315-Réflexion sur les causes de la défaite par R.Anglade 20 postS

 Voici une réflexion qui me parait indispensable et objective.Les causes de celle de 2002 étaient simples mais cette réflexion n'a pas eu lieu.Ce texte est publié par R.Anglade sur le site "Betapoltique"       http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0841


"La défaite de la candidate socialiste à l'élection présidentielle n'est pas une bonne nouvelle pour les sympathisants de gauche, et pas non plus pour les républicains, les gaullistes, les centristes, les travailleurs sociaux, les syndicalistes, les ouvriers, les précaires, les mères célibataires, les jeunes des quartiers et de nombreux autres Français.

Elle porte au pouvoir un homme inquiétant, dont les méthodes et la personnalité laissent penser qu'il entend rester au pouvoir pour longtemps. Très longtemps.

Elle s'inscrit dans une séquence longue de défaites du Parti socialiste aux élections nationales.

La participation, élevée, le score, net, montrent qu'il ne s'agit pas, comme en 2002, d'un "accident".

Sans une analyse rigoureuse de cette défaite et sans un travail de fond, d'autres défaites suivront et la France poursuivra son évolution accélérée vers un atlantisme, une droitisation, et une perméabilité aux valeurs de l'argent et des grands trusts qui ne sont pas de bon augure.

Il serait stupide et vain de se contenter d'incriminer la candidate, ou son parti. Disons-le tout net, nous avons au contraire le sentiment que les autres candidats potentiels du Parti socialiste n'auraient pas fait mieux, et auraient même connu un score pire. Nous pensons en effet qu'à titre personnel, ils n'auraient pas tenu le choc de la campagne de caniveau qui a doublé la campagne apparente. Nous pensons aussi que leurs logiciels respectifs auraient encore accentué la fracture avec l'électorat et auraient échoué à susciter, auprès des jeunes, des quartiers, des entrepreneurs innovants, l'élan d'adhésion qui a été constaté à cette élection.

Les causes de cette défaite sont anciennes, profondes et structurelles, et il faudra les affronter.

- Tout d'abord, le Parti socialiste est dominé idéologiquement dans notre pays, et ce, à plusieurs niveaux :
— son image est majoritairement mauvaise. Une majorité de Français pensent que les socialistes sont mauvais gestionnaires, creusent la dette, sont laxistes sur la justice, permissifs, donnent d'hypocrites leçons de morale, prônent un assistanat généralisé. Dans l'ensemble, ils ont tort, et sur certains sujets, ils se plantent même complètement. Il est clair par exemple que l'endettement de l'Etat, ou de la sécurité sociale, provient plus des gouvernements de droite que de gauche. Sur certains sujets, ils ont malheureusement raison. Sur les discours tous ficelés destinés à rassurer les militants et à assurer leur cohésion, ils ont malheureusement bien souvent raison.
— ses valeurs sont battues en brèche. Aujourd'hui, les figures de l'Etranger-qui-bouffe-les-allocs, du Faux-chômeur-qui-profite-du-système, du Dangereux-terroriste, du Voyou-incivique-jeune-de-banlieue, du Dangereux-idéaliste-de-gauche-qui-occupe-les-médias, du Juge-laxiste, du Pauvre-patron-écrasé-par-les-charges, du Fonctionnaire-fainéant, du Multirécidiviste... ces figures saturent l'espace médiatique et laissent peu de place à l'expression raisonnée d'une pensée de gauche.
— Pendant ce temps là, et symétriquement, les valeurs de gauche sont discréditées et perdent du terrain. Comment peut-on encore aujourd'hui oser expliquer que tous n'ont pas la même chance au départ ? Que certaines sécurités coûtent trop cher en termes de libertés publiques ? Que la Justice sociale est un objectif aussi légitime que les profits particuliers ? Que le respect des plus fragiles est un plus pour tout le pays ? Que des valeurs non économiques (environnement, par exemple) nous appartiennent à tous et nous concernent tous ?
— Il manque de réponses modernes et innovantes et peine à établir un nouveau corpus doctrinal réaliste, efficace, convainquant et susceptible de mobiliser les militants.

- Ségolène Royal a plus fait bouger la réflexion au cours de sa campagne que le Parti socialiste dans ces dix dernières années. Mais cela n'est pas le gage d'une campagne réussie et, en tout état de cause, n'a pas réussi...

