Le mouvement du 10 septembre peut-il être considéré comme l’héritier des Gilets jaunes ? Les similitudes sont en tout cas nombreuses. Né sur les réseaux sociaux sous le hashtag #bloquons tout, apolitique et antisystème, il agrège les mécontentements sur fond de dénonciation du plan d’austérité de 44 milliards d’euros annoncé par le gouvernement.
En 2018, la révolte des Gilets jaunes avait pesé lourd dans le premier mandat d’Emmanuel Macron. Un déchaînement de violence rarement observé chez des manifestants, plusieurs semaines consécutives de mobilisation, une répression parfois disproportionnée, des scènes de chaos, la remise en cause de l’autorité républicaine, une image de la France écornée à l’international, des mesures qui ont grevé les finances publiques… Le " quoi qu’il en coûte " avait ainsi commencé bien avant la crise du Covid-19, contribuant à creuser un déficit que l’on demande aux Français de combler aujourd’hui.
Le gouvernement dirigé par François Bayrou en a-t-il tiré les leçons ? Le madré Premier ministre ne veut pas reproduire l’erreur d’Edouard Philippe, il y a sept ans, qui avait dans un premier temps méprisé les manifestants, donnant l’image d’un pouvoir complètement déconnecté. François Bayrou entame dès ce lundi un marathon médiatique pour tenter de désamorcer la poudrière sociale. Il a par ailleurs demandé au député socialiste René Dosière d’explorer des voies d’économies dans la sphère politique.
L’abolition de certains avantages, pour symbolique qu’elle soit, montrerait que les efforts sont partagés et ne reposent pas toujours sur les mêmes. La suppression de deux jours fériés a été perçue comme une provocation de plus à l’encontre des salariés les plus précaires – ces " Nicolas qui payent " systématiquement au profit de tous ceux qui, à tort ou à raison, abuseraient du modèle social.
Ce terreau démagogique ne pouvait pas rester plus longtemps inexploité par les formations populistes. Si le Rassemblement national, empêtré dans ses contradictions – contre le système et prétendre gouverner – garde une distance prudente, Jean-Luc Mélenchon s’est précipité pour récupérer un mouvement sans tête. Depuis une semaine, le satrape insoumis multiplie les coups de menton et appelle à tout bloquer. Le chef de LFI poursuit deux objectifs : entretenir la "bordélisation" de la vie publique pour renverser le pouvoir et reprendre le leadership à gauche à moins de deux ans de la présidentielle.
Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas l’ambassadeur attendu par les initiateurs du 10 septembre et sa tentative de récupération pourrait produire un effet… bloquant. Déjà, ils sont nombreux à se désolidariser du mot d’ordre depuis l’irruption de LFI dans la mobilisation. Vénéré dans ses rangs, il reste loin d’être l’idole des jaunes…