753- Comprendre la crise iranienne 5 posts


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Dans la capitale iranienne, les partisans des deux candidats déçus, à savoir Mir Hossein Moussavi et Medhi Karoubi, se sont réunis sur la place Azadi pour manifester leur colère. Moussavi a lancé un appel au calme mais s'est dit résolu à « aller jusqu'au bout » pour défendre « sa victoire ». Lundi soir, les manifestations se sont terminées par de violents affrontements avec la police, on dénombre sept morts et plusieurs dizaines de blessés.


Ces évènements ont été largement abordés dans la presse, inutile donc de s'appesantir plus longtemps dessus. Ce qui serait intéressant d'ajouter concerne la victoire d'Ahmadinedjad. Je pense qu'il ne faut pas la remettre en cause trop vite...La fraude semble évidente  mais ce qui se passe à Téhéran ne reflète pas les sentiments de la population iranienne dans son intégralité. Le populisme d'Ahmadinedjad, sa propension à défendre la grandeur iranienne en exacerbant le nationalisme a sans doute séduit les couches populaires des campagnes.


Les spécialistes de la question iranienne parlent d'ailleurs depuis longtemps d'une révolution larvée quand il s'agit d'évoquer la situation à Téhéran. La capitale iranienne arrive progressivement à s'émanciper des sermons moralisateurs des mollahs. Il faut savoir que la population est jeune (60% des Iraniens ont moins de 25 ans) et qu'elle compte 30% d'athées. La jeunesse citadine iranienne adopte de plus en plus la mode occidentale. Les ayatollahs savent qu'ils ne peuvent pas appliquer de manière stricte et rigoureuse la charia sous peine de devoir emprisonner la moitié de la ville. De plus, et la situation actuelle nous en offre un exemple probant, Internet permet d'échapper à la censure des médias. Aujourd'hui la révolte s'organise et se coordonne via les réseaux sociaux, Twitter en tête.



Le second point sur lequel je souhaiterais apporter un bémol concerne Mir Hossein Moussavi. Il est illusoire de croire que son élection aurait pu changer la face de l'Iran. Son programme apparaît plus souple que celui d' Ahmadinedjad mais n'oublions pas trop vite qu'il est un candidat du sérail islamique,..L'Iran est certes un régime présidentiel mais le pouvoir réel est exercé par le guide de la révolution, Ali Khamenei. A cela se rajoute le contrôle exercé par le Conseil des gardiens de la révolution. Ce sont ces deux instances qui sélectionnent les candidats en vue des élections. Autant dire que la chute de la théocratie iranienne ne repose pas sur Mir Hossein Moussavi comme ont pu le sous-entendre certains médias occidentaux.


Enfin le dernier élément que je voudrais aborder concerne la presse. En effet, les journalistes ont tendance à affirmer un peu vite que Barack Obama a fait sa « première grosse erreur en tendant la main à l'Iran ». Personnellement, je ne pense pas. Si on analyse l'histoire iranienne, on se rend compte que la chute du Shah et la proclamation de la république islamique le 1er avril 1979 était fédératrice de nombreuses tendances politiques. L'intégrisme religieux était résistible. Malheureusement l'intransigeance américaine a affaibli le courant réformiste et a favorisé celui des Ayatollahs.


Aujourd'hui, Obama est bien plus dangereux pour le régime islamique que ne pouvait l'être Bush. Tout simplement parce que la république islamique a besoin d'être en confrontation permanente pour liguer son peuple contre un ennemi commun. C'est pour cette raison que l'appel du président américain a été accueilli dans un silence de cathédrale du coté de Téhéran. La normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays serait une catastrophe considérable sur le plan de la politique intérieure iranienne.


