4063-LFI et la liberté 7 posts
L’interdiction d’un journaliste du Monde à l’université d’été de LFI traduit un problème beaucoup plus large : quel est le rapport de Jean-Luc Mélenchon avec les principes de liberté ? Ainsi le journaliste Olivier Pérou, du Monde, a été déclaré persona non grata par les petits Jdanov de LFI. Marchant fidèlement sur les traces du RN et de Donald Trump, les Insoumis s’arrogent maintenant le droit de choisir dans les rédactions les reporters autorisés, ou non, à suivre leurs majestueuses activités. Le crime de Pérou ? Avoir pondu, avec Charlotte Belaïch de Libération, une enquête mettant à nu le fonctionnement militaire du parti mélenchoniste. Les Insoumis ont crié à la calomnie, mais se sont bien gardés de toute plainte judiciaire. Et pour cause : le livre repose sur des dizaines de témoignages irréfutables. À LFI, le mot démocratie truffe les programmes mais n’a aucune traduction pratique au sein de l’organisation. « Nous sommes un mouvement gazeux », dit Mélenchon. C’est un gaz de combat… Le scandaleux incident de l’université d’été pose un problème plus vaste : par toutes sortes d’indices, on doit s’inquiéter sérieusement du rapport très élastique de LFI avec les libertés publiques. Officiellement, tout est clair : la telle la constitution de 1793 (celle de Robespierre), la « Sixième République » prônée par LFI semble des plus démocratiques. C’est une façade. Au fil de ses interventions, Jean-Luc Mélenchon ne cesse d’insulter ses adversaires, de fustiger les médias qui pensent mal (presque tous, à vrai dire), d’employer les sophismes les plus grossiers pour justifier ses positions, au mépris de toute réalité factuelle. Plus grave : en dépit de l’instauration d’une dictature brutale au Venezuela, visant à camoufler un désastre économique, LFI continue de défendre bec et ongles le régime de Maduro ; dans l’affaire ukrainienne, il met sur le même plan la dictature de l’agresseur et la démocratie de l’agressé, reprenant mot à mot les éléments de langage du Kremlin. Dans un rapport signé par sa compagne Chikirou, la Chine reçoit les plus grands éloges et la nature totalitaire du parti de Xi-Jinping est traitée par de respectueuses litotes. Et quand il parle géopolitique, Mélenchon couvre de louanges le « sud global » – des dictatures pour l’essentiel – et fustige les pays du nord – des démocraties pour la plupart. Pourquoi ce qui vaut à l’étranger serait-il différent en France ? Un seul exemple : quand Mélenchon ou l’un de ses sbires a maille à partir avec la justice, conformément à la doxa établie par Marine Le Pen et Donald Trump, il dénonce « le pouvoir des juges », ce qui revient à rejeter le principe même de l’état de droit. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour imaginer ce que serait le régime mélenchonien si d’aventure le lider maximo arrivait au pouvoir. Outre que les journalistes devraient rapidement numéroter leurs abattis, on devine facilement que les difficultés économiques suscitée par l’application d’un « programme de rupture » ultra-dépensier et fiscalement confiscatoire seraient imputées, non pas aux erreurs du gouvernement, mais au complot fomenté par l’opposition pour le compte du grand capital. Ce qui autorisera toutes les entorses imaginables aux libertés publiques, justifiées par la rhétorique chère à l’extrême-droite selon laquelle rien ne doit faire obstacle à la souveraineté populaire. Trotskiste un jour, trotskiste toujours : les chefs de LFI opposeront bien sûr, selon l’enseignement du vieux Léon, « leur morale et la nôtre », considérant de tout ce qui fait obstacle à l’avenir radieux promis par la « bifurcation » insoumise doit être balayé sans hésiter. À commencer par cette partie de la gauche qui s’aviserait d’en appeler aux principes de liberté et qui serait aussitôt rejetée dans les ténèbres extérieures de la traîtrise sociale-démocrate. Voilà donc le parti avec lequel Marine Tondelier et quelques autres idiots utiles du mélenchonisme envisagent toujours de s’allier à la présidentielle… LFI et la liberté