982- Hommage national à Pierre Mauroy 3 posts

Un hommage national a été rendu aux Invalides et à Solférino au premier chef de gouvernement socialiste de la Ve République, décédé vendredi. Dans son éloge funèbre, François Hollande a salué « l'enfant du peuple entré dans l'histoire ».

François Hollande a rendu un hommage national à Pierre Mauroy, décédé vendredi - AFP

François Hollande a rendu un hommage national à Pierre Mauroy, décédé vendredi - AFP


Le gouvernement et la famille socialiste, François Hollande en tête, ont rendu un hommage national mardi à Paris à l'ancien Premier ministre Pierre Mauroy, un « enfant du peuple » pour qui « réformer ce n'était pas renoncer, c'était réussir », selon les mots du président de la République.


L'ancien maire de Lille qui fut le premier chef de gouvernement de François Mitterrand (1981-1984) est mort vendredi à l'âge de 84 ans, vingt mois après avoir quitté la scène politique en lâchant son mandat de sénateur en 2011.


Première étape de cérémonies prévues sur 48 heures à Lille, un hommage national lui était rendu dans la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides, devant son cercueil recouvert du drapeau tricolore.« Peu d'hommes, même éminents, peuvent s'enorgueillir d'avoir fait l'Histoire de leur pays. Pierre Mauroy est incontestablement de ceux-là », a commencé François Hollande, en saluant l' « enfant du peuple » - il était fils d'instituteur - « entré dans l'Histoire pour avoir été l'artisan de grandes conquêtes sociales et de libertés nouvelles ». « Ce destin exceptionnel, rien ne le disposait à l'accomplir, mais tout le conduisait à en rêver », a ajouté le chef de l'Etat.


« Pierre Mauroy assuma »


Evoquant la mémoire de l'artisan de l'union de la gauche, qui a orchestré le changement de 1981 avec des réformes emblématiques (retraite à 60 ans, 39 heures de travail hebdomadaire, l'abolition de la peine de mort, nationalisations, etc.), François Hollande y a vu « des choix essentiels dont nous sommes les uns les autres, quelle que soit notre place dans la vie politique, les héritiers ».


« Les choix du réformisme d'abord. Pour Pierre Mauroy, réformer ce n'était pas renoncer, c'était réussir (...) se défaire de l'illusion des mots pour passer à la réalité des actes. Réformer ce n'était pas céder à la réalité, c'était la saisir à la gorge pour la transformer ». Face aux difficultés, « il lui fallut assumer et Pierre Mauroy assume». Et le chef de l'Etat de citer « le sérieux budgétaire, le blocage des prix et des salaires, les restructurations industrielles ». Ces décisions, à peine deux ans après l'arrivée de François Mitterrand au pouvoir, lui « coûtèrent », «  mais il sut prendre ces décisions parce qu'il les savait non pas inévitables, mais nécessaires pour reconvertir, redresser et repartir ».


« La rigueur, condition pour poursuivre la réforme »


Un éloge qui pouvait résonner dans la bouche de François Hollande comme une défense de son action, alors que l'exécutif est attaqué par la gauche de la gauche sur l'austérité imposée à ses yeux par Bruxelles. Le président a salué en Pierre Mauroy celui qui avait « compris que le destin de la France passait pas l'Europe, que faire cavalier seul pouvait finir en une cavalcade sans lendemain ». « Par facilité ou commodité de langage, on désigna cette orientation d'un même mot: la rigueur. (...) La rigueur, c'était la condition pour poursuivre la réforme, le changement », a-t-il dit aussi.


Interrogée par France 2, la veuve de Pierre Mauroy a assuré que son époux vivait « pour la grandeur de son pays ». Autour d'elle et de sa descendance se tenaient notamment les anciens Premiers ministres Michel Rocard, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin et Edith Cresson. La maire de Lille Martine Aubry, qui avait succédé en 2001 à Pierre Mauroy, en poste depuis 1973, se tenait à côté de son père Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne et ministre des Finances de Pierre Mauroy. Plusieurs anciens ministres de François Mitterrand, comme Jack Lang, Robert Badinter ou Michel Charasse, ainsi que l'écrivain Alain Decaux, le chef d'orchestre Jean-Claude Casadesus étaient également présents. Les présidents de l'UMP Jean-François Copé, de l'UDI Jean-Louis Borloo et du MoDem François Bayrou étaient aussi présents.


Hommage des socialistes


Après la cérémonie nationale aux Invalides, la famille socialiste, dont Jean-Marc Ayrault, les anciens premiers secrétaires Lionel Jospin ou Martine Aubry et d'anciens ministres, réunie au siège du PS rue de Solférino, a rendu hommage à l'ancien Premier ministre Pierre Mauroy.


Dans la cour Pierre Bérégovoy, quelque 200 invités se sont rassemblés, peu après l'hommage national rendu par François Hollande aux Invalides. Au premier rang figuraient la famille de M. Mauroy dont son épouse Gilberte, son fils Fabien, les anciens numéros un socialistes Martine Aubry et Lionel Jospin, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ses prédécesseurs Michel Rocard et Edith Cresson, ainsi que Henri Emmanuelli et Harlem Désir, l'actuel patron du PS.


La cérémonie qui a duré une heure a démarré vers midi par la diffusion d'une courte vidéo montrant des photos et des extraits de discours de Pierre Mauroy, tandis qu'un quatuor à cordes jouait « Le Sacre du Printemps », un des morceaux favoris de Pierre Mauroy, choisi par sa famille.



Hommage à Pierre Mauroy (1928-2013) par Parti Socialiste

Premier à s'exprimer à la tribune, Lionel Jospin a notamment salué la période « cruciale » que fut la décennie 1971-1981, lors de laquelle Pierre Mauroy fut « le second indispensable » de François Mitterrand. Il a loué son « intelligence politique », « son attachement au socialisme réformiste », « son sens de l'Etat », « sa proximité avec les militants », son « sens de la solidarité », ou encore sa « simplicité ».


Pierre Mauroy « gardait la force des convictions (...) et en même temps (savait) mener une politique réaliste », a déclaré, émue, Martine Aubry. La maire de Lille a aussi rendu hommage à « l'homme du Nord », qui a fait passer « Lille du 19e au 20e siècle » et « n'a jamais oublié ce peuple qui lui a permis peu à peu d'avoir des mandats et de se battre pour eux ».


Harlem Désir a évoqué « un grand militant », « une référence, un modèle, une voix et une silhouette inoubliable », « un homme d'ouverture », qui incarnait l'« âme populaire du socialisme ». Son action « fait honneur à la gauche », a-t-il dit, citant les grandes réformes « léguées » comme la retraite à 60 ans.


Minute de silence à l'Assemblée nationale


L'Assemblée nationale observera cette après-midi une minute de silence en souvenir de Pierre Mauroy. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone (PS), et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doivent prendre la parole devant les députés pour célébrer la mémoire du premier chef de gouvernement socialiste de la Ve République. Ultérieurement, à une date non encore fixée, l'Assemblée nationale rendra un hommage solennel à Pierre Mauroy.


Après les hommages parisiens, le corps de Pierre Mauroy devait être transporté à l'Hôtel de ville de Lille pour que ses anciens administrés puissent se recueillir devant le cercueil jusqu'à mercredi. Les funérailles seront célébrées jeudi à 14h30 à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille par l'archevêque de Lille, Mgr Laurent Ulrich. L'inhumation au cimetière de l'Est « se fera dans la plus stricte intimité », selon la mairie de Lille.


Source : AFP   Les Echos.fr



11/06/2013
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