867-Débat: Faut-il renoncer au nucléaire? 15 posts



L'Allemagne vient d'annoncer qu'elle compte sortir du nucléaire.La France peut elle en faire autant?Pour ma part j'en doute.Pour ouvrir le débat voici une tribune de Claude Allègre publiée dans le nouvelobs.com



"Souvenez-vous c'était déjà en Allemagne que fleurissait le slogan "plutôt rouge que mort" à quoi François Mitterrand avait répondu dans son célèbre discours du Bundestag : " Les pacifistes sont à l'Ouest, mais les SS 20 sont à l'Est". Mais le mal a progressé dans un contexte de gouvernance mal assuré. Apeurée par des défaites successives aux élections régionales, la chancelière pense contenir la montée des Grünen par cet acte qu'elle croit habile et qui est désastreux économiquement et… politiquement.

 

Il est vrai que le nucléaire a mauvaise presse en Allemagne. Révélées par les médias, une affaire gestion désastreuse et criminelle d'un dépôt de déchets nucléaire a, il y a quelques années, semé le doute sur toute la filière. La décision actuelle est finalement le prolongement des anciens accords SPD-Grünen dans un espoir de renversement d'alliance et le prétexte de Fukushima est un peu pusillanime.

 

Le nucléaire moins dangereux que l'automobile

 

Qu'y a t-il de commun entre un accident nucléaire, causé par un énorme tsunami au Japon sur une centrale a eau bouillante et la sécurité vis-à-vis des aléas sismiques et technologiques des centrales modernes de l'Europe de l'Ouest ?

 

Loin de moi l'idée de prétendre que les centrales nucléaires ne présentent aucun risque. La sécurité des centrales, leur approvisionnement en eau, le traitement des déchets à vie longue sont des questions sur lesquelles il y a beaucoup de progrès à faire. Sur la sécurité, les centrales EPR répondent à cette nécessité. Pour les déchets, il faut encore travailler.

 

Mais il est bon de rappeler que le nucléaire civil et pacifique a jusqu'ici, et malgré la catastrophe de Tchernobyl, tué beaucoup moins de monde que la voiture ou le charbon !

 

Comment l'Allemagne, grand pays industriel, va-t-elle remplacer ses 20% