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LA REPUBLIQUE EN DANGER

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Le principe de laïcité est menacé par l'UMP

N'en déplaise à Nicolas Sarkozy pour qui la religion doit être promue comme ferment de la fierté française, notre République est fière d'avoir institué, par l'article 2 de sa Constitution (loi de 1905), une séparation radicale des Eglises et de l'Etat qui la distingue, à ce jour, de toutes les autres Républiques : « La République ne reconnaît aucun culte ».

Lorsque, au nom de la République et en notre nom, le candidat de l'UMP se réclame explicitement du religieux, et principalement du catholicisme, arguant que les racines de la France seraient exclusivement chrétiennes, le principe de laïcité est menacé.

Le 14 janvier 2007, lors de son discours d'investiture à la Porte de Versailles, NS affirme que la France est dépositaire d'un bien « reçu en héritage depuis 2000 ans » et que ses « racines sont et doivent rester chrétiennes ». A la Mutualité, il affirme s'inspirer de saint Louis pour fonder son système politique (11 février 2007). Au Zénith, il soutient que, comparé à l'amour universel sacralisé, « le système associatif, ce n'est pas de la fraternité » (18 mars 2007). S'exprimant encore chez Franz Olivier Gisbert lors de l'émission télévisée « FOG » il réclame que les débats politiques soient « ouverts aux grandes voix du christianisme » et que la religion chrétienne soit promue comme ferment de la fierté française.

Lors de la journée d'investiture du 14 janvier, Jean-Pierre Raffarin rappellera aussi que la France est bien « la fille aînée de l'Eglise » et qu'elle doit soigneusement maintenir ce rang de primauté. Christine Boutin clamera, quant à elle, que l'UMP respecte « toute la personne humaine… depuis sa conception».
Dans l'émission « Mots Croisés » du 12 mars 2007, Valérie Pécresse, députée UMP, précisera que la pensée de Jacques Chirac et celle de NS sont « consubstantielles ».
Pour mémoire, rappelons qu'en 1996 JC a souhaité que soient « resserrés les liens millénaires de la France à l'héritage chrétien » et que les français soient « exhortés à la fidélité à l'Eglise» (discours d'Etat au Vatican le 20 janvier 1996).

Or, la laïcité dans notre République n'autorise pas un responsable politique à se réclamer explicitement dans ses discours officiels de telles racines et d'en faire une exclusive pour tous en l'incluant dans un programme. Sa fonction lui interdit de s'y référer. Cet héritage évoqué est du ressort intime et singulier d'une croyance en la transcendance. Il ne doit pas être imposé, ni même vanté au civil. En outre, l'histoire démontre que le christianisme n'a pas été à l'origine des avancées et des droits humains acquis et établis jusqu'à aujourd'hui pour tous. L'Eglise les a même souvent combattus et continue à le faire. Il est donc faux de prétendre, comme le fait NS, que le christianisme a participé à la fondation laïque de la France. Il n'est qu'à énumérer la liste, non exhaustive et par ordre alphabétique, des droits acquis et de les considérer un par un pour s'en rendre compte :
abolition de la peine de mort, contraception, décision du malade de ne pas prolonger sa torture, divorce, droits de l'homme, égalité des droits, euthanasie, féminisme, homosexualité, humanisme, humanitarisme, interruption volontaire de grossesse, laïcité, liberté de conscience, liberté de penser, liberté d'écrire, liberté religieuse, liberté sexuelle, mariage homosexuel, pacs, protection contre les maladies sexuellement transmissibles, recherche scientifique sur les cellules souches, réduction des inégalités, socialisme, suppression de l'esclavage.

La laïcité qui a inspiré l'humanisme ne s'est jamais référée au divin dans la mise en place des droits citoyens. Contrairement à la notion de peuple entendu comme « les habitants d'un territoire » (du grec : demos - demos), il n'y a de laïcité que lorsque les citoyens sont réunis pour traiter de ce qui concerne leur vie humaine et sociale, pas de leur croyance au divin ; c'est là et en cela seul qu'ils constituent le peuple laïc (du grec : laos - laos). Eschyle nous précise même que lorsque les laïcs – oi laioi egchôrioi - c'est à dire lorsque « les citoyens concernés par les affaires du pays » (que l'on peut aussi traduire par « lorsque les citoyens, électeurs de droit») sont réunis pour traiter de leur vie d'humains, alors les dieux n'y ont pas place, dit-il ; ils n'ont pas à s'en mêler ; cela ne les concerne pas.

