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«Il n'y a chez moi ni nostalgie, ni regrets»

 

 

Politique

 

Martin Malvy./Photo DDM Michel Labonne
Martin Malvy./Photo DDM Michel Labonne

 

Après 17 ans passés à la tête de la région Midi-Pyrénées, quel sentiment éprouvez-vous au moment du départ ?

Mon départ, je l'ai annoncé il y a un an. Je m'y suis préparé. Ce que je n'ai pas eu le temps de préparer, c'est ce que je vais faire après. Au fond de moi-même, j'avais pris la décision bien avant. Non pas pour des problèmes de fatigue, de mémoire, ou simplement par lassitude. Mais je pensais que trois mandats, c'était beaucoup. Notre société va très vite et il faut des gens d'expérience. Il faut aux responsabilités des femmes et des hommes qui se sont construits dans ces temps en évolution. Demain, la politique ne sera plus la même. On est entré dans un cycle nouveau: révolutions technologiques, instantanéité du temps, défis climatiques. À quarante ans, on aborde ces problèmes différemment qu'à mon âge.

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Quel était votre état d'esprit quand vous avez décidé de ne pas vous représenter ?

On ne renonce jamais à ce qui vous a passionné sans un pincement au cœur. Il n'y avait chez moi ni nostalgie, ni regret, mais une volonté de transmettre. Dans une démocratie, il n'y a ni héritier, ni fils spirituel. Pour réussir ce que je souhaitais faire, c'est-à-dire maintenir la région à gauche dans une perspective de progrès, de développement économique, d'adaptation à la société contemporaine et de solidarité, il fallait que ce soit à un élu de ma famille politique.

J'en ai connu beaucoup. Il y a eu notamment Carole Delga et Sylvia Pinel, deux femmes de qualité. Carole m'avait assuré de son soutien au cas où je me représenterai. Un jour, je lui ai demandé si elle accepterait d'être candidate à la présidence de la région. Elle a dit oui. Déjà, je savais que je ne serais pas candidat.

Je suis entré en politique en 1964 avec la Convention des institutions républicaines. À l'époque, je faisais partie de ceux qui pensaient que seul Mitterrand pourrait reconquérir le pouvoir. J'ai été élu maire de Figeac en 1977 contre Bernard Pons, qui incarnait la droite modérée, puis député l'année suivante. Je suis passé vingt fois devant les électeurs. J'ai toujours été réélu. Ma plus grande tristesse aurait été d'assister à l'élection de quelqu'un n'étant pas issu de ma famille politique. ç'aurait été pour moi un échec.

L'un des marqueurs de votre présidence, c'est le développement économique.

En 1973, lors du premier choc pétrolier, j'ai été frappé par la fragilité de l'économie et de l'industrie françaises. Ce choc était en train de mettre la France à genoux et j'en ai toujours voulu à ces théoriciens pour qui la solution était de créer une société de services, comme si on pouvait faire vivre et croître une société sans une économie forte. Jaurès écrivait qu'il fallait « aller à l'idéal mais comprendre le réel ». Je suis aussi un partisan de la «realpolitik». L'une de mes priorités a été de rapprocher les entreprises du monde de la recherche. Pour les aider à créer de l'emploi, nous avons signé avec des PME et des TPE 1880 contrats d'appui au développement et à l'emploi pour un montant de 250 millions d'euros. Nous avons lancé des plans de soutien à l'industrie aéronautique, robotique, à l'usine du futur. Nous avons aussi construit des lycées, lancés un plan rail ambitieux, assuré la desserte à 2 fois 2 voies des chefs-lieux de département, financé un plan pour le très haut débit, développé la formation, créé l'école de la deuxième chance, soutenu l'économie du tourisme. Dans une société en profonde évolution, nous avons cherché à coller aux priorités nouvelles en allant plus loin que nos domaines de compétences.

Avez-vous le sentiment d'avoir conduit une politique de gauche ?

J'ai conduit une politique tournée vers l'emploi, vers la satisfaction de nos concitoyens. C'est ce que demandent les gens. Travailler en concertation avec les milieux économiques, essayer de faire en sorte que l'entreprise se modernise pour être compétitive, c'est aussi une politique de gauche.

Président de région, c'est un beau mandat ?

En politique, on ne doit pas chercher la reconnaissance. On agit selon ses convictions. Je n'aime pas les voltigeurs, ceux qui préfèrent se mettre en valeur plutôt que de servir ceux qui les ont élus. Chaque fois qu'un bulletin de vote sort de l'urne avec votre nom, c'est un acte de confiance. Cela n'a rien d'anodin. C'est un geste majeur de démocratie qui oblige à s'en montrer digne. Les plus beaux mandats ce sont les présidences des exécutifs. J'ai été député pendant 20 ans, ministre quatre fois. Le plus beau mandat c'est celui qui vous permet de réfléchir, de proposer, de mettre en œuvre un projet au service de la collectivité avec l'aval de l'assemblée. C'est l'accomplissement complet.

