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Les auxiliaires français de la Gestapo cadurcienne : Gabriel Benoni, le gitan

Par Cécile Vaissié dans www.arkheia-revue.org


La Gestapo – ou, plus exactement, la Sicherheitspolizei (SIPO-SD) dont la Gestapo n'est que la section IV - s'installe officiellement à Cahors après le 11 novembre 1943 - jusque-là, elle n'y était présente que de façon peu formalisée – et elle y restera jusqu'au 17 août 1944, en occupant successivement deux lieux : le dancing Robinson et la villa Artigues. Nous disposons de très bonnes informations sur ses équipes et ses activités, d'une part, grâce au témoignage apporté, dès février 1945, par Alfred Pfohl qui a travaillé pour elle comme interprète, entre février et mai 1944, tout en aidant des résistants, et, d'autre part, grâce à certains procès qui se sont déroulés après la Libération et jusqu'en 1952.

À Cahors comme ailleurs, la Gestapo est largement aidée par ses collaborateurs français : ce sont eux qui lui apportent des renseignements, repèrent, voire infiltrent des maquis, dénoncent des résistants et des Juifs. Ils peuvent se classer en deux types, même si la frontière entre les deux est parfois floue : les « indicateurs » et les « auxiliaires ». Les premiers – « bons Cadurciens » et/ou miliciens - transmettent, occasionnellement ou plus régulièrement, des informations à la Gestapo, parfois contre de l'argent. Au cours de son procès de 1952, Aloïs Iser prétendra ainsi que « la plupart des renseignements qui arrivaient au SD de Cahors étaient fournis par la milice », le chef de celle-ci lui ayant assuré avoir « des miliciens dans toute la région, qui le renseignaient »1.

Les « auxiliaires » (ou « agents ») – qui ont eux-mêmes leurs agents sur le terrain - traitent directement avec la Gestapo et consacrent l'essentiel de leur temps à cette collaboration dont ils tirent des revenus non négligeables, notamment grâce aux vols et au racket que les Allemands tolèrent, au moins pendant un temps. Pour l'instant, c'est à cette deuxième catégorie que nous nous intéresserons.

Le 20 février 1945, Alfred Pfohl donne les noms des cinq agents de la Gestapo cadurcienne, qu'il a connus et qui, à cette date, ont tous disparu du Lot. Or, ces noms sont confirmés par d'autres sources et, s'il n'a pas été possible d'identifier « Pierre » - un Parisien, surnommé « le boucher » -, les parcours des quatre autres ont pu, en revanche, être reconstitués. Sur les quatre, un était encore en vie en juin 2010 quand nous l'avons rencontré, quelque part en France ; un autre était mort en 2006, après une vie professionnelle et familiale réussie, que son épouse nous a longuement retracée ; un troisième a péri en déportation et un quatrième a été fusillé en 1946.

Ce sont les parcours de ces quatre Français, auxiliaires de la Gestapo cadurcienne, que nous allons raconter, en commençant, dans cet article, par le seul dont le nom soit, semble-t-il, resté dans les mémoires : Gabriel (...)

(...) Benoni. Un délinquant qui a dénoncé le maquis Douaumont et fait chanter des Juifs cachés dans le Lot. Un ancien de la LVF qui, déporté à Dachau par le « train de la mort » du 2 juillet 1944, jonglait avec les identités, poursuivait ses intérêts propres et instrumentalisait à son profit les exigences nazies. Un Gitan qui est finalement très rassurant, tant il incarne – contrairement aux autres agents de la Gestapo cadurcienne - l'altérité absolue.

NOTES
- 1. Jugement 279 du 23 juillet 1952, Tribunal Militaire de Bordeaux. Archives de la justice militaire (Le Blanc), pièce 6.

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23/01/2012
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