Lorsque le pouvoir s'engage sous la férule du divin, il se révèle allié d'une politique du mythe destinée à satisfaire les superstitions s'appuyant sur les préjugés, les sentiments et les passions. Il met en place une politique qui touche au plus intime des pulsions, qui réveille la part paranoïaque et qui, derechef, met en péril la cohésion sociale.
La politique du mythe réalise son programme par une intimidation de l'intelligence affectant les esprits ; elle vide l'élan civil de sa substance pour le pervertir en amour universel idéalisé (cf : le discours de NS au soir du premier tour, le 22 avril 2007). Cette politique rassemble les insatisfaits autour d'un projet d'exclusion de « l'autre » catalogué d'indésirable. Elle est une politique du droit négatif ; cultivant une identité qui maintient le citoyen dans une impéritie manifeste, elle tétanise toute réflexion civile et sociale et incite à s'investir dangereusement dans les rangs d'une nouvelle croisade sur notre sol.(Faut-il n'avoir pas entendu, le soir du 22 avril le « et surtout » qui s'est glissé dans le voeu « rêvé » de NS lorsqu'il a clamé : « Vive la République… ET SURTOUT… Vive la France » ? - adverbe nullement retransmis dans la presse).
Certes si saint Louis, fréquemment évoqué comme modèle dans les interventions de NS, renforça l'autorité de l'Etat au XIIIeme siècle, s'il institua ce qui fut appelé « les cas » ne pouvant être jugés que par lui-même et s'il créa la Commission Judiciaire, rappelons cependant – et gardons toujours à l'esprit – qu'il fut un redoutable croisé. Il conduisit deux croisades (la 7eme et la 8eme) et c'est durant son règne, sous la Régence de Blanche de Castille avec la bénédiction du Pape Innocent III qu'en Albigeois les Cathares, hommes, femmes, vieillards et enfants finirent par être atrocement massacrés. De plus, saint Louis se soumit à la demande du Pape Grégoire IX de confisquer et de brûler tous les exemplaires du Talmud découverts. Il imposa aux Juifs de porter un signe distinctif, la rouelle, donnant ainsi force de loi à un statut des juifs qui allait favoriser au siècle suivant leur exclusion du royaume. La prise du pouvoir des clercs rompt la paix entre les civils.

Afin de préserver tout risque de dérive sectaire et périlleuse pour la paix sociale, afin d'empêcher que prenne corps et s'établisse à nouveau une certaine « théologie politique » dont les prolongements désastreux aboutirent, il n'y a pas si longtemps, aux programmes d'exclusion et d'extermination que l'on connaît, le prosélytisme confessionnel quel qu'il soit – même évoqué de loin – doit être absent du discours politique.

La laïcité défie tous les systèmes coercitifs transposant le religieux sur l'exécutif et sur le législatif. Elle se différencie résolument d'une certaine conception chrétienne qui élève l'expiation au niveau d'un sacrifice. Elle admet que tout savoir est relatif et qu'il ne s'acquiert pas autrement que par un ordre des mots. Pas par des mots d'ordre.

Rappelons-le : « La République ne reconnaît aucun culte », même si elle admet tous les cultes. La République est laïque. C'est-à-dire qu'aucune grille faisant intervenir une quelconque religion ou un quelconque culte au divin ne doit être utilisée comme argument politique. C'est cela qui permet à la République, tout en préservant son intégrité et sa spécificité, d'accueillir toutes les religions, donc de n'en exclure aucune et de préserver la liberté de conscience.

Sous peine de faire voler la laïcité en éclats, ce droit inscrit dans la constitution française ne doit nullement être altéré.

En usant de l'argument religieux en politique, en privilégiant une confession bien désignée – la catholique – pour en vanter l'exclusivité et en soutenant trompeusement que la laïcité a incorporé cette religion depuis longtemps (cf. Le Monde du 19/04/07), NS dénature la question et la banalise.
Ce faisant, il opère un transfert de sacralité * et rompt donc gravement avec les statuts de la République dont il vise pourtant la présidence.

* Condorcet, homme des Lumières s'il en fut, avait en son temps su repérer une dérive similaire qui tentait pareillement d'incorporer la question laïque au culte de l'Etre Suprême. 

Collectif Les Lumières en héritage.

http://leslumieresenheritage.unblog.fr/



04/06/2007
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