Votre plus grande réussite ?

Je considère qu'il n'y a pas de réussite personnelle. C'est un travail collectif. Ce que nous avons fait ensemble et qui a pu certains jours nous paraître majeur, on l'oubliera. Seul compte ce qui reste à faire. Et il en reste, heureusement pour les autres. On a eu la chance – avant la réforme de Nicolas Sarkozy qui a mis les régions au régime sec avec la suppression de la taxe professionnelle – de traverser une longue période pendant laquelle nos recettes progressaient, même si on ne lève plus d'impôts.

L'espace de trois jours, du 1er au 4 janvier, vous serez le président de la nouvelle région. Cela vous fait quoi ?

Le 14 décembre dernier, les élus ont été priés de quitter leurs bureaux. Donc je suis seul jusqu'au 31 décembre, comme une vestale. Entre le 1er le 4 janvier en effet, je vais être le Président de la nouvelle région. Mais je vais seulement expédier les affaires courantes.

Existe-t-il des dossiers sur lesquels vous n'avez pas réussi à réaliser ce que vous souhaitiez ?

Sur le plan politique, je ne regrette rien.

Au cours de ces dix-sept années, j'ai beaucoup voyagé dans la région, mais le temps m'a manqué pour aller davantage à la rencontre de mes concitoyens, écouter leurs réflexions. Je le regrette. Autant on a beaucoup fait pour équiper les Pyrénées, que ce soit pour le ski ou d'autres activités d'été, pour rénover le thermalisme, l'hôtellerie, autant je reste frustré par la difficulté à faire avancer les projets sur le canal du Midi. C'est ce que je regretterai le plus, car c'est un trésor fabuleux. Je n'ai pas trouvé d'adhésion forte. À l'exception du Tarn-et-Garonne où Jean-Michel Baylet a fait des choses lorsqu'il était président du conseil général, le canal du Midi est aujourd'hui, notamment en Haute-Garonne, dans l'état où il était en 1998. Quand Pierre-Paul Riquet a construit le canal, il n'y avait pas d'arbres. Il faudra du temps mais ils reviendront.

Les moments les plus douloureux de vos mandats ?

Bien sûr, il y a eu la catastrophe AZF, dont Toulouse porte encore les stigmates. Il y a eu Mohammed Merah. Il y a eu aussi de mauvais moments dans la région : les inondations à l'issue desquelles nous avons aidé à reconstruire le tissu économique, la sécheresse de 2003 qui nous a amenés à mettre un plan d'aide de 23 millions d'euros pour l'agriculture. Nous avons été confrontés à de nombreux problèmes au cours de ces années. À chaque fois, nous sommes intervenus en solidarité. Je ne suis pas sûr que nous pourrions le faire maintenant.

Avant de quitter la région, vous avez fait inscrire la phrase de Jaurès sur le mur de l'Hôtel de région: « Il n'y a qu'une seule race, l'humanité ». Pourquoi?

Le temps du racisme ne s'est jamais arrêté. Or il est la première des plaies. Cette phrase de Jean Jaurès devrait être présente dans toutes les écoles de France et du monde. Tout comme notre devise républicaine. Parce que c'est d'abord à la jeunesse qu'il faut l'enseigner.

Qu'allez-vous faire maintenant?

Je n'ai pas préparé le futur. Je vais mettre de l'ordre dans ce que j'ai additionné ces dernières années. Je vais lire. L'idée qu'un de ces soirs je pourrais prendre un roman plutôt qu'un dossier, c'est déjà un plaisir. Je ne suis pas inquiet sur les années qui viennent. La région est entre de bonnes mains. Le 4 janvier, je serais encore là. Le 5 janvier, j'aurais rendu mon téléphone et je garderai de mes fonctions un excellent souvenir. Quand j'étais jeune, mon père me voyant tournicoter sans cesse m'avait dit : « Si un jour tu veux faire de la politique, trouve un métier d'abord ». J'avais hésité entre l'architecture ou le journalisme. J'ai choisi journaliste. Je me suis toujours dit que, si j'étais battu à une élection, je reprendrais ce métier.

 

Propos recueillis par Jean-Claude Souléry et Serge Bardy

La Dépêche du Midi du 29 décembre 2016

 
Photo de Région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées.

Région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées

Carole Delga succède ce matin à Martin Malvy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



29/12/2015
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