302- 4 posts-Débat présidentielle 2007 : la mante religieuse royale passe à table

Débat présidentielle 2007 : la mante religieuse royale passe à table :lire ci-dessous,Extraits:

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L'AUTEUR DE L'ARTICLE  
Taïké Eilée (Paris)

Des études de philosophie (DEA), puis de communication et multimédia (DESS). Auteur du blog Les Caprices du Vent.

23h40, ce mercredi 2 mai 2007: le grand débat présidentiel tant attendu entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy prend fin. Au terme de cet affrontement de près de 2h40, une impression franche se fait sentir: Ségolène Royal, contre toute attente, l'emporte par KO.


On craignait le pire pour la candidate socialiste. On s'attendait à ce qu'elle se fasse détruire, laminer, humilier, mettre en morceaux, par le champion des médias, Nicolas Sarkozy. On imaginait un match à sens unique, au résultat connu d'avance. La seule question était : la fragile Ségolène va-t-elle pouvoir résister un minimum au rouleau compresseur Sarkozy ? Ou encore : le bulldozer de l'UMP va-t-il épargner quelque peu sa pauvre victime, témoignera-t-il d'un peu de délicatesse à son endroit, ou sera-t-il, au contraire, sans pitié envers elle, dans cet exercice du débat oral et télévisé qu'il maîtrise parfaitement, et où il la domine d'évidence (pensait-on, du moins, jusqu'à ce soir) ? Débat présidentielle 2007 : la mante religieuse royale passe à table......;

Il a sauté aux yeux de tous que Ségolène Royal n'a cessé de regarder son adversaire dans les yeux, ne déplaçant son regard que rarement vers les deux animateurs, Patrick Poivre d'Arvor et Arlette Chabot. Son regard volontaire et serein tranchait avec celui, très fuyant et mouvant, de Nicolas Sarkozy. L'ancien ministre de l'Intérieur s'adressait manifestement davantage aux deux animateurs, en particulier monsieur Poivre d'Arvor, qu'à sa concurrente, qu'il ne regardait que par intermittence, comme s'il ne parvenait pas à soutenir son regard. On aurait dit qu'il venait chercher une sorte de refuge dans le regard de Poivre, presque un soutien, une amarre pour échapper à sa dérive. Et puis, il y avait ces incessants regards vers la table, ses notes peut-être, qui toujours évitaient madame Royal. Dans cet usage du regard, Nicolas Sarkozy a fait une assez mauvaise impression. A l'inverse, le regard franc et direct de Ségolène Royal lui a fait marquer des points.

On a pu noter aussi une différence de posture. La candidate du PS se tenait, en effet, très droite sur sa chaise, se redressant dès qu'elle se sentait un brin fléchir, tandis que le chef de l'UMP se tenait davantage penché en avant. Ce qui faisait apparaître madame Royal plus haute que monsieur Sarkozy. Physiquement, elle le dominait. Telle une mante religieuse dressée devant sa proie pour la subjuguer, et qu'elle s'apprête à dévorer. Celle en laquelle on ne voyait hier encore qu'une inoffensive "madone" au sourire béat se voyait transformée en une redoutable mante religieuse, mangeuse de Sarkozy...

Si Ségolène Royal a donné l'impression d'avoir bien plus parlé que Nicolas Sarkozy, c'est aussi parce qu'elle a mieux parlé que lui ; et là réside la grande surprise de ce débat. Il était communément admis que Ségolène Royal était une très piètre oratrice, pour ne pas dire pire... On tremblait pour elle, dès qu'elle débutait une phrase, de peur qu'elle ne s'écroule, qu'elle perde le fil de sa pensée. On sentait une fragilité. Sa parole n'était pas sûre. Et, pour ma part, je dois confesser avoir eu beaucoup de mal à m'intéresser à elle durant cette campagne présidentielle, ayant éprouvé beaucoup de difficulté à l'écouter durant ne serait-ce que quelques secondes... Je n'y prenais rigoureusement aucun plaisir. Ce mercredi soir, mis à part quelques envolées incertaines, quelques (rares) phrases qu'il vaudrait mieux ne pas avoir à relire à l'écrit, Ségolène Royal s'est bien exprimée, parfois même assez remarquablement. Elle a fait impression.

Une parole sûre, franche, marquée d'un volontarisme très puissant, face à laquelle celle de Nicolas Sarkozy, plus simple et pragmatique, paraissait pauvre et manquant quelque peu de grandeur, de souffle. En écoutant Royal, on imaginait entendre la présidente de la République. La transfiguration avait déjà eu lieu. Sarkozy, ce soir, n'a pas su atteindre la même dimension. Sans doute Ségolène Royal s'est-elle nourrie de l'incroyable énergie qui lui a été donnée la veille de ce débat, lors de son meeting-concert à Charléty, rassemblement populaire assez inouï, qui avait drainé entre 60 000 et 80 000 sympathisants (à l'intérieur et à l'extérieur du stade....

D'un point de vue tactique, Nicolas Sarkozy aura cherché à susciter un certain apaisement autour de sa personne, en mettant en oeuvre un self-control assez inédit chez lui, n'hésitant pas à dire ses points d'accord avec sa rivale socialiste. Cette dernière, donnée perdante par tous les sondages, avait pour obligation de partir à l'abordage, de "rentrer dans le lard" de son adversaire, de lui marcher dessus. Elle a rempli son contrat, avec une audace et un aplomb qu'on ne lui soupçonnait guère - à ce point. Sarkozy a cherché à ne pas perdre, il a voulu gérer son avance. Il a voulu éviter le dérapage qui l'aurait plombé et fait dévier de sa trajectoire toute tracée vers l'Elysée, qui aurait compromis, à seulement quatre jours de l'arrivée, son sacre annoncé, brisé son fabuleux "destin en marche". Royal a joué le tout pour le tout et a déjoué tous les pronostics qui la donnaient fatalement perdante pour ce débat. Pour user d'une métaphore sportive, Sarkozy a joué "petit bras", tandis que Royal a exercé sur son adversaire un "pressing" de tous les instants, en jouant très haut.

De mon modeste point de vue, Ségolène Royal a remporté cette confrontation, dans la forme en tout cas, dans l'impression générale produite, et cela assez haut la main. Certes, son tout début de débat m'est apparu laborieux, et la fin de sa prestation avait perdu en intensité (comme celle de Sarkozy d'ailleurs, le débat ayant été un brin longuet...), mais elle seule a su incarner, durant plus de 2h30, la fonction présidentielle avec prestance. On aurait parfois dit François Mitterrand réincarné en femme... Bien sûr, je néglige là le fond des programmes, qui est ce qui doit prédominer dans nos considérations. Mais au terme d'un tel débat, plus que quelques questions de fond, il reste surtout une impression, un sentiment. Et force est de constater que Ségolène Royal a remporté ce combat de pure forme. Je suis le premier surpris de cette victoire, même si je la sentais venir depuis quelques jours, et surtout le choc du meeting de Charléty.

Les experts en matière de débat présidentiel nous assurent que cet exercice, certes toujours très attendu par les Français, ne joue quasiment aucun rôle dans le scrutin, et qu'une émission ne fait pas basculer une élection. Dans ce cas, Nicolas Sarkozy sera élu dimanche prochain, dans un fauteuil. C'est l'hypothèse qui demeure la plus probable. Mais qui aurait pensé que le débat de l'entre-deux-tours pourrait prendre une telle tournure ? Personne. D'ici dimanche à 20 heures, le vent pourrait donc encore tourner...






 

 

 


03/05/2007
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