55-ANATOLE de MONZIE,l'hérétique qui a des idées( 2)

Anatole de Monzie,corpulent,boiteux à la suite d'une coxalgie et d'une fracture mal réduite après un accident,est un vrai parisien,né par hasard à Bazas(33). Avocat,homme politique de premier plan,orateur de talent , c'est un écrivain,très
introduit dans les milieux intellectuels parisiens .

Il lança au début de sa carrière,le 2 décembre 1910,de la tribune de la chambre des députés:"Il y a longtemps qu'à la Bourse du commerce on traduit la formule libérale:Laissez faire,
laissez passer,par Laissez nous faire!laissez nous passer!"

 Comme Georges Pompidou,   beaucoup plus tard, ce grand et premier ministre de "l'Education Nationale" attira des écrivains et des artistes en Quercy.

 En 1931,le 27 septembre, il organisa à St Céré la remise de l'épée d'académicien à Pierre Benoît qui fréquentait,comme beaucoup d'autres(Henri Torrès,Auguste Perret,André Malraux,Rakowsky ambassadeur soviétique,probablement aussi Charles Mauras) son domicile de "Rêvery", à St Jean Lespinasse tout près de St Céré où il est inhumé...Il y avait là neuf cents invités parmi lesquels Roland Dorgelès ,Francis Carco,Jean Richepin,Léon Bérard,Mac Orlan, Tristan Derème...
Pourtant Pierre Benoît appartenait à la droite dure
,maurrassienne.Beaucoup plus tard,pendant l'occupation,
Pierre Dac,à Radio Londres l'avait baptisé "gestapette"...(Ecrivains et artistes en Quercy.Béghain Patrice. Edt.du Rouergue)
Ce qui n'empêcha pas de Monzie, l'ambigu, de proposer à Albert  Einstein de le recevoir à Paris pour le protéger, lorsque les nazis chassaient les juifs.De même les lotois qui connurent l'ancien Maire   de Cahors,retiré dans sa propriété de  Vialolles,près de Lauzès( notamment le défunt et très connu  Gaston Artigalas qui fut membre de son cabinet avant la guerre) certifient qu'il vint en aide à des maquisards,à des réfugiés espagnols(témoignage A.H. au  salon du livre de Cahors) et à des juifs(dont Emmanuel Berg) .
 Il vôta cependant, en 1940,comme les autres députés lotois Besse et Malvy, les pleins pouvoirs à Pétain et la mort de la IIIèmeRépublique,suivant en cela Georges Bonnet .Ils le firent avec "un lâche soulagement et un fort sentiment de culpabilité",sentiment partagé par la grande majorité de la population. Mais,si celle-ci,dès l'automne 1940,rejeta lacollaboration,
 de Monzie  ne rejeta clairement le régime du maréchal qu'en 1943.En politique étrangère de Monzie professe deux grandes idées:
D'une part:"la politique de présence" et de dialogue avec tous les états et tous les gouvernements,y compris ceux qui ne partagent pas nos valeurs démocratiques,afin de défendre les intérêts de la France.
D'autre part,la "non ingérence"dans les affaires des autres Etats.
("Itinéraire d'un politicien",Anatole  de Monzie,1938-1947.Souperbie Thibaud).
Socialiste indépendant,ce qui généralement classe ces élus à droite,il fut "
l'homme de l'Italie"
 dès 1938,alors qu'il était ministre des TP,en réalité surtout préoccupé par les affaires étrangères,dans le gouvernement Daladier.

C'est à cette époque qu'il fait autorité comme "chef de file" des munichois et comme ardent partisan d'un accord avec l'Italie.En réalité,Monzie est un pacifiste,qui croit ou fait semblant de croire qu'Hitler peut encore être raisonné et maîtrisé au prix de quelques sacrifices.Il est très opposé au traité de Versailles qui a dépecé l'Autriche  qui manque à ses yeux pour l'équilibre de l'Europe;Il est opposé à la création de la Tchécoslovaquie dont il craint le caractère artificiel
(aujourd'hui d'ailleurs cet état a éclaté en Tchéquie et Slovaquie).Il espère qu'un accord avec l'Italie viendra prendre la place de l'Autriche comme facteur des équilibres européens.

Il sera dupé malgré les efforts qu'il engage avec de Jouvenel,son ami, ambassadeur à Rome,puis avec de Chambrun son successeur ,les ministres des affaires étrangères Paul Boncour et André François-Poncet.
Monzie, le 7 novembre 1938,prononce un discours,devant le conseil général du Lot(cf Th.Souperbie).Il évoque "l'humanisme paysan,cette juste appréciation de la valeur de la vie humaine à sauvegarder".Il s'oppose à la guerre, justifiant ses convictions par l'opinion publique lotoise et les valeurs humanistes auxquelles il croit.Mais la guerre arrivera et l'alternative italienne se révèlera illusoire."

Il  eut le tort de croire trop longtemps cette politique réaliste"Il quitte le ministère le (5 mai 1940,à l'arrivée de Paul Reynaud,plus dur que son prédécesseur Daladier.

