1334-Paris, 20 août 1996 : Le jour où la fédé (FFR) a cédé le volant au rugby professionnel 3 posts

 

 

                     

Paris, 20 aout 1996 : le début de la fin pour le rugby français et son abandon par la fédé

Par Frédéric Bonnet

Dans un éditorial écrit en 1995, Henri Nayrou journaliste à Rugbyrama, prédisait que l’arrivée du professionnalisme entrainerait un rugby à deux vitesses. Il avouait être alléché par un rugby plus spectaculaire, plus attirant pour les mômes, plus crédible, capable d’alléger des règles trop contraignantes, dédoublant les compétitions internationales entre clubs, qui distribuerait des sommes considérables et diminuerait la violence sur les pelouses. Il pensait que la force du XV de France des années 90, équipe qui avait un niveau lui permettant de rivaliser avec les meilleures nations européennes et de l’hémisphère Sud, la préserverait des méfaits de l’argent. Bref, que ces messieurs du board et de la FFR ne mettrait pas à sac un siècle de culture et de traditions. Voeux pieux globalement non exaucés, bien au contraire.

 

 

L’Histoire du braquage du rugby français par les grands clubs français 

La crise qui oppose encore actuellement les clubs professionnels à la FFR n’est pas nouvelle. En 1932 et 1951, les clubs français avaient déjà tentés de prendre le pouvoir sur la FFR. Sauf qu’à cette époque, les joueurs étaient amateurs (plus semi-amateurs en réalité) et la FFR était depuis 1920, date de sa création, la seule instance détentrice du pouvoir. 

En 1996, la FFR présidée par Bernard Lapasset fut contrainte de suivre l’avis de l’International Rugby Board (IRB) et de renoncer à l’amateurisme séculier du jeu de Rugby abandonné dès août 1995 par les Néo-Zélandais.

 

Le 15 juin 1996 à Albi lors d’une assemblée houleuse la FFR décida de créer la Commission nationale du rugby d’élite (CNRE) présidée par l’ancien parachutiste expert-comptable Séraphin Berthier, ancien trésorier du FC Grenoble. Mais cette commission pris rapidement pour mission de mener un combat interne secret contre la FFR, contre le jeu de Rugby amateur, bref contre l’Histoire, au profit des intérêts particuliers des clubs. 

La CNRE fut adoptée au départ sur le principe d’une Ligue « interne », qui était donc directement contrôlée par la FFR. Grace à ce montage la FFR espérait pouvoir à la fois contrôler la puissance économique grandissante du rugby et préserver l’esprit du jeu.

La bataille qui opposa la FFR de Bernard Lapasset aux clubs du groupe A du CNRE fut sanglante. Depuis 1996, les clubs pro militaient pour la création d’une ligue externe, indépendante de la FFR, sur le modèle du football français et européen. 

Le 20 août 1996, à Paris rue de Liège, la FFR (Fédération Française de Rugby) finit par lâcher le volant et dans le grand vacarme provoqué par l’irruption du professionnalisme, le lobby des grands clubs français finit bien par s’emparer et privatiser le championnat de France de rugby. 

 

En fait, Séraphin Berthier n’était que la figure de proue du syndicat des clubs les plus riches, tendance CNPF-MEDEF, l’Union des Clubs dirigée par le catalan Jacky Rodor. Ces deux hommes étaient dans l’ombre bien épaulés et entourés : Revol (Castres), Bouscatel (Toulouse), Lagadec (Toulon), Pedri (Toulon), Moga (Bègles), Blanco (Biarritz), Lux (Dax), Martin, Patachon, Chevrier, Bendichou, Hourquet, Lhermet (encore jeune joueur) et Basquet.

Pierre Albaladéjo un temps pressenti avait décliné l’invitation. 

