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Donald Trump au pied du mur de sa guerre douanière
Trump encore, Trump toujours ! Difficile d’échapper au président
américain tant celui-ci met de bonne volonté, et un
malin plaisir sans oublier une dose coriace de paranoïa, à
monopoliser sur lui les lumières de l’actualité, y compris pour
les motifs les plus futiles, comme un décret interdisant les pailles en
papier. En l’occurrence, ce 2 avril n’avait rien d’une galéjade puisque
c’était ce mercredi, baptisé sans vergogne « jour de la libération », que
Donald Trump a déclenché la guerre commerciale qu’il veut livrer à
des pays suspectés de se gaver avec l’argent des Américains et donc
qualifiés de « salopards » (lire aussi en page 10). Le monde de Trump se
divise entre les gentils et les méchants, terminologie digne d’un enfant
de maternelle, mais pourquoi se priver puisque ça fonctionne
auprès des électeurs ?
Si ce n’est que la Maison-Blanche vient de subir un camouflet
dans le Wisconsin, que le Républicain avait conquis
face à Kamala Harris avec une marge infime en novembre
dernier. Une juge démocrate a en effet été élue à la Cour suprême de
l’État face à un rival estampillé « Maga » (« Make America great again »,
rendre sa grandeur à l’Amérique), massivement soutenu par le président
et Elon Musk, qui a dépensé des millions de dollars en sa faveur.
Faut-il y voir un retournement de l’opinion publique envers Trump et
sa cour ? Évidemment non, ce serait prématuré, même s’il s’agit d’un
avertissement dont on se demande s’il parviendra à franchir le mur
d’orgueil et de certitude derrière lequel se retranchent l’hôte du Bureau
ovale et le Crésus aux objectifs martiens.
Bien qu’on ait parfois du mal à l’admettre, les Américains se comportent
comme tout le monde et se décident en fonction de leur portefeuille.
Tous ceux qui ont voté Trump ne sont pas fanatisés, et beaucoup
croient que sa politique économique et tarifaire va les enrichir.
Un de ses conseillers affirme que les droits de douane annoncés hier
rapporteront 6 000 milliards de dollars en dix ans. D’autres économistes,
plus nombreux, font part de leur circonspection et redoutent à
l’inverse une montée de l’inflation, voire une possible récession. Des
craintes que Trump balaie avec tout le mépris dont il est capable.
Mais si l’Union européenne, sait-on jamais, resserre le pack et ne plie
pas en mêlée, si les pays visés résistent au rouleau compresseur à bannière
étoilée, si les Américains paient l’addition du protectionnisme
trumpiste, alors il n’est pas exclu que le Wisconsin soit la première
carte d’un château qui chancelle.
Benoît Lasserre éditorial Sud-Ouest