1128- Sur la Libération de Cahors 17 août 44 par Cécile Vaissié 13 posts

Sur la Libération de Cahors - 17 août 1944 par Cécile Vaissié

« Le compte à rebours a commencé. Dans la nuit du 14 au 15 août 1944, Américains et Britanniques débarquent sur la côte française méditerranéenne. Le lendemain, les FTPF lotois et les groupes Vény fusionnent pour entrer dans Cahors ensemble. Ce 15 août, Étoiles, revue du Comité national des intellectuels (secteur Sud-Ouest), note que « le département du Lot est aujourd'hui le théâtre d'âpres combats », mais que « les neuf dixièmes de son territoire sont libérés ». Dans la nuit, trente-cinq « Mongols » (CV = des « Vlassov », des Soviétiques engagés du côté allemand) du bataillon turkmène en poste à Cahors passent au maquis avec leurs armes.

Le 16 août, les FTP-Vény prennent position sur les principaux axes d'accès à Cahors, seule ville lotoise encore tenue par l'ennemi. Leur état-major a « décidé d?attaquer », mais, au dernier instant, il apprend « qu'en cas d'attaques brusquées », les Allemands ont prévu s'emparer d'otages. Il préfère donc attendre, d'autant que la garnison ennemie compte encore plusieurs centaines d'hommes. Néanmoins, racontera le préfet Empaytaz, il est évident depuis plusieurs jours que les « autorités d'occupation » s'apprêtent à partir : des camions chargés de bagages stationnent sur les allées Fénelon, et un autobus devant la Gestapo.

D'après un compte-rendu officiel, les Allemands sont en état d'alerte depuis le 14 août, et, en attendant les ordres, ils détruisent leurs archives ou les évacuent. Ce 16 août, vers quatorze heures, la Gestapo extrait de leur cellule, villa Artigues, quatre prisonniers arrêtés le 13, le 14 et le 16 au matin, suspectés d'appartenir à la Résistance et « sauvagement torturés » : Jean Mirassous, Jean Mechambre, Ulysse Carrie et Joseph Stein. Ils seront exécutés vers vingt heures trente, à Regourd, et leurs cadavres, « porteurs de nombreuses ecchymoses sur toute la surface du corps », « enchaînés l'un à l?autre et mutilés par coups de feu », seront retrouvés quatre jours plus tard au fond d'une tranchée. Le soir, l'ordre arrive : tous les Allemands  la Kommandantur, les Feldgendarmes, le SD, les soldats, etc. , suivis par ce qui reste des « Mongols », doivent quitter Cahors le lendemain, à sept heures du matin. Entre vingt-cinq et trente véhicules sont préparés, les femmes de la Kommandantur devant être regroupées dans un même autobus. Vers vingt-deux heures, un interprète de l?état-major prévient le directeur de cabinet du préfet : les Allemands partiront le lendemain matin.

La plupart des miliciens cadurciens ont déjà quitté la ville, parfois avec leurs familles, et certains vont poursuivre leur fuite plus loin, avec les Allemands. Ce 17 août, l'un d'eux, qui se trouve sans doute à Toulouse, écrit ainsi au milicien René Deperdussin, villa Alix à Cahors, une lettre assez codée :
« Toutes les familles sont parties ce jour pour quelques 700 km de Toulouse. Et moi et les copains, nous sommes encore ici en attendant d'aller les rejoindre. (?) Tu aurais vu ce convoi ce matin, il y avait plus de quinze cents femmes enfants, un train complet dans de luxueux wagons escortés par les F(rancs-)G(ardes) et des Bahnhofs en arme. Je crois que ce voyage s'effectuera comme il faut et que leur arrivée peut-être longue dans la ville de la soie se fera sans grand mal. Sauf les bombardements (?) Je te conseillerai de rentrer de suite, car je ne sais si tu nous retrouverais ici. Les absents auront une drôle de situation. (?) Je ne vois plus grand chose à te dire, si ce n'est de te renouveler de rentrer très vite. (?) À bientôt le plaisir de te retrouver et j'espère que tu seras des nôtres pour le départ. Cela est essentiel pour toi. (?) ».
La « ville de la soie », c'est Lyon, bien sûr.

Les derniers Allemands quittent Cahors vers quatorze heures, alors que les premiers arrivent à Caussade après plusieurs accrochages : le maquis a tiré sur des véhicules et un chauffeur français a été tué. À quinze heures, les collaboratrices de la Kommandantur repartent vers Montauban, suivies par une partie de la colonne. Au même moment, les premiers FFI pénètrent dans Cahors. La ville est libérée, sans qu'aucun coup de feu ait été tiré.
À la tombée de la nuit, le « colonel Georges » et le commandant « Raymond » (Picard) arrivent à Cahors, accompagnés des principaux membres de l'état-major départemental FFI. Le Comité départemental du Front National s'installe à l'hôtel de l'Europe, et les troupes à la caserne Bessières, tandis que Robert Dumas rejoint la préfecture où il prend la place et la fonction de Frédéric Empaytaz. Ce « préfet des bois », c'est l'ancien croupier du Palm Beach de Cannes, qui, en 1940, a célébré les noces de Picabia et d'Olga, et est depuis devenu « Monsieur Paul », « élu » préfet dans le maquis et reconnu comme tel par le gouvernement d'Alger. Raymond Picard est chargé de remettre en ordre les services publics ; René Gratias (« Camille ») devient le commandant d'armes de Cahors ; René Andrieu (« Alain »), le commandant de la subdivision militaire, et Maurice Défenin (« Dominique »), le commissaire aux renseignements généraux. Au nom de l'état-major FFI, ce dernier nomme Verdier, vingt ans, commissaire de police. Cette nuit du 17 au 18, une partie de la Kommandantur, jusque-là en poste à Cahors, la passe à Caussade, et c'est là que le bataillon turkmène tout entier  ce qu'il en reste !  se révolte contre les officiers et le personnel allemands qui ont juste le temps de se mettre à l'abri dans leurs véhicules.

Cahors est libérée, mais des Lotois qui ont risqué leur vie pour cette Libération travaillent toujours, comme des esclaves dans des camps nazis.

Le 18 au matin, les Cadurciens découvrent les noms de « Paul » et de « Georges », au bas d'une affiche, également publiée par Le Partisan :
« Le département est libéré. Votre localité est débarrassée de l'ennemi. (?) Restez calmes. Ayez confiance en nous. Ceux qui ont trahi la France recevront le châtiment que mérite leur trahison, les patriotes victimes des nazis et de Vichy seront vengés. Mais la justice se fera dans l'ordre. Continuez de vaquer à vos occupations quotidiennes. »

Les Cadurciens  y compris ceux qui n'ont jamais été résistants  envahissent alors le boulevard Gambetta en criant « Vive de Gaulle » (CV : cf la photo). D'après un témoin, « une joie intense » régnait et « les gens s'embrassaient », mais ce témoin soulignera aussi avoir « vu, immédiatement, le mauvais côté des choses » : « On interpellait ceux qui étaient associés à la collaboration. Toute cette violence a explosé. Tout le monde marchait bras dessus, bras dessous, et des hommes commençaient l'épuration sans tenir compte des réalités. »

(La suite au prochain épisode)


18/08/2014
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