Ce jour là, tout était déjà bien ficelé et n’était finalement que l’aboutissement d’une bataille initiée en secret dès 1995 par un cercle fermé de présidents de clubs qui voulaient destituer Lapasset et prendre à la FFR la gestion de la première division française de rugby. Comme souvent en rugby, le plan de bataille fut établi lors d’un repas pris entre René Bouscatel, Pierre-Yves Revol et Patrick Thillet dans une brasserie, en l’occurence la brasserie de l’Opéra, Chez Bibi, à Toulouse.   

Les relations entre la FFR et la CNRE étaient tellement tendues, leur discorde permanente et par trop bruyante, que la guerre fratricide poussa le ministère de la Jeunesse et des Sports de Marie George Buffet à organiser une réunion de conciliation en mars 1998. On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Le lobbying bien plus efficace et puissant de la CNRE auprès du gouvernement Jospin évinca brutalement les tenants du rugby amateur.

Le ministère trancha en faveur des clubs professionnels et créa la Ligue nationale de Rugby (LNR) en juillet 1998 avec Serge Blanco élu à l’unanimité à sa tête. La perte du pouvoir de la FFR la déposséda de tout pouvoir sur le secteur professionnel du rugby et dynamita totalement le modèle rugbystique français.

 

La lente et progressive descente aux enfers du rugby français, bien symbolisée par les résultats calamiteux de son XV de France, nait donc en 1996, un 20 août, rue de Liège. Et, il n’y a pas de raison que la courbe s’inverse si on ne change pas les raisons de la chute, à savoir le modèle rugbystique français.

Rapidement la LNR métamorphosa le paysage rugbystique français en faisant disparaitre les clubs historiques des villages et des villes moyennes. La richesse financière de la LNR est depuis lors le talon d’Achille du rugby hexagonal, avec d’un côté le rugby des « nantis », mercantile et marchand et de l’autre le rugby traditionnel, « humble » des clubs amateurs ou semi amateurs. Un rugby à trois vitesses : celui des plus riches (ceux du TOP 14 et de la PRO D2), celui des clubs amateurs et entre les deux celui d’une grande masse de clubs semi-amateurs qui semblent inéluctablement attirés par les lumières du music hall du CAC 14. 

La destinée du rugby français ne repose quasiment plus que sur le bon vouloir de la LNR, pourtant chargée exclusivement du bien être de ses 30 clubs professionnels. Elle a abandonné la vraie force de l’Ovalie : sa diversité, son apport culturel et le travail de ses 1855 autres clubs.

Certains prédisaient que tel le marché boursier, le capitalisme rugbystique s’auto régulerait. Les chiffres montrent le contraire sur deux points essentiels.

  • D’une part, le nombre de      joueurs recrutés à l’étranger qui influe directement sur les résultats      catastrophiques du XV de France.
  • D’autre part, l’évolution des      gabarits des joueurs qui explique à la fois l’augmentation catastrophique      du nombre de blessés, pose la question du dopage et enfin induit un style      de jeu qui nie quasi systématiquement l’évitement, les phases de combat      collectif pour privilégier les rucks et le jeu direct frontal individuel.

Evolution du nombre de joueurs recrutés à l’étranger

Dès l’instauration du professionnalisme, les présidents des clubs les plus riches ont acheté des joueurs à l’étranger pour bénéficier de leur expérience et de leurs talents (joueurs stars de l’hémisphère Sud ou anglo-saxons) ou pour renforcer leur première ligne et globalement le poids et la force de leurs avants et disposer d’une main d’oeuvre plus aisément corvéable à merci (joueurs géorgiens, roumains, russes ou polonais).

En trois années, de 1997 à 2000, la LNR métamorphosa le statut des joueurs.