Louis Planté dans "Un grand seigneur de la politique",rappelle ce reproche de mon grand oncle Gaston Astorg, (le frère de ma grand mère Berthe,)
instituteur à Mechmont, président du syndicat des instituteurs du Lot "qui l'avait approuvé en 38 et ne le comprenait plus en 39" .Il lui reprochait de ne pas avoir démissionné plus tôt."Dans "Ci-devant",Monzie répondait "ce n'est pas la même chose"l'Angleterre et la Pologne nos alliés sont concernées.

Emile Roche donna raison à Astorg.Ce n'est qu'après la guerre que Monzie reconnut son erreur.
Le 21 février 1942,aux obsèques de Loubet,Maire de Figeac( qui,sénateur en 40,comme Garrigou , a vôté les pleins pouvoirs à Pétain),il persiste:
" périssent les principes,plutôt que la patrie".
Retiré à Vialolles en 43 (là il aimait recevoir ses voisins,ses électeurs,ses amis,un habitué Navachine qui finira assassiné,(espion soviétique? russe  blanc,ou troskiste réfugié?) ,le général Jouinot Gambetta qui donna son nom à la place de la gare à Cahors,le RP Théry,etc...)

Le voilà acculé dans sa thébaïde,son petit chalet près de Lauzès au milieu d'une centaine d'ha de causse,confiné dans sa province par l'opposition et l'hostilité du Préfet vichiste Loïc Petit etdel'évêquecollaborationniste de Cahors monseigneur Chevrier.Il écrit alors cinq livres  contre le Régime de Pétain. "La défaite eut suffi à notre peine".Ses critiques sont sévères dans "la saison des juges" mais il demeure ambigu,peu crédible,conservant par exemple une certaine retenue face aux propos ignobles de Darquier(dit de Pellepoix)commissaire aux questions juives,"fils de Louis Darquier(son) ami et prédécesseur à la mairie de Cahors" qui vient de déclarer:"A Autchzwitz on n'a gazé que des poux!".

Anticommuniste il n'en tentera pas moins ,un temps, des contacts infructueux avec le PCF clandestin et demandera l'appui de Marcel Cachin à qui il a rendu visite en 39 dans sa prison.
Soixante ans après sa mort,est-il possible d'espérer retrouver des archives ? (Elles auraient été dispersées,pillées pendantl'occupation par les Allemands,à la libération par les maquisards;cf. Louis Guitard, colloque Adelf Payrac).Est-il encore possible que les derniers témoins parlent de ce grand  et talentueux personnage?
Quelques chercheurs prétendent aussi que ces archives pourraient révéler que Monzie fut un temps,avant la guerre, un "homme d'influence" des soviétiques  qu'il connaissait bien et des services  alliés. Gaston Artigalas m'avait d'ailleurs affirmé dans sa maison devenue Hôtel de ville de Pradines ,qu'à l'époque où il fut son chargé de mission pendant la guerre d'Espagne,il aurait fait la liaison avec Jean Moulin et Gaston Cuzin alors à Bordeaux,et Pierre Cot pour les livraisons d'armes soviétiques clandestines aux républicains espagnols.
J'étais jeune et je n'ai aucun document ,aucune preuve.Je pensais d'ailleurs qu'il me racontait des histoires.Aujourd'hui je sais que ces livraisons ont bien été faites.Je l'ai appris de la bouche même de Gaston Cusin,beau-père de Louis Mexandeau avec qui je déjeunais parfois au ministère des PTT.Cuzin répéta cela au procès Papon.De vieux cadurciens vous confieront même qu'à cette époque quelques avions dont celui d'Artigalas atterrissaient et redécollaient du petit aérodrome de Labéraudie pour des voyages en Espagne....Vivement des archives!J'aimerais des commentaires d'internautes sur mon blog.
"Cet hérétique qui avait des idées" eut raison trop tôt,bien des fois.Il fut le précurseur du Pool charbon-
acier,premier pas vers la communauté européenne,idée reprise 25 ans plus tard par Robert Schuman,"le père de l'Europe",qu'il avait convaincu.

Au parlement et dans les ministères il innova en maints domaines.Son point faible fut son individualisme et son refus des partis qui entraina sa solitude.

La mairie et le conseil général de Cahors occupèrent le reste de son temps.C'est à lui que l'on doit,le don de l'Etat,du triptyque d'Henri Martin,installé dans l'escalier du Conseil général et la statue du Centaure dans le parc Oliver de Magny,l'hôpital où il fut mal opéré après son accident et où mourut Rappoport,philosophe marxiste qu'il y hébergeait et qui s'écria:"on meurt bien à l'hôpital de Cahors!"

Le célèbre drapeau Gwenn ha Du (blanc et noir) a été créé en 1923 par l'architecte Morvan Marchal, originaire de Vitré-35. Il a flotté pour la première fois à l'exposition des arts décoratifs de Paris en 1925. Ce salon provoqua des remous lorsque le ministre Anatole De Monzie, lors de l'inauguration du pavillon breton, déclara:
"Pour l'unité linguistique de la France, la langue Bretonne doit disparaitre."



 



02/03/2006
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