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Prisons pour mineurs : une « atteinte à la dignité »
Des adolescents contraints de vivre dans des conditions
d’hygiène déplorables sans même une brosse à dents, qui
se plaignent de la faim, enfermés plusieurs heures durant
dans des locaux barreaudés semblables à des cages, et pour
qui l’école se résume à quelques heures de cours par semaine. Cela se
passe en France, à la prison pour mineurs de la Valentine à Marseille.
L’avis de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté publié
hier fait froid dans le dos. Lors d’une inspection menée début juillet,
Dominique Simonnot et cinq inspecteurs ont relevé des « conditions
matérielles de prise en charge qui portent atteinte à la dignité des adolescents
». Photos à l’appui, le rapport détaille des cellules dans un état
de dégradation avancée, avec des murs couverts de graffitis qui ont l’air
d’avoir été écrits avec du sang ou des matières fécales. En réponse,
Dominique Simonnot réclame la fermeture immédiate de cet établissement.
Une mesure d’urgence « très rare », précise-t-elle. Car le propos
n’est pas de remettre en cause la légitimité de ces établissements
pénitentiaires pour mineurs. Dans une ville – Marseille
– où de plus en plus d’adolescents sont impliqués dans le trafic de
drogue et dans les règlements de comptes, la prison de la Valentine est
conçue pour accueillir 59 jeunes de 13 à 18 ans en attente de leur procès
ou déjà condamnés. Elle fait partie des six établissements ouverts
en 2007 pour pallier les dysfonctionnements des quartiers pour mineurs.
Ces prisons réservées aux jeunes devaient donner la priorité à
l’éducation et à la formation. Faut-il le rappeler, la détention doit en
effet rester l’exception pour les mineurs.
Aujourd’hui, faute de moyens et de personnels qualifiés, force est de
constater que ces prisons ne remplissent plus leur mission d’éducation.
Les réponses de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, qui promet
notamment une « réfection progressive des cellules » suffiront-elles ?
L’avis de la contrôleure des lieux de privation de liberté jette un pavé
dans la mare à quelques jours de la rentrée des classes. L’Observatoire
international des prisons (OIP) alerte depuis plusieurs mois sur des
situations inquiétantes dans ces établissements. L’association prépare
pour la fin d’année une grande enquête sur l’incarcération des mineurs,
qui est en hausse. Peut-être ses conclusions inciteront-elles l’État
à repenser sa politique carcérale envers les jeunes ? Ils sont près de
800 enfermés chaque mois alors que, le pédopsychiatre Boris Cyrulnik
le rappelle, l’emprisonnement est pour eux « la pire des réponses ».
Éditorial SUD-OUEST Stéphanie Lacaze