  • Le groupe A1 de 1997-1998 et      ses 20 clubs n’avait que 7 joueurs pro, dont 2 français (Bolobolo,      Mytton, Dominguez, Lièvremont au Stade Français ; Pedroni et Lefevre à      Agen ; James à Perpignan) et 32 joueurs étrangers, soit 1,5 par club.      Le stade Français était le club qui comptait le plus de stars étrangères      (7 joueurs) et françaises à l’opposé de Toulouse qui n’avait aucun joueur      étranger et comptait sur l’excellence de sa formation. A part les      parisiens, James l’international canadien de l’USAP,  Arbizu à Brive      et Pédroni à Agen internationaux argentins, la plupart des autres clubs      recrutaient parcimonieusement des joueurs non internationaux dans leur      pays ou venant de mations mineures du rugby mondial qui avaient le statut      d’étudiant ou d’employés. Des joueurs venus de Nouvelle Zélande (Keith,      étudiant à Pau, Norris, architecte à Dax, Palmer, commercial et Mc Donald,      étudiant à Bègles-Bordeaux, Matiu, employé au BO, Burton, géomètre à      Toulon, Bristow, employé à Castres), d’Argentine (Réggiardo, chômeur à      Castres, Soriano, étudiant à Montpellier), de Roumanie (Gontinéac,      étudiant à Pau, Stoica, étudiant et Vlad, employé à Narbonne), de Russie      (Kouzmine et Ilvoski, employés à Montpellier,  Ouembaev, chômeur à      Béziers), d’Italie (Giovanelli, architecte à Narbonne, Arroncio, manager      Bordon et Privitera, étudiants à Toulon), des fidjis (Nagasaukula, chômeur      à Bourgoin), d’Australie (White, étudiant à La Rochelle, Hill, étudiant à      Narbonne) ou d’Afrique du Sud (Joubert, chômeur à l’USAP).
  • L’Elite 1 de 1998-1999 et ses      24 clubs comptait 72 joueurs pro, dont 39 français et 71 joueurs      étrangers, soit 3 par club.
  • L’Elite 1 de 1999-2000 et ses      toujours 24 clubs comptait 156 joueurs pro et 118 joueurs étrangers,      soit 5 par club.
  • En 2001-2002, tous les      joueurs du TOP 16 avaient un statut professionnel, et le nombre de      joueurs étrangers était de 96, soit 6 par club.

En quelques années, les clubs les plus riches ont recrutés de plus en plus de joueurs à l’étranger et de plus en plus de stars internationales à des postes clefs : piliers, deuxièmes lignes, troisièmes lignes puissants, demis d’ouvertures, centres ou arrières. Dans leur très grande majorité, ces hommes ne venaient plus pour vivre une aventure humaine et culturelle, mais pour gagner de l’argent. La liste des noms des joueurs les plus illustres de cette ère du début du professionnels était déjà impressionnante.

A l’arrière et à l’aile : Rollerston int. Néo-Zélandais à Castres, Giannantonio int. argentin à La Rochelle, Kafer int. australien au Stade Français, Roff int. australien au BO, Tuni int. fidjien à Bourgoin, Longstaff int. écossais à Castres, Little int. fidjien à Dax, Galon int. italien à La Rochelle, Corletto int. argentin à Narbonne, Williams int. australien au Stade Français.

Au centre : Bunce int. Néo-Zélandais à Castres, Mac Laren int. écossais à Bourgoin, Larkin int. australien à Castres, Stanger int. écossais à grenoble, Stensness int. Néo-Zélandais à Toulouse, Isaac int. australien au BO.

A l’ouverture : Sérévi int. fidjien à Mont de Marsan, Townsend int. écossais à Brive, Knox int. australien à Narbonne, Botica int. Néo-Zélandais au BO, Todeschini int. argentin à La Rochelle, Quesada int. argentin à Narbonne, Warner int. australien à Pau 

A la mêlée : Troncon int. italien à l’ASM, Redpath int. écossais à Narbonne, Patterson int. écossais au Stade Français

En troisième ligne : O’Connell int. irlandais à Castres, Reid int. écossais à Narbonne, Gardiner int. anglais à Béziers, Pétrilli int. argentin à Bordeaux-Bègles, Jaque int. australien à l’ASM, Longo int. argentin à Narbonne, les frères Maka int. Néo-Zélandais à Toulouse

