1259-Questions au général de Villiers - Blog de Paul Quilès 2 posts

 

 

 

22 décembre 2016               

 

En démocratie, les armées ne sauraient s’affranchir

 

de la prééminence du pouvoir civil

 

(Tribune de Paul Quilès publiée sur le site du Monde.fr)

 

 

      Le plus haut responsable militaire des forces françaises vient de publier une tribune[1] dans un grand quotidien économique pour demander que de nouveaux moyens soient accordés aux armées.

 

      Cette initiative est étonnante. Elle soulève au moins quatre questions :

 

    - A-t-il eu l’aval du ministre de la défense, sous l’autorité de qui il est constitutionnellement et légalement placé ?

 

      - Dans le cas contraire, peut-on considérer qu’il est resté dans les limites de la "réserve exigée par l'état militaire" selon les termes du statut général des militaires? A-t-il oublié que, s’il a pour mission de conseiller le président de la République et le gouvernement sur les questions militaires, il n’est pas habilité à distribuer publiquement les blâmes et les remontrances aux autorités constitutionnellement en charge de la défense ?

 

      - Sait-il qu’il y a en France un Parlement, censé voter le budget, après en avoir débattu ?

 

    - Où a-t-il vu que le maintien de la crédibilité de la dissuasion nucléaire impose nécessairement le renouvellement de ses deux composantes au prix d’un effort financier considérable au moins jusqu’en 2032 ? À quel titre qualifie-t-il toute autre option de « renoncement » ? Une question stratégique aussi essentielle ne relève pas de l’expertise militaire mais de l’appréciation politique et ce jugement politique ne saurait, dans une démocratie, être laissé à l’autorité militaire.

 

      Il n’est pas surprenant que le Président de la République ait réagi vivement, en contestant publiquement certaines affirmations du général de Villiers. Nul doute qu’il a dû lui rappeler (en privé) qu’il est, comme le précise l’article 15 de la Constitution, " le chef des armées".

 

      Si l’on peut comprendre qu’un responsable militaire plaide pour une revue stratégique afin de clarifier les missions des armées dans la situation internationale actuelle, ses résultats ne sauraient être déterminés à l’avance, et certainement pas par la hiérarchie militaire, confortée dans ses vues par l’industrie de défense. Il appartiendra au seul pouvoir politique issu des élections de l’année prochaine (président de la République, gouvernement et Parlement) de se prononcer.

 

      Espérons que ce pouvoir saura écarter les fausses évidences, notamment la fixation du budget de la défense à 2% du PIB sur la base d’une "norme OTAN" ou l’obligation de renouveler les deux composantes nucléaires.

 

      Le budget de la défense représente actuellement une charge substantielle : 1,8 % du PIB, pensions comprises, conformément à la nomenclature OTAN. L’avenir de notre sécurité serait-il suspendu à une augmentation de 0,2 point de PIB ? D’autant plus que les montants ne sont pas seuls en cause ; l’efficacité de la dépense compte aussi. Quant à la logique de la dissuasion et de la course aux armements nucléaires, ce n’est pas celle qui, à mon sens, renforcera au mieux les chances de la paix.

 

      Un débat doit s’ouvrir sur la défense de la France et de l’Europe. Les élections à venir donneront l’occasion aux politiques de proposer les grands choix, car, comme le suggère le mot célèbre de Clemenceau, ces questions sont "trop graves pour les confier à des militaires".


[1] « Le prix de la paix, c’est l’effort de guerre »- Tribune du Général Pierre de Villiers dans les Echos du 21/12/2016



24/12/2016
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