729-Quand le FN assassine Jaurès une seconde fois 4 posts

01 avril 2009

la banane et le fayot

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Quand le FN assassine Jaurès une seconde fois…


Pour lancer sa campagne des élections européennes de juin prochain dans la région Sud-ouest, le Front national vient d'éditer un tract et une affiche (déjà apposée sur les murs de plusieurs villes) scandaleusement mensongers. Après avoir repris, hors contexte, une phrase de Jaurès (« A celui qui n'a plus rien, la patrie est son seul bien »), ces deux documents affirment en effet, en reproduisant un portrait connu du personnage, que le député socialiste du Tarn aurait voté Front national.


C'est particulièrement malhonnête et c'est bien mal connaître Jaurès que de le faire parler ainsi un siècle après sa mort… Et cela ne repose bien sûr sur aucun fondement historique.


Les nationalistes et la droite d'alors l'ont en effet sans cesse insulté, méprisé, menacé, agressé, et ce qu'il a fait et qu'il représente est encore aujourd'hui profondément honni de l'extrême droite et d'une bonne partie de la droite.
Nous assistons donc à une campagne d'opinion indécente qui a pour but de perturber les programmes en cours relatifs au 150e anniversaire de la naissance de Jean Jaurès. Et ce n'est pas un hasard si c'est dans la région toulousaine qu'a été conçu ce « coup médiatique », puisque c'est là que rayonne le plus la mémoire du leader socialiste et que les projets culturels les plus ambitieux ont été décidés.


Tout au long de sa vie politique, notamment lors de l'affaire Dreyfus et au moment du débat contre la loi de trois ans de service militaire, les nationalistes l'ont traité d'ennemi de la France, de sans-patrie, de lâche et de traître. A l'approche de la crise de l'été 1914, leur presse et une partie des titres conservateurs ainsi que les Maurras, les Daudet, les De Waleffe, les Franc-Nohain ont même armé, par leurs propos haineux et serviles, le bras de son assassin. Oui ! ce sont bien les allégations mensongères et les attaques directes de l'extrême droite et de la droite extrême d'alors qui ont tué Jaurès. Et ceux-là mêmes qui se situent aujourd'hui dans la lignée directe de ces mouvements d'idées et d'action et de ces pousse-au-crime, se réclameraient à présent de lui ? C'est un comble !…


Nous ne pouvons accepter qu'ils salissent ainsi la mémoire de Jaurès. Sans dénier à quiconque le droit de le citer, dans la mesure où les principes d'honnêteté intellectuelle et de probité de langage et de méthode sont observés, et sans nous ériger en gardiens d'une mémoire unique et d'un temple jaurésien intouchable qui n'existent pas, nous voulons seulement remettre l'histoire à sa place et rappeler quelques points fondamentaux de la vie du Grand homme qui savait, lui, respecter ses adversaires…


Jaurès était profondément attaché à son pays, à la nation française, tout en étant internationaliste. Il aimait la France, mais pas celle de la droite et de l'extrême droite monarchiste, cléricale et nationaliste. Nul besoin de jouer sur la complexité historique du mot Patrie pour affirmer cela. Il aimait en effet la France républicaine, celle des Lumières et de la révolution de 1789, celle des Quarante-huitards, de la Commune, de Hugo et de Zola ; celle qui lui paraissait de plus en plus en capacité, grâce à la progression du socialisme et d u syndicalisme, d'imposer la République sociale qu'il appelait de ses voeux. Il s'est maintes fois prononcé en faveur d'une « armée nouvelle », liée à la nation, défensive et débarrassée du code militaire barbare alors en vigueur.


Il s'est battu pour les droits de l'homme, mais de tous les hommes, pas seulement des Français. Il a par exemple défendu les militants syndicaux poursuivis et son plaidoyer pour l'abolition de la peine de mort demeure un des moments forts de son engagement. Il s'est aussi prononcé à différentes reprises pour le droit de vote des femmes, mesure à laquelle s'opposaient avec acharnement tous les conservateurs (et en ce domaine, nous le savons, il y en avait aussi à gauche …) appuyés sur le Sénat.