Néanmoins il faut reconnaitre que ce qui se passe actuellement en Iran est susceptible de mettre Washington en difficulté. En ayant fait de la réconciliation entre le monde occidental et le monde musulman la première de ses priorités, Barack Obama risque de se retrouver dans l'incapacité de poursuivre sa politique. En effet, s'il se résout à tolérer Ahmadinedjad, une partie de la population iranienne aura l'impression d'être trahie, et s'il choisit d'aller à la confrontation, il annihile tous les efforts auxquels il a jusqu'alors consenti. Un véritable casse-tête persan sur lequel repose tout l'avenir du Proche Orient…


Posté par Mancioday le 16 juin 200 sur REVERSUS


Les grands humanistes d'aujourd'hui

Dessin du jour : Les grands humanistes d'aujourd'hui ...

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Par chimulus

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Article ajouté le 2009-06-18 , consulté 105 fois

Commentaires


burqa le 21/06/2009 à 19:26:37
Nicolas Sarkozy s'exprimera sur l'opportunité de voter une loi interdisant le port du voile intégral en France lundi à l'occasion de son discours devant le Congrès. «Je voudrais réserver mes commentaires pour mon discours devant les parlementaires», a expliqué le chef de l'Etat à l'issue du Conseil européen réuni à Bruxelles.
Rue89 le 19/06/2009 à 22:20:37
The Guardian rapporte que le site Ayandeh, resté neutre pendant la campagne, a constaté un taux de participation a dépassé 100% dans 30 villes d'Iran :

« Taft, une ville dans la province centrale de Yazd, a eu un taux de 141%, affirme le site citant un expert politique anonyme. Kouhrang, dans la province de Chahar Mahaal Bakhtiari, a enregistré un taux de 132% tandis que Chadegan, dans la province d'Ispahan, a enregistré une participation de 120%.

Dans au moins 200 bureaux de vote à travers l'Iran, on a enregistré des taux de participation de 95% ou plus. « Cela est généralement considéré comme scientifiquement impossible parce que sur 20 électeurs, il y en au moins un qui est soit malade, soit à l'étranger, soit décedé ou alors il n'est pas en mesure de participer, pour d'autres raisons », explique une source.

Il s'agit d'un taux sans précédent dans l'histoire de l'Iran et de tous les autres pays démocratiques.

Si ces déclarations sont impossibles à vérifier, elles recoupent les observations du ministère de l'intérieur iranien, Ali Akbar Mohtashamipour, qui a déclaré ce mardi que plus de 70 bureaux de vote enregistrent davantage de bulletins de vote que d'électeurs. »

Libé le 19/06/2009 à 18:24:52
Manipulation. Jour après jour, de nouveaux éléments témoignent de l’ampleur de la manipulation. Selon des informations recueillies par Libération, l’après-midi du scrutin, vers 17 heures, des bassidji («volontaires» des milices islamiques) ont pris le contrôle des terminaux de totalisation des votes au ministère de l’Intérieur, chassant les fonctionnaires qui travaillaient à ce poste. C’est un fonctionnaire de ce même ministère qui a prévenu le camp réformateur. D’autres fuites vont révéler les vrais chiffres obtenus par les quatre candidats (Libération de mardi) : en tête vient Moussavi avec un peu plus de 19 millions des suffrages (sur 42 millions), devant le second candidat réformateur, le religieux Mehdi Karoubi, avec plus de 13,38 millions de voix ; Ahmadinejad n’arrive qu’en troisième position avec 5,77 millions de voix ; le quatrième candidat, Mohsen Rezaï, ex-leader historique des pasdarans - les gardiens de la révolution - occupe la dernière position avec 3,74 millions de voix.

Prévenu qu’il est arrivé en tête, Moussavi va immédiatement se proclamer victorieux avant d’être rapidement démenti par Ahmadinejad, puis par le Guide suprême Ali Khamenei, qui va entériner le succès du président sortant, parlant même de victoire tombée du ciel.

L’auteur des «fuites», fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, semble avoir été arrêté dès le lendemain. Des témoins l’ont vu empoigné par des policiers au moment où il s’apprêtait à sauter du neuvième étage du bâtiment. Depuis, on ignore ce qu’il est devenu.