En deuxième ligne : Davidson int. irlandais à Castres, Llanes int. argentin à La Rochelle, George int. gallois au Stade Français, Waugh int. australien à Béziers, Fernandez-Lobbe Carlos int. argentin à Castres, Boome int. sud africain à l’ASM, Charron int. canadien à Dax, Moore int. gallois à Narbonne, Alvarez Kairelis int. argentin à l’USAP

En pilier : Smith int. écossais à Brive, Burnell int. écossais à l’ASM, Hasan et Moreno int. argentin à Agen, Heath int. australien à Béziers, Guattieri int. italien à bordeaux-Bègles, Moyle int. sud africain à Castres, Caputo int. australien à l’ASM, Rondinelli int. argentin à Colomiers, Scelzo et Ledesma int. argentin à Narbonne, Lo Cicero int. italien à Toulouse.

Le TOP 14, devenant à partir des années 2010 le championnat mondial le plus riche, il est désormais le rendez vous international des meilleurs joueurs de la planète, en tout cas ceux qui sont les mieux payés. Ce qui était un enrichissement pour les joueurs, les clubs et le jeu de Rugby, s’est transformé en grand marché libéral de main d’oeuvre exploitée ou de stars sur payées.

 

 

1996-1997

20 clubs

1997-1998

20 clubs

1998-1999

24 clubs

1999-2000

24 clubs

2001-2002

16 clubs

2005-2006

14 clubs

2009-2010

14 clubs

2016-2017

14 clubs

 

 

19 joueurs,   soit 0,95 par club

 

32 joueurs, soit 1,5 par club

71 joueurs, soit 3 par club

118 joueurs, soit 5 par club

96 joueurs, soit 6 par club

148 joueurs, soit 10, 5 par   club

220 joueurs, soit 15,7 par club

231 joueurs, soit 16,5 par club

Evolution des gabarits des joueurs

De 1978 à 1997, les gabarits des avants du championnat de première division française avaient déjà fortement évolué. Il faut dire que la planification des efforts, la programmation des entrainements et les programmes de musculation spécifiques avaient fait leur apparition dans les années 90. Les avants ont été les premiers à en bénéficier, les trois quart ne suivront la marche qu’à partir des années 2000.

Actuellement, la très grande majorité des joueurs du TOP 14 allient vitesse, endurance et puissance. Le grand nombre de remplacements possibles dans un match (8) multiplie la possibilité de chocs frontaux entre adversaires. La multiplication du nombre des matchs dans une saison font du rugbyman français un format extrêmement bien payé, mais qui met en jeu sa santé à court et à long terme.

Nos arrières ont la corpulence d’un troisième ligne aile des années 80, nos ailiers sont plus costauds que nos troisièmes lignes centres des années 80, nos centres ressemblent à nos talonneurs des années 90 etc. Le rugby y perd peu à peu son charme, sa spécificité, bref son intérêt. Surtout, il court à sa perte en perdant son statut de jeu éducatif à la forte dimension socio culturelle, son image de sport Roi et  de jeu de brute joué par des intellectuels. 

Contrairement aux prédictions d’Henri Nayrou, le XV de France n’a pas survécu à la LNR. Une ligue professionnelle qui tire tout le rugby français vers le bas et diminue le nombre de licenciés affolés par les images de destruction massive que présente week end après week end Canal plus lors des diffusions des matchs du TOP 14. Sans parler des affaires de moeurs et de dopage toujours très vites étouffées.

Face à la financiarisation galopante du rugby, il semble que personne ne puisse ni ne veuille proposer un autre modèle rugbystique. Pourtant déjà, World Rugby imagine et prépare le rugby des trente prochaines années.

