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Pouvoir d'achat: Les caisses sont vides

la forme bon, le fond très flou...


Le blog RTL-Jean-Michel Apathie

Forme. Nicolas Sarkozy, hier soir, sur TF1 et France 2, face à Patrick Poivre d'Arvor et Arlette Chabot, a été très bon. Agilité d'esprit, vivacité de ton, à plusieurs reprises une théorisation qui sonnait assez juste du rôle d'un président de la République dans une société complexe comme la France, investissement dans sa fonction, simplicité dans la formulation: Nicolas Sarkozy a réalisé hier une prestation qui était sans doute la meilleure parmi ses trois interventions télévisées depuis qu'il est installé à l'Élysée.

Loupé. Quarante cinq minutes d'entretiens et pas une seule question sur son augmentation de salaire. 176% selon certains calculs, 205% selon d'autres, une augmentation en tout cas qui a fait jaser et qui aurait justifié une explication de sa part. La prochaine fois?


Aveu. Était-il volontaire? Personnellement, je ne le pense pas. La formule est venue en toute fin d'émission, 20h57 exactement, deux minutes avant la fin. Elle est sortie comme un jaillissement, peut-être dans un instant de relâchement de la pensée. "Les caisses sont vides", a dit le chef de l'État. Formule terrible, sans précédent à ce niveau de responsabilité. On pourra dire que tout le sait. Soit. Mais chacun conviendra aussi que cette réalité n'est pratiquement jamais nommée par les principaux responsables de l'action publique. Significativement d'ailleurs, ce matin, la formule supplante, et parfois même occulte les annonces. Je ne suis pas sûr qu'elle ait été prononcée à cette fin. Par ailleurs, des "caisses vides" augurent mal de la suite. La mollesse de la croissance qui se profile obligera le pouvoir à une politique sévèrement rigoureuse de ses dépenses. Si le thème d'hier était "l'angoissante question du pouvoir d'achat", celui non moins angoissant du serrage de la ceinture pourrait bien être au cœur de la prochaine intervention télévisée, devant les inamovibles journalistes des inamovibles chaines de télévision dans l'inamovible cadre élyséen.

Chute. Notons à ce propos, la curiosité linguistique en toute fin d'émission. Patrick Poivre d'Arvor, sur un ton très doux: "C'est la fin de cet entretien. Merci de nous l'avoir accordé." La dernière phrase a l'air de gêner Nicolas Sarkozy qui s'en débarrasse prestement: "Merci de m'avoir invité". Là encore, sentiment particulier: la scène se passe chez lui, c'est donc lui qui a invité. Ah mais non, il voulait dire: merci de m'avoir invité à la télévision, avec cette particularité toutefois qu'il est l'un des rares personnages publics à faire venir la télévision avec lui, le commun des mortels se déplaçant à la télévision.

Pouvoir d'achat. J'ai gardé le fond pour la fin. Une salve de mesures. Des annonces par paquet de douze. Si des augmentations de salaires ont lieu dans les entreprises, elles pourront s'exonérer des 35 heures. Ah bon! Il faut qu'une loi le dise ou bien la parole ministérielle suffira? Mystère et boule de gomme. Le président pense-t-il qu'aujourd'hui, en ces temps de concurrence acharnée, les augmentations de salaires seront nombreuses dans les dites entreprises? Mystère et boule gomme. Il a dit aussi: "Tous les salariés qui se mettent d'accord avec le chef d'entreprise pourront transformer les jours de RTT en argent." Bravo. Précision: "cette mesure représente 5 milliards de pouvoir d'achat en plus." Re bravo. Mais, là encore, comment les choses vont-elles se passer? Faut-il une loi ou des négociations peuvent-elles suffire? Et ces cinq milliards, ils sortiront d'où? Des caisses des entreprises? Pour les fonctionnaires, bonne nouvelle, les heures supplémentaires seront payées dans le public comme dans le privé. Formidable. On vous renvoie aux caisses vides, M. le président? En outre, a-t-il ajouté, de négociations s'engageront sous l'autorité du premier ministre "pour régler cette affaire du stock d'heures supplémentaires qui n'ont pas été payées à l'hôpital comme dans l'administration." Sortez vos calculettes, le résultat se chiffre en milliards d'euros. Désormais, les 20 milliards d'exonérations de charges sociales accordées aux entreprises seront remises en cause "dans les branches où il n'y a pas de négociation salariale." Suffira-t-il de négocier ou faudra-t-il une conclusion positive pour préserver ces exonérations? Mystère, mystère. Notons au passage ce tour de bonneteau de l'État qui ferait, dans cette hypothèse, financer par le secteur privé la relance du pouvoir d'achat. L'imagination technocratique est sans limites. Enfin, Nicolas Sarkozy a souhaité l'extension du travail le dimanche, à la double condition qu'il se fasse sur la base du volontariat et d'un salaire multiplié par deux. Ces conditions sont déjà en vigueur. Le problème du travail du dimanche est différent: il est très réglementé sur le territoire, interdit par principe, effectif par dérogation. Est-ce cela qui doit changer? Comment? Une loi est-elle nécessaire?

Flou. C'est par le fond que l'intervention présidentielle est décevante. Les mesures ont été annoncées de manière vague et générale. Aucune demande de précision n'a permis d'éclaircir le propos. Ce matin, nous ne nous retrouvons pas beaucoup plus avancés qu'hier soir. Pour la petite histoire, j'avais pensé qu'il serait utile, pédagogique et donc journalistique qu'un ministre vienne expliquer ce matin les propos du chef de l'État. Avec le temps, on sait un peu comme marchent ces choses là. Le président s'exprime depuis l'Olympe. Aux soutiers, ensuite, de montrer les vis et de serrer les boulons. J'avais donc sollicité dès le début de la semaine, voire même la fin depuis la fin de la précédente, le cabinet de Christine Lagarde en proposant à la ministre de l'Économie de venir ce matin, sur RTL, pour expliquer tout ce qui mériterait de l'être. Hier à midi, devant les hésitations de la ministre à répondre à la sollicitation, nous avons modifié notre dispositif. Puisqu'une partie de l'intervention présidentielle porterait sur les prix, et concernerait donc la distribution, nous avons sollicité Michel-Édouard Leclerc qui a aussitôt accepté notre invitation.



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Les prix. La loi française se veut protectrice des petits producteurs. Elle interdit donc aux distributeurs, notamment aux hypermarchés, de négocier directement sur les prix des produits. Le marchandage ne peut porter que sur des aspects annexes de la relation commerciale, la promotion dans les magasins, la mise en place, les têtes de gondole, etc. Cela constitue ce que l'on appelle les marges arrière, qui ne peuvent pour leur part qu'être partiellement répercutées sur les prix de vente aux consommateurs. Michel-Édouard Leclerc et quelques autres plaident pour une simplification de la loi. Ils voudraient que l'ancienne usine à gaz disparaisse au profit d'une législation plus simple et plus claire. Les mêmes, qui ont quelques accès à l'Élysée, pensaient en avoir convaincu le président. Michel-Édouard Leclerc a donc avoué sa déception, ce matin, au micro de RTL, d'avoir simplement entendu hier soir Nicolas Sarkozy souhaiter que les prix baissent dans les hypermarchés. Qu'ils baissent, oui, mais comment? La suite, peut-être, au prochain numéro



01/12/2007
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