1363-La pente glissante (Jean-Michel Helvig) 40 posts

Gilets jaunes : la pente glissante

                                                                                          

Gilets jaunes : la pente glissante                                                                        
Jean-Michel Helvig                                            

 

 

 

 

 

 

 

                                   
                                          par Jean-Michel Helvig,                       

Un refus péremptoire de toute forme de discussion avec un pouvoir sommé de se soumettre ou de se démettre

De mouvement de protestation anti-fiscale, les gilets jaunes ont tourné au réceptacle de souffrances sociales, puis sont devenus un mouvement politique de fait, en ce sens qu’ils portent un projet global à la fois économique, social et institutionnel. Pourquoi pas, après tout ? Cependant, l’installation dans le jeu politique, quand bien même l’on prétend remettre en question ses règles, ce serait au préalable accepter la confrontation publique qui ne soit pas celle des coups de force, des coups de gueule ou des simulacres de coups d’Etat fomentés par des quarterons de factieux, mais l’échange d’arguments avec des contradicteurs dans le cadre de débats organisés de façon impartiale. C’est admettre aussi qu’en dernière analyse, s’il faut trancher entre des lignes contradictoires, on n’a jamais inventé rien de mieux que la démocratie, qui repose sur le vote citoyen universel.

L’inscription des gilets jaunes dans la durée autrement que par la tragi-comédie d’actes numérotés ne paraît pas à ce jour la plus perceptible. La mobilisation hebdomadaire a repris un peu du poil de la bête (de 30 000 le 29 décembre à 50 000 samedi, aux dires mêmes du ministère de l’Intérieur), mais il y a un hiatus croissant entre le chiffre des manifestants et l’absolue conviction de représenter le peuple « souverain », d’où ce refus péremptoire de toute forme de discussion avec un pouvoir sommé de se soumettre ou de se démettre. Faut-il rappeler que 50 000 manifestants, c’est deux à trois fois moins qu’une mobilisation nationale ratée de la CGT ? Un peu court pour incarner « le peuple ». On rétorquera que l’opinion soutient les gilets jaunes, mais depuis 1995 au moins, tous les mouvements sociaux ont bénéficié de son soutien majoritaire. Une sorte de procuration envers ceux qui luttent, souvent interprétée comme la traduction de l’état latent de mécontentement et d’angoisse sociale d’un pays qui plus que tout autre est porté au pessimisme.

 

Lors des dernières élections professionnelles dans le privé et le public, il y a eu 7 millions de suffrages exprimés. Or aucun des syndicats qui pourraient se targuer d’être ainsi légitimés par une large part des populations modestes n’a jamais eu la prétention d’incarner seul le peuple.

Le mouvement des gilets jaunes se distingue par sa visibilité, son inventivité, mais aussi l’audace accrue en son sein de minorités violentes, tout cela contribuant depuis près de deux mois à saturer les images et le son des médias et alimenter des commentaires sans recul. Le risque est que cette surprésence devienne indexée sur une surenchère de revendications non négociables et d’actes illégaux. Franchir le pas de l’entrée en politique éviterait peut-être aux gilets jaunes d’être entraînés sur une pente de plus en plus glissante.

 
 
    éditorial         

 

 

LE GRAND DEBAT: UN RISQUE ET UNE CHANCE

Pour Emmanuel Macron, ce grand débat ressemble au jeu du Stop ou Encore. Soit ces discussions se passent bien, assouvissent la soif de démocratie directe qui semble avoir saisi les Français, le président en tire les bonnes conclusions et son quinquennat en sera non seulement relancé, mais peut-être boosté. Soit la boîte de Pandore une fois ouverte ne se referme pas. Les débats tournent au déballage, ils partent dans tous les sens, des frustrations naissent et d’autres s’accroissent, et c’est alors le risque du chaos, en tout cas de la panne pour le chef de l’Etat. Celui-ci n’aurait alors pour seule solution que le recours aux urnes et la dissolution. Sans aucune chance de remporter les élections, mais avec le risque d’une cohabitation, peut-être avec Marine Le Pen. Ce qui ne satisferait pas encore ses plus farouches contempteurs qui ne semblent plus être unis dans les cortèges en jaune que par la demande d’une démission d’Emmanuel Macron, au nom du peuple bien sûr...

Nous n’en sommes pas là, mais la simple évocation de ces hypothèses, qui ne sont plus tout à fait d’école, suffit à souligner la gravité des enjeux. Retenons la première, car il faut rester optimiste. Dans une société sclérosée où l’ascenseur social ne fonctionne plus, dans une France désindustrialisée où l’on a trop longtemps reporté les indispensables réformes, dans un pays où Jacques Chirac dénonçait il y a un quart de siècle une fracture sociale qui s’est transformée en fracture territoriale, il y a matière à débattre. Si le grand forum qui s’ouvre pouvait enfin permettre de remettre à plat une fiscalité complexe et injuste, s’il pouvait déboucher sur une organisation administrative plus simple et plus légère, s’il accouchait d’un aménagement du territoire qui redynamise les centres-villes et économise les temps de transport, si s’ajoutait à cela une meilleure respiration de la vie démocratique, alors la France aurait fait un grand pas en avant. Et Macron serait conforté pour engager la transformation du pays qu’il appelait de ses vœux.

La démarche qu’il engage n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des « Marcheurs » qui s’étaient mis à l’écoute de leurs compatriotes avant la campagne présidentielle. Il est paradoxalement possible que ce qui ressorte de ces cahiers de doléances soit comparable aux restitutions de la grande marche. Pour peu que les débats ne partent pas en vrille et que chacun joue le jeu, ce qui ne semble pas être le cas tant sont fortes les tentations révolutionnaires, populistes ou politiciennes.

 

Bruno Dive



08/01/2019
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