Dette de la France : la politique de l’autruche
L’esprit de responsabilité, la lucidité qu’imposent la situation et les circonstances, ont-ils abandonné la France et les Français, personnel politique en tout premier lieu ?
Arrêtons-nous quelques secondes sur l’intensité et le paradoxe du moment dans lequel François Bayrou a précipité le pays en jouant son avenir à quitte ou double. Le plus grave n’est pas qu’en pensant peut-être sauver sa tête, le Palois l’a plus sûrement placée sur le billot, dans une forme d’impréparation ou de confusion qui rappelle la calamiteuse dissolution de juin 2024. Depuis, les gouvernements et leur chef se succèdent, plus impopulaires et fugaces les uns que les autres. Et alors que l’on se demande déjà "Qui après le 8 septembre ?", plus personne ne prête vraiment attention à l’essentiel, c’est-à-dire la crise majeure que nous traversons et qui se traduit notamment par la nomination d’un quatrième Premier ministre en un an (!).
À propos de la valse de Matignon comme au sujet de la dette abyssale qui s’est accumulée, nous sommes en définitive comme celui auquel on montre la Lune et qui regarde le doigt.
Le pari désespéré de François Bayrou n’est pas qu’une figure de style, la coquetterie d’un homme qui, à la façon d’Henri IV ou de Mendès-France, voudrait laisser une trace dans l’histoire et tomber les armes à la main. Il faut reconnaître au Béarnais une indiscutable constance dans son rôle de messager avertissant le pays du "danger mortel" qui le guette.
Candidat à l’élection présidentielle en 2007 puis en 2012, il faisait déjà campagne sur le thème de la lutte contre le déficit de la France. Or, pas plus aujourd’hui qu’hier Bayrou n’est écouté ni entendu. Depuis le 16 juillet, lorsqu’il a commencé à esquisser le budget de 2026 et ses contraintes, les chiffres effrayants d’une dette qui a dérapé d’environ 2 000 milliards en vingt ans et file désormais à la vitesse vertigineuse de 5 000 euros à la seconde, ont été éclipsés par les mesures, "discutables et amendables", présentées pour corriger les comptes publics.
Espérait-il naïvement que devant le péril et l’urgence, les Français fassent Nation et se retroussent les manches, que la représentation politique partage au moins le constat du surendettement de l’État, c’est tout le contraire qui s’est produit. Pire, alors que Bayrou prêche dans le désert avant de s’y retrouver seul bientôt, la France dont l’économie replonge brutalement dans le doute, risque désormais la double peine d’une croissance au ralenti et d’un déficit qui continue de se creuser… C’est dans ce climat de fin des temps, ou plutôt d’une époque, que les Insoumis, comme si ça ne suffisait pas, appellent au blocage du pays.
"Les Français sont des veaux" aurait dit le général de Gaulle, dont la démission, considèrent certains, devrait servir d’exemple à Emmanuel Macron. Dans le secret de Matignon, sans doute le Premier ministre en sursis nous compare-t-il plus volontiers à des autruches…