4076-UKRAINE: LE CYNISME DU TSAR POUTINE
Onze jours après le sommet de Washington entre Donald
Trump, Volodymyr Zelensky et les principaux dirigeants
européens, le constat est cruel : nous avons assisté à un
coup de canif dans l’eau. Depuis, la Russie n’a cessé d’intensifier
ses frappes sur l’Ukraine, se moquant toujours plus fort des
pourparlers en cours. Dans la nuit de mercredi à jeudi, elle a encore
tiré près de 600 drones et 31 missiles, tuant au moins 17 civils à Kiev.
Il faut se rendre à l’évidence : le maître du Kremlin ne veut en aucun
cas la paix. Son projet est bien celui d’une défaite militaire de Kiev,
d’une capitulation nette. Peu importe le sang versé, peu importe les
condamnations occidentales, peu importe les sanctions économiques.
À cet égard, reconnaissons à Emmanuel Macron d’avoir parfaitement
lu la volonté du président russe de continuer à en découdre
coûte que coûte, de continuer àdéfier l’Europe.
La lueur d’espoir qu’a pu susciter ce sommet à la Maison-
Blanche, conclu par l’annonce d’une possible rencontre entre Volodymyr
Zelensky et Vladimir Poutine, est aujourd’hui plus fragile que
jamais, si tant est qu’elle ne se soit pas déjà éteinte, soufflée dans le
fracas des bombes russes.
Il faut souligner toute l’habileté tactique, sinon les qualités d’hypnotiseur,
de l’ex-agent du KGB. En effet, à ce stade, ce n’est pas le sommet
de Washington qui a été décisif mais bien celui en Alaska. À Anchorage,
en persuadant Donald Trump de renoncer à un cessez-le-feu en
Ukraine, en écartant donc la principale demande de Kiev, Vladimir
Poutine ne s’est pas seulement offert un numéro de claquettes magistral
en mondiovision, il s’est offert ce qu’il était venu chercher : un
chèque en blanc pour poursuivre son offensive meurtrière. Là encore,
la leçon est cinglante.
Ces frappes russes le montrent, Vladimir Poutine a élevé le cynisme au
rang d’art majeur. Assumant de pilonner sans vergogne l’Ukraine tout
en feignant de poursuivre les négociations pour mieux les tordre, il ne
se conduit plus en chef d’État mais en tsar. Oui, la diplomatie est en
échec. Mais on ne négocie pas un accord de paix au son du canon.
C’est pourtant ce qu’a accepté Donald Trump. Et que Kiev paye au prix
fort. Seule bonne nouvelle dans ce sombre tableau, les 32 pays
membres de l’Otan vont enfin consacrer 2 % de leur richesse à leur
défense avant de passer à 3,5 %. Quelle que soit l’issue de cette guerre
en Ukraine, l’Europe ne peut plus dépendre des vents mauvais de la
politique américaine. Espérons qu’elle aura le temps d’un tel sursaut.
Éditorial SUD-OuEST Jefferson Desport