Il a lutté, en outre, contre la politique coloniale de la France, pour l'accession des musulmans d'Algérie à la citoyenneté, contre l'antisémitisme et le racisme. Dans un de ses derniers articles (L'Humanité, 24 juin 1914), il demandait par exemple de « protéger les ouvriers étrangers contre l'arbitraire administratif et policier pour qu'ils puissent s'organiser avec leurs camarades de France et lutter solidairement avec eux sans crainte d'expulsion ».


Au sein de l'Internationale socialiste, dont il fut un des deux représentants français, il a oeuvré en faveur de l'entente entre les peuples et de la paix. Il voulait aussi que soient établies des règles de droit (tel l'arbitrage obligatoire) qui dépassent le cadre politique national. Contre la guerre de revanche, il s'est sans cesse opposé au nationalisme cocardier et à ceux qu'il nommait lui-même « les maquignons de la patrie », souhaitant l'apaisement au moment des crises diplomatiques et le rapprochement, en vue d'actions communes, des socialistes et des salariés français et allemands. Il alla même jusqu'à proposer la grève générale simultanée en cas de guerre.


Anticlérical mais non anti-religieux, il fut aussi un ardent militant de la laïcité, de l'éducation publique et laïque et un artisan de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Ce fut là encore un épisode qui attira contre lui les foudres les plus véhémentes des droites coalisées.


Enfin, son engagement de tous les jours consistait à améliorer les conditions de travail et à étendre les droits économiques et sociaux (au profit de tous les travailleurs, et pas seulement des travailleurs français) : assurances sociales contre la maladie, les accidents du travail, le chômage…, retraites ouvrières et paysannes, impôts progressifs sur les revenus et sur les successions, baisse du temps de travail… Plus généralement, mais en l'affirmant sans relâche, il voulait créer les conditions pour qu'advienne, en France comme ailleurs, une société nouvelle débarrassée de toute forme d'oppression et d'exploitation ; une société basée sur la propriété collective et l'intervention directe des travailleurs et de leurs syndicats dans l'économie, sous l'égide d'un Etat démocratisé de fond en comble : le socialisme.
Ces quelques exemples non exhaustifs l'indiquent clairement : sa conception de l'homme, des rapports sociaux et des relations internationales, de la vie même, n'avait rien de commun avec celle prônée aujourd'hui par le FN. Ni même sa conception du passé, du présent et de l'avenir.


L'opération qui consiste à « annexer Jaurès » n'est pas nouvelle. Mais elle témoigne autant de la grandeur du personnage lui-même que de la malhonnêteté intellectuelle et politique de celles et ceux qui s'y livrent, tout en sachant que rien ne les y autorise, souvent par calcul électoral et pour brouiller les repères politiques historiquement construits. Déjà l'entourage de Pétain s'était prêté à ce jeu sous Vichy et, depuis une trentaine d'années, les milieux les plus rétrogrades du patronat lui ont emboîté le pas, en faisant circuler un texte tronqué de Jaurès, sans jamais tenir compte des observations faites par les historiens de la Société d'Etudes Jaurésiennes. Et l'on sait que le Président de la République s'est lui aussi « recommandé » du dirigeant socialiste à plusieurs reprises, durant la campagne des élections présidentielles, en utilisant tous les ressorts des plans de communication « politiciens » … L'affiche et le tract édités aujourd'hui par le FN continuent de creuser ce sillon. Sans leur donner l'importance qu'ils n'auront pas, ces documents de propagande montrent à quoi en sont réduits à présent les responsables et candidats du FN pour tenter de gagner quelques voix…
Non, vraiment, tout le monde ne peut pas se réclamer de Jaurès !


