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OPINION. « Donald Trump tient-il ses troupes ?»

OPINION. Donald Trump tient-il ses troupes ? Une réflexion sur le nouveau pouvoir à la Maison Blanche. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques (*)
 

Sébastien Boussois La TRIBUNE

Photo d'illustration

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Depuis plusieurs semaines, il y a de quoi s'interroger sur la manière dont le nouveau Président américain gère la Maison-Blanche, et de quelle marge de manœuvre disposent exactement les nouveaux responsables de l'administration américaine. Certains semblent en roue libre pendant que d'autres semblent apathiques.

Trump nous a habitué à une poigne de fer dans un gant de ferraille depuis son premier mandat. Or, il semble que certains nouveaux « élus » prennent des largesses avec le rôle qui leur est octroyé pendant que d'autres ne parviennent pas à se libérer. Certains chercheraient même à s'émanciper pour briller et anticipent avec un peu trop de zèle les désirs de leur chef. Combien de temps Donald Trump supportera-t-il cela ? Les laisse-t-il faire et tout cela est-il calculé pour qu'ils se brûlent rapidement les ailes ?

 

Le 47è Président nous a assez habitué à centraliser le pouvoir et à s'appuyer sur un petit cercle de fidèles. Exit les traitres et ceux qui l'ont lâché en plein vol après les évènements du 6 janvier 2020. Ceux qui l'entourent aujourd'hui sont les plus déterminés des déterminés, les plus convaincus des convaincus. Pourtant, que ce soit Elon Musk, converti de la dernière heure (il votait encore démocrate en 2020), ou le nerveux JD Vance, qui outrepasse son rôle de vice-président (une fonction sans définition claire selon la constitution), Trump laisse faire. Quid de Pete Hegseth, le Secrétaire d'Etat à la Défense, qui a suscité la colère des Européens après l'affaire du Signal Gate, où il insultait le vieux continent, comme JD Vance d'ailleurs ? Où la nouvelle polémique du moment où il est accusé d'avoir emmené sa femme à des réunions militaires ultra-sensibles ?

 

 

Hegseth chauffe les Européens à blanc. Musk dégraisse le mammouth bureaucratique sans élégance ni délicatesse. JD Vance joue la carte de la provocation sur le dossier du Groenland avant de se calmer sur demande des proches conseillers du Président américain. Où est Trump dans tout cela ? Justement, face à la fougue de son protégé du moment, il a fini par tempérer en affirmant qu'à terme, le précieux territoire reviendrait dans l'escarcelle américain. De quoi faire passer l'actuel Président pour un vieux sage qui attendrait paisiblement que la roue tourne. Étonnant !

 

Au fond, cherche-t-il à brûler les ailes des plus téméraires et fougueux de ses exécutants pour mieux régner ensuite? Ce n'est pas impossible : il se sert de Musk pour tailler dans le vif, avec le DOGE, sans avoir lui à mettre la main à la patte et sans ajouter un mot plus haut que l'autre... pour une fois. Il se sert d'Hegseth pour asticoter les Européens. Tout cela lui fait prendre de la hauteur. Mais le mystère reste entier pour Vance : le rôle d'un vice-président habituellement est de rester dans l'ombre du Président, au cas où, au cas où en effet, il lui arriverait quelque chose. Il n'est pas censé prolonger la main du locataire de la Maison-Blanche, mais plutôt gérer des dossiers secondaires. Jamais un vice-président n'a été autant et aussi vite sous le feu des projecteurs ! Sa cote de popularité est importante auprès des Républicains et les intentions de vote le placent très haut face aux démocrates si l'élection présidentielle américaine survenait demain. Trump n'a pas exclu de se représenter en 2028, alors que la Constitution l'en empêche. Mais Vance serait-il la cartouche miracle, comme du temps du tandem Poutine-Medvedev en Russie, à sacraliser ?

 

D'autres proches de Trump n'ont pas ces honneurs. En effet, Marco Rubio, un temps challenger de Trump à la primaire républicaine, a intégré le sérail, mais semble complètement coincé dans sa fonction. L'intégrer pour mieux le tuer et lui faire payer ? Les coups d'éclats comme les grandes annonces reviennent à Vance et au dernier larron, qui a non seulement la bénédiction de Trump, mais également celle de Poutine, c'est Steve Witkoff. Il est la plus grosse surprise du nouveau casting présidentiel.

 

Le fameux magnat de l'immobilier bis et joueur de golf bis est au zénith de sa carrière politique qui a démarré il y'a quelques mois seulement. Négociateur improvisé en diplomatie internationale, il vole de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. Il a compris l'art du deal et le transactionnalisme et met la main à la pâte. Il déroule le tapis en amont de son patron. Lui ne cherche pas les honneurs ni la lumière, jamais la dispute ou la brouille, mais négocie dans l'ombre, pendant que les autres sont sur le devant de la scène. C'est probablement cet attelage du moment qui fait tenir la nouvelle administration américaine, même si parfois, on a le sentiment de la confusion. Un pouvoir très personnalisé, qui tient dans les mains de quelques-uns, et qui appliquent à la lettre ce pourquoi ils ont été élus : tout pour les Américains, rien que pour les Américains.

 

Il y a de quoi se demander si Trump ne ferait pas défaut en termes de leadership tant il est entouré de personnages hauts en couleur qui pourraient lui faire de l'ombre. Il devrait se méfier. César a été tué par son fils adoptif Brutus. Vance a tout d'un fils adoptif et le Président américain devrait se souvenir des fameux propos de Lord John Emerich Edward Dalberg- Acton (dit Lord Acton) : « Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument ».



03/04/2025
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