par Laurent Joffrin | publié le 25/08/2025

Insultée, dénigrée, méprisée par les Insoumis, la gauche démocratique a mieux à faire de continuer d’espérer une candidature unique qui n’aura pas lieu.

portrait de Laurent JOFFRIN le 23 juillet 2020 (Photo Philippe-Matsas)

Tel Roméo sous le balcon de Juliette, les soupirants de la gauche maso continuent leurs suppliques à Mélenchon. Les Tondelier, Faure, Autain ou Corbière, tous espèrent que LFI se résoudra finalement à l’Union. Seulement voilà : l’objet de leur amour transi préfère leur verser son pot de chambre sur la tête.

Rien n’est plus éclairant que les réflexes spontanés de la base. Aux universités d’été de LFI, quel était le slogan en vogue ? « Tout le monde déteste le PS ». Quoi de plus unitaire ? Quant à Mélenchon lui-même, il n’a pas de mots assez cruels pour désigner ses soupirants. Le Monde a fait la liste des noms d’oiseaux qu’il réserve à leur projet de primaire unitaire : « Un bal masqué », « une samba », « la soupe aux logos », « cette comédie », « ce cirque », « un nid de frelons ». Il est moins dur avec le RN… Comment une Marine Tondelier peut-elle espérer garder un semblant de dignité en continuant d’appeler à l’Union avec des gens qui la méprisent à ce point ?

Sans union, dit cette gauche soumise, nous ne pouvons pas gagner. Faux ! Avec un candidat de droite et un autre du centre, celui ou celle qui se détachera à gauche peut fort bien arriver passer l’obstacle du premier tour et affronter le RN au second. C’est d’ailleurs le raisonnement de Mélenchon, qui n’a pas été loin d’y parvenir en 2022, sans union. Sur ce point, il n’a pas tort. C’est au deuxième tour qu’il affabule : la droite et une bonne partie du centre préférant le RN à l’extrême-gauche, il sera écrasé par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. En revanche un candidat de la gauche réformiste émergeant du premier tour garderait ses chances.

C’est ce que ne comprennent pas les petits stratèges de la petite gauche. Fascinés par la radicalité, intimidés par les oukases de Mélenchon, ils ne croient pas à leurs chances et refusent d’être eux-mêmes. Plutôt que de développer leur projet en restant fidèles à la culture réformiste, ils pensent qu’ils amadoueront Mélenchon – ou bien qu’ils le concurrenceront – en radicalisant à leur tour leur discours pour rendre l’union possible. Funeste illusion. Mélenchon pense qu’il a conquis l’hégémonie intellectuelle sur la gauche, le rêve de sa vie. Il ne fera aucune concession.

En fait, ce n’est pas sa diversité qui handicape la gauche – elle a toujours existé – mais, depuis bientôt dix ans, son incapacité à convaincre plus d’un tiers des votants. Plutôt que de courir en vain après la France insoumise, ce devrait être le rôle de la gauche démocratique que de travailler à ce nécessaire élargissement. Mais il faudrait pour cela un peu plus de vision et beaucoup plus de courage.

Laurent Joffrin