Les dirigeants des instances mondiales qui gouvernent depuis 1995 le rugby veulent inventer un ersatz du jeu naguère codifié et pensé pat Thomas Arnold pour ses élèves du collège de Rugby.  

Un sport dont le seul but ne serait que sa rentabilité financière et mettrait définitivement de côté sa dimension éducative et socio culturelle.

Les nouvelles règles testées par l’homme d’affaire Andrew Forrest dans son championnat privé, le World Rugby Series, en Australie, et approuvées par World Rugby, tendent toutes à rendre le rugby plus spectaculaire et plus télégénique. 

  • Douze remplaçants au lieu de huit, c’est encore plus de joueurs en pleine forme 100 %      du temps pendant les 80 minutes de jeu. Donc plus de blessures et plus de      commotions. 
  • Diminution de l’importance, de      l’âme et du rôle des mêlées ou des touches, soit des phases de conquête et de combat collectif, c’est gagner      toujours plus de vitesse en multipliant les rucks. In fine, c’est aussi      privilégier l’individualisme des joueurs pour créer plus des stars      bankables.
  • Invention un essai à 7 points      pour favoriser les relances dans les 22 mètres sans jamais perdre      le ballon, c’est vouloir généraliser et banaliser les coups de folies      passagères du jeu à la Toulousaine ou des trois quarts de l’Aviron      Bayonnais. Ou comment codifier le french flair, donc le tuer.

Laisser un homme d’affaire codifier le jeu de Rugby, c’est trahir et tuer celui inventé, joué et propagé depuis plus de cent ans par Thomas Arnold et ses disciples.

Quelqu’un osera-t-il se lever et dire non ? Quelqu’un prendra-t-il la parole pour défendre ce jeu qui l’a années après années forgé ? Quelqu’un rendra-t-il au jeu de Rugby sa dimension sacrée ?

En se taisant, les amoureux du rugby n’abandonnent pas que le jeu qui les a construit, ils s’abandonnent eux-mêmes.

Ils trahissent le joueur qu’ils ont été et les magnifiques moments d’amitié, de fraternité et de Vie que le jeu de Rugby leur a donné.

Evolution des gabarits moyens des joueurs de premières division française de rugby de 1978 à 2015

 

1978

1990

1997

2001

2015

Evolution 37 années

Arrières

174 cm

76 kg

178 cm

77 kg

179 cm

79 kg

180 cm

82 kg

185 cm

89 kg

plus 11 cm

plus 13 kg

Ailiers

174 cm

75 kg

180 cm

79 kg

180 cm

81 kg

188   cm

92   kg

189   cm

96   kg

plus   15 cm

plus   21 kg

Centres

171 cm

72 kg

175 cm

75 kg

180 cm

81 kg

182   cm

87   kg

181   cm

93   kg

plus   10 cm

plus   21 kg

Demis d’ouverture

175 cm

75 kg

177 cm

78 kg

183 cm

84 kg

180 cm

84 kg

182 cm

86 kg

plus 7 cm

plus 11 kg

Demis de mêlée

175 cm

75 kg

175 cm

75 kg

180 cm

80 kg

177 cm

80 kg

180 cm

85 kg

plus 5 cm

plus 10 kg

Troisièmes lignes

186 cm

89 kg

191 cm

95 kg

190 cm

98 kg

192   cm

104   kg

191   cm

106   kg

plus   5 cm

plus   17 kg

Deuxièmes lignes

194 cm

101 kg

195 cm

105 k

196 cm

110 kg

198 cm

110 kg

200   cm

118   kg

plus   6 cm

plus   17 kg

Piliers

178 cm

95 kg

182   cm

103   kg

186   cm

110   kg

187   cm

114   kg

190   cm

127   kg

plus   12 cm

plus   32 kg

Talonneurs

175 cm

85 kg

177 cm

90 kg

178 cm

95 kg

178 cm

98 kg

183   cm

105   kg

plus   8 cm

plus   20 kg



13/05/2018
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