Le 150e anniversaire de sa naissance, auquel nous sommes nombreux à travailler, notamment en Midi-Pyrénées, ne fera que rappeler une nouvelle fois cette évidence.


Alain Boscus, Rémy Cazals, Jean Faury, Rémy Pech, Rolande Trempé, (Historiens), Bruno Antonini (Philosophe), Jacques Poumarède (Historien du Droit)

 

jean marie le Ben

dimanche8fevrier le pen gaudin.jpg

 

 




Article ajouté le 2009-03-29 , consulté 281 fois

Commentaires


MRC46 le 31/03/2009 à 18:39:04
Après Jaurès Roger SALENGRO!

Le blog du MRC46 explique pourquoi Salengro n'aurait pas vôté FN!

"Il passe son enfance à Dunkerque de 1891 à 1904. Étudiant à la faculté de lettres de Lille, en 1909 : Il s'inscrit à la faculté des Lettres de Lille - adhère à la SFIO - fonde un groupe d'étudiants collectivistes, militant fougueux qui n'hésite pas à porter la contradiction dans les réunions de droite.

Il y fonde un groupe d'étudiants collectivistes à l'âge de 19 ans. En 1912, il effectue son service militaire au sein du 33e régiment d'infanterie et est inscrit au Carnet B pour avoir, pendant l'une de ses permissions, manifesté contre la loi des Trois Ans.

Le 2 août 1914, il est arrêté sur ordre du préfet du Nord, de même que tous les inscrits du département, et contrairement aux instructions données par le ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, de ne pas inquiéter les syndicalistes portés sur le carnet. Libéré sur l'intervention de Gustave Delory, il rejoint son unité et participe aux combats d'Artois et de Champagne. Il est fait prisonnier le 7 octobre 1915.

Revenu de la guerre affaibli par trois années de captivité, il se lance dans le journalisme et le militantisme. Il est alors l'un des principaux animateurs de la SFIO dans le Nord. Il est élu conseiller municipal de Lille sur la liste Gustave Delory et conseiller général du canton de Lille-Sud-Ouest. Il devient secrétaire administratif de la Fédération.

Il succède à Gustave Delory comme maire en 1925 ; il est réélu en 1929 et 1935. En même temps député socialiste de 1928 à 1936, il devient en 1936 Ministre de l'Intérieur du Front populaire de Léon Blum. C'est lui qui annoncera la signature des accords de Matignon en juin 1936. On lui doit aussi la loi sur la dissolution des ligues, le 18 juin 1936.



Roger Salengro va être, à l'été 1936, l'objet d'une campagne de presse violente et mensongère de la part de la presse d'extrême-droite, en raison de son action contre les ligues (loi sur la dissolution des ligues, projet de nationalisation des gazettes d'extrême-droite). Tout commence le 21 août 1936, avec la publication par le journal d'extrême-droite Gringoire d'un article qui pose la question Roger Salengro, ministre de l'Intérieur, a-t-il déserté le 7 octobre 1915 ? Un autre journal d'extrême-droite L'Action française reprend et renforce les attaques les jours suivants. Roger Salengro oppose démenti sur démenti aux accusations, mais se voit chaque fois l'objet d'une nouvelle attaque.
La campagne de presse est relayée à la Chambre des députés par le chef de file de son opposition municipale à Lille, Henri Becquart, à partir du 14 juillet 1936.

Salengro ayant été coursier à vélo pendant la guerre, ses adversaires le caricaturent à l'envie sous l'aspect d'un cycliste. Il est surnommé le rétro-pédaleur, et les "accusations" d'homosexualité implicites, se veulent blessantes. On dépose même sur la tombe de sa femme, en guise de couronne mortuaire, une roue de vélo.

