1328- La promenade de Léon 38 posts

 

 

Celà fait bien longtemps que je n’étais point aller me dégourdir les jambes. Il faut dire que ce peuple de la Cadurcie a éveillé ma curiosité depuis qu’une société nouvelle vendange à tour de bras en récoltant des prunes qui assèchent le porte-monnaie de ces pauvres gens. Au pays du raisin, récolter des prunes n’est pas banal…

 

J’y ai rencontré ce restaurateur qui vocifère contre les décideurs, voyant son chiffre d’affaires dégringoler et écoutant les complaintes de sa clientèle se plaignant des délicats papiers laissés sur leur véhicule. Plus haut, le pelliarot m’a pris à partie sur la lente mort annoncée du négoce local. Et de me montrer en exemple cette rue piétonne où cinq devantures sont fermées. Miladiou ! moi qui n’entend parler que d’opération « cœur de ville », j’ai l’impression que la mise sous oxygène n’est pas loin…On m’avait parlé de cette enseigne de poulet frit qui s’implante en face de Monsieur Mac Donald, un américain qui a fait fortune en vendant de la malbouffe au point que ce peuple serait obligé ici en France d’aller s’habiller chez Jeanot lou Paysan pour y trouver bonne taille…Ma foi, j’y ai vu un chamboulement terrible où de la mangeoire chinoise, on passe aux enseignes internationales de malbouffe. Le salut culinaire viendra sûrement de ce restaurant qui s’implante pour vanter les mérites de cette terre gourmande qui m’a un temps nourrie de ces nobles produits du terroir.

 

J’ai enjambé cette belle rivière qu’est le Lot pour m’offusquer de regarder ce paysage plié, déplié, bouleversé, chamboulé par le Dieu « Argent » ? Cette société moderne qui veut occuper, par souci de rentabilité sûrement, le moindre espace de terrains. Les champs de jadis laissent place à des « drives », des épiceries géantes et cet authentique cadurcien m’a même appris qu’un restaurant du farwest sortait de terre. Retournant sur mes pas, un jardinier a voulu me montrer sa parcelle où bientôt selon lui, sortira de terre de nouvelles cabanes commerciales sur pilotis. Et de m’amener voir tout un bois qui devrait être dévasté prochainement pour laisser la place à un vaste projet d’implantation d’autres baraquements de commerces aux enseignes nationales. Et de regretter que le terrain d’à côté où devait s’implanter des bâtiments de secours soit inclus lui aussi dans ce complexe réservé au commerce.

 

Macarel ! si tout cela s’avérait exact, à terme ma ville se viderait de ce qui fît sa renommée à mon époque et bien avant moi, de celle du temps des banquiers lombards ! Comment imaginer un instant que ces décideurs évoquant à grand renfort de discours leur politique de réhabilitation du centre ville et en même temps, n’entravent pas ces implantations qui nuiront à court terme aux commerçants ? J’en rage car, au nom du libéralisme, ma ville risque de n’être qu’un lieu de passage pour faire des clichés du Pont Valentré ou de mon auguste personne sur mon socle ! Si lors de mon prochain jour je constatais la réalité de ces faits, je ne pourrais que maudire ces « fossoyeurs » sur qui se porterait la ire de ces boutiquiers, détaillants qui tentent, depuis des générations pour certains, de faire vivre Divona Cadurcorum.

 

J’entends d’ici les clameurs de Clément Marot : « Secourez-moi, ma Dame par amours, Ou autrement la Mort me vient quérir .Autre que vous ne peut donner secours A mon las coeur, lequel s'en va mourir. » Tiens, et finalement, si je venais à en croiser les bras en signe de dédain puisque ma ville se moque et que tout cela me choque ?

 

                                                                                                                                                                  Léon Gambetta



20/03/2018
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