Toujours selon nos informations, les bassidji ont aussi fait main basse sur une partie des urnes qu’ils ont fait disparaître - ce qui explique que les résultats ville par ville et région par région ne sont toujours pas connus, même ceux de Téhéran. L’agence officielle Irna a remplacé les résultats manquants par des chiffres totalement abracadabrants, allant jusqu’à affirmer que Moussavi, Karoubi et Rezaï avaient été battus dans leurs villes natales. libé.fr
ultracontre le 19/06/2009 à 11:46:50
Le président Ahmadinejad (ultraconservateur)a été élu "avec 24 millions de voix", confirme le Guide suprême (l'Ayatollah khamenei), qui s'exprime pour la première fois en public depuis le début de la crise. Rejetant la possibilité d'une victoire du président grâce à la fraude, il ajoute que ses "opinions sont plus proches" des siennes.
Ben voilà! c'est la preuve s'il en fallait une que les ayatollahs ont réinventé le Moyen-âge disait Colluche et qu'il ne peut y avoir de démocratie quand les religieux intégristes détiennnent le pouvoir.
Triste vérité le 18/06/2009 à 23:19:00

Il faut s'en tenir aux réalités telles qu'elles sont et ne point caresser des chimères : l'Iran est une théocratie où la caste des prêtres dirige au nom d'un Dieu dont la Parole prime sur la volonté populaire. Et celui qui représente Dieu n'est autre que le Guide Suprême, Ali Khamenei, qui tranche en dernier ressort. Il n'est donc point question de démocratie à l'occidentale. Le régime n'en concède qu'un apparat purement formel, pour jouer "comme de faux", comme on dit dans les cours de récréation.



Le jeu de balance entre "réformateurs" et "conservateurs" n'est qu'un leurre destiné à gagner du temps dans la course contre la montre au nucléaire. Cette alternance illusoire où chacun est d'accord sur le fond est destiné à jouer sur la scène internationale les phases d'ouverture et de dialogue, préludes aux périodes de durcissement. Ce jeu d'ombres et de lumières a permis à l'Iran de gagner les années nécessaires à la mise en place de son objectif nucléaire.



Sur le fond, tous les candidats, d'accord avec le Guide de la Révolution, estiment que les activités nucléaires de l'Iran relèvent d'un "droit naturel". Pourquoi alors faire réélire Ahmadinejad au détriment de Moussavi ? Tout simplement parce que l'Iran arrive peut-être en phase terminale de son plan (il posséderait plus de 7000 centrifugeuses et serait en possession de plus d'une tonne d'uranium faiblement enrichi). S'il veut terminer l'étape menant vers de l'uranium hautement enrichi, il lui faudra expulser les inspecteurs de l'AIEA. En tout état de cause, la confrontation avec la communauté internationale, l'ONU et l'Amérique d'Obama, nécessite à la tête de l'Etat un janissaire capable de parler haut et fort, jusqu'à la rupture si besoin. Le signe envoyé à l'Occident par cette élection est clair : il n'y aura aucune négociation sur le dossier nucléaire. Comme l'a rappelé le président réélu, l'Iran est seulement prêt à discuter sur ses ambitions de puissance régionale. Comment ne pas s'apercevoir que les deux sont liés, l'un étant le garant de l'autre ?



En outre, il s'agit d'un camouflet en réponse à la "main tendue" par les Etats-Unis. Ce défi rend d'autant plus délicat la résolution du conflit israélo-palestinien mis sur les rails par Obama, Israël n'ayant de cesse de mettre en avant comme priorité la neutralisation de la menace nucléaire iranienne. Nul doute que Khamenei qui ne porte pas les Etats-Unis dans son coeur a intégré cette dimension afin de compliquer le jeu à son avantage.



Par son idéalisme de missionnaire, le président Obama pourrait être confronté très vite au "syndrome de Jimmy Carter", c'est-à-dire à des déconvenues politiques majeures. Rien ne serait plus dommageable pour le monde et l'Amérique qu'un Don Quichotte brasseur d'utopie. Avec l'élection d'Ahmadinejad, les Iraniens qui ont provoqué la déconfiture de Carter sont en train de tester Obama. Il lui appartient de se montrer à la hauteur du défi. Le désert de Tabas n'est pas loin du Capitole.

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