Bien que l'accusation de désertion ait été reconnue comme infondée des années auparavant, le soldat Salengro ayant en fait été capturé par l'ennemi, la polémique enfle durant l'été dans un pays encore marqué par la guerre contre l'Allemagne. L'Assemblée Nationale, par un vote du 13 novembre 1936, vote par 427 voix sur 503 en faveur d'un soutien à Roger Salengro contre les accusations de l'extrême-droite. Mais Gringoire ridiculise aussitôt le ministre en le surnommant du sobriquet de Proprengro. L'opinion publique, influencée par ces attaques à répétitions, ne retient que le soupçon.


Après beaucoup de calomnies indignes, le ministre de l'Intérieur, fragilisé psychologiquement, décide de mettre fin à ses jours, ne supportant plus les « mensonges ». En pleine inspection à Lille, sa ville natale, le 17 novembre 1936, Salengro rentre chez lui, au 16 boulevard Carnot, dans la soirée. Seul dans sa chambre, il ouvre le robinet de la gazinière, laisse ouvert sur la table deux exemplaires du Gringoire, ainsi que deux lettres : l'une adressée à Léon Blum et l'autre à son frère. Salengro décède dans les minutes qui suivent.

Le jour de ses obsèques, Léon Blum lui rend un vibrant hommage, en accusant les journaux d'opposition de sa mort. Plus d'un million deux cent-mille personnes assistent aux obsèques du ministre décédé, ce qui en fait les plus grandes funérailles nationales depuis celle de Victor Hugo. Roger Salengro est enterré au cimetière de l'Est à Lille."

Manip le 31/03/2009 à 13:41:18
Le post précédent est bien un exemple d'imposture intellectuelle...
Histoire le 30/03/2009 à 20:35:08
Décidemment, le Front National n'a ni respect ni pudeur. Nous connaissions sa capacité à instruire la haine et jouer avec la misére social. Voila qu'il s'attaque désormais à l'appropriation des grands héros de la Nation. Plus qu'une appropriation, c'est une souillure dont est victime notre cher Jaurés.

Jaurés, grand socialiste français, fondateur de l'Humanité, restera dans l'histoire comme L'homme de Paix.
Alors que la France était marqué par un climat ultra nationaliste, avec en arriére fond la naissance de courants d'extréme droite basés sur "la théorie des races" (qui sera meurtriére 40 ans plus tard), Jaurés s'opposa à la Premiére Guerre Mondiale. Les français, frustrés d'avoir abandonné L'alsace Lorraine à l'Allemagne, voulait une nouvelle guerre, pour récupérer "ce qui leur était dû". Le climat de l'époque était de partir à la guerre "la fleur dans le fusil", ce qui semble surprenant lorsqu'on sait que cette guerre, censé durer quelques mois, s'est éternisée sur 4 ans, avec un bilan lourd : 7 millions de morts / 12 millions d'invalides.

Jaurés était visionnaire, il rassemblait les socialistes hésitants, il incarnait la paix, la France qui disait "NON à la guerre".

Raoul Villain, MILITANT D'EXTREME DROITE, PRO GUERRE, assassina Jaurés en 1914. Tué à une terrasse du café "le croissant" à Paris, s'est avec Jaurés l'opposition de la France à participer à cette 1ere guerre mondiale qui s'est tu.

On constate une souillure des grands héros nationaux issu de courant idéologique socialiste et communiste de plus en plus fréquente. Ce fut le cas entre autre de notre cher Guy Moquet.

Les partis politiques n'ont pas le monopole des héros de la Nation, ils appartiennent à tous ceux qui se reconnaissent en leurs valeurs. Il est claire que les valeurs défendus par le FN et celle de Jaurés sont aux antipodes, elles sont totalement contradictoires.

Honte au Front National ! Ils nous le paieront.

S. le 30/03/2009 à 17:17:21
si le Fn était le seul...
Des libéraux du PS ont aussi utilisé les mots "Socialisme, le parti de Jaurès ", et on voit les résultats.
Et on n'est pas au MRC pour rien.
Cordialement,
S.

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