Bayrou déjà enterré, le spectre d’une dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron réapparaît
Que fera Emmanuel Macron en cas de chute de son Premier ministre ? Par qui pourra-t-il le remplacer ? Est-il même remplaçable ? Sera-t-il forcé de dissoudre à nouveau l’Assemblée nationale ? Dans les ministères, de nombreuses questions restent sans réponse.
Pas question de ranger la crème solaire… Mardi matin au gouvernement, certains conseillers se voyaient déjà repartir en vacances. Personne ou presque n’imagine en effet que le vote de confiance réclamé lundi par François Bayrou, et qui aura lieu le 8 septembre prochain à l’Assemblée nationale, se soldera par un succès.
« Deux semaines pour convaincre, c’est le spectacle que préparent les équipes de Matignon tout en ayant conscience qu’elles sont condamnées à échouer », soupirait hier le proche d’une ministre. Et un autre conseiller d’abonder : « Bayrou sait que sauf coup de théâtre improbable, il ne peut pas s’en sortir. Sa stratégie c’est de montrer que le PS et le RN sont irresponsables et ne sont pas des partis de gouvernement ».
La peur du chaos
Tout le monde n’est pourtant pas de cet avis. Un conseiller plus optimiste analyse : « C’est malin d’annoncer sa décision deux semaines avant le vote. Il va pouvoir faire des propositions. » D’ailleurs, le locataire de Matignon a déjà commencé, hier, lors d’un discours devant la CFDT.
Pour le même conseiller, une stratégie se dessine en arrière-plan, celle de « laisser infuser l’idée que s’il chute, ce sera le chaos ». En effet, la démission de François Bayrou ouvrirait une crise politique majeure. « La question qui se pose c’est : est-ce qu’il est possible de le remplacer ? », se demande ouvertement un conseiller qui n’a pourtant pas de sympathie particulière pour le Béarnais.
« Un nouveau Premier ministre ne changera rien à la situation car le PS et le RN le censureront jusqu’à ce qu’il y ait une dissolution ou que Macron démissionne. Ils ne laisseront aucune chance ni à Lecornu ni à Cazeneuve ».
Quant à l’idée d’un gouvernement technique pour tenir jusqu’en 2027, nos interlocuteurs nous assuraient hier que les Français s’y opposeraient. Depuis le mois de juin, le PS se prépare d’ailleurs à de nouvelles élections législatives anticipées, ce qu’a confirmé hier le président du groupe PS à l’Assemblée Boris Vallaud.
Un profil moins compliqué
Certains, plus optimistes, entrevoient pourtant un scénario moins catastrophiste. Un conseiller de Bercy veut croire qu’ « un monde existe où le départ de François Bayrou ouvre une voie ». Il assure que « beaucoup de choses se sont cristallisées sur la personne du maire de Pau » et pense « qu’un profil moins problématique et compliqué que celui de Bayrou pourrait réussir à faire voter un budget ».
Or il y a urgence, car la loi spéciale utilisée en 2024 après la chute de Michel Barnier qui permet d’éviter le shutdown (la suspension de la rémunération des fonctionnaires) interdit toute dépense supplémentaire. Le budget de la Défense resterait donc stable contrairement aux souhaits du président de la République.
Mélenchon demande la destitution
Un président de la République qui, en quête une fois de plus d’un nouveau Premier ministre, redeviendrait rapidement la cible de toutes les critiques. Hier matin, Jean-Luc Mélenchon a déjà lancé l’offensive en appelant à nouveau à sa destitution. « Il faut empêcher monsieur Macron de nommer pour la troisième fois un Premier ministre qui ferait la même politique. Voilà pourquoi il faut le destituer. Le chaos, c’est Macron », a-t-il martelé.
La décision de François Bayrou ouvre donc la porte à une nouvelle période de forte instabilité. Le Premier ministre a-t-il pris des risques inconsidérés ? Au sein du socle commun, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’avait pas le choix : « Sa décision n’est qu’un catalyseur. Elle ne change rien, elle accélère simplement les choses. Il serait tombé au moment du budget », nous assure-t-on à Bercy.
Cette décision permet surtout au Premier ministre de se préserver politiquement, à l’inverse de Michel Barnier, dont l’image a souffert l’an passé des négociations budgétaires. « Il s’évite deux mois de torture », commente un conseiller. Et pour François Bayrou qui pense toujours à 2027, cela n’a rien d’anodin.