- Le Parti socialiste est également dominé dans les médias.
— Malgré quelques poches de résistance, il est évident que le traitement médiatique de la campagne n'a pas été équilibré dans les "grands médias" (TF1, France 2, Paris-Match et Europe 1 en étant les exemples les plus flagrants).
— Les grands patrons de presse (qui en France, ne sont généralement pas seulement des patrons de presse mais aussi des patrons d'entreprises jouissant de très considérables marchés publics) étaient nettement favorables à l'ancien Maire de Neuilly. Ils l'ont montré en festoyant à ses côtés le 6 mai.
— Mais les journalistes de base sont, pour l'essentiel, des gens honnêtes et faisant leur travail. S'ils n'ont pas relayé équitablement la campagne (du point de vue de la gauche), c'est pour un ensemble de raisons : prolétarisation accélérée de leur profession qui leur laisse peu de temps pour fouiller les sujets, caractère inaudible de propositions trop improvisées et parfois difficiles à cerner. Ajoutons à cela, parce que c'est la vérité aussi, un manque de réel travail à destination des journalistes. Comme pour toute communauté humaine, si les socialistes souhaitent un jour être compris de cette communauté là, ils doivent s'y investir, nouer des relations de confiance, suivies, régulière, faire connaissance, prouver leur crédibilité, etc.

- Le Parti socialiste a été dominé dans sa cohérence idéologique. A un socle de programme fondamentalement social-démocrate (et un peu ennuyeux) il a ajouté, à l'occasion des synthèses de ses congrès toiut un ensemble d'amendements sans rapport. Il a ensuite donné sa confiance à une candidate de rupture, extrêmement moderne sur certains sujets (environnement, éducation, place des entreprises dans le projet de société). L'amalgame n'a pas pris a temps et a perturbé la campagne, les militants, les observateurs...

- Le Parti socialiste a également été dominé dans son organisation. Disons-le tout net : il n'était pas prêt pour une campagne de cette intensité. Il a pour cela quelques excuses : sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy et de son équipe, le niveau de jeu s'est élevé à un niveau jamais atteint en France. Etudes qualitatives, organisation militaire de la prise de parole, discours profilé pour chaque communauté... On peut ne pas aimer cette vision de la ,politique. On peut même en inventer une autre. Mais il est indispensable d'atteindre le même niveau de professionnalisme. Notons en particulier :
— la connaissance de l'opinion des Français, grâce à une floppée d'études "qualitatives", grâce à un travail assidu entammé 18 mois avant l'élection autour d'Emmanuelle Mignon ;
— un socle de programme cohérent, maîtrisé, chiffré, qui a permis au candidat de la droite de se payer le luxe, ensuite, de ne pas le communiquer (trouve-t-on quelque part une liste précise et finie des engagements de Nicolas Sarkozy ? Non, mais la cohérence était pourtant perceptible) ;
— Un parti qui, sans doute parfois pour des raisons peu recommandables (voir les cas Chirac et Villepin) a fait bloc, est rentré dans le rang, et a servi le chef. En face, la Parti socialiste qui sortait d'une campagne d'investiture âpre et tardive a étalé le spectacle de sa désunion.

- Certes, il serait malhonnête de ne pas mentionner aussi certaines lacunes de la candidate elle-même, bien compréhensible quand on songe à la vitesse de la préparation de cette campagne et à l'énergie déployée our affronter les problèmes mentionnés plus haut. Mais elles ont existé et compté elles aussi.

Ces quelques rappels ne sont pas pour accuser la campagne socialiste, mais pour tracer la route qui l'attend maintenant. Un socle de valeurs et de programme clair et cohérent. Une reconquête de l'opinion et des médias. une organisation plus rigoureuse, un professionnalisme accru, un leader plus respecté, un(e) candidat(e)choisi plus tôt et disposant du bloc des militants.

Il y a des raisons d'y croire. La France est plus clivée après cette campagne et les sympathisants de gauche sont très mobilisés. Les Français vont sentir le prix de la vision du monde (compétition, amour de l'argent, alignement atlantiste) de leur nouveau président.

Il y a des raisons de craindre : leur adversaire est un homme politique de tout premier plan. Il dispose d'hommes et de femmes de qualité. il maîtrise tous les leviers du pouvoir. Il veut être aimé des Français. Il veut profondément vaincre définitivement la gauche (sa campagne de débauchage le prouve).

Il n'y a donc qu'un moyen : une reconstruction patiente, méthodique, professionnelle, qui commence dès aujourd'hui..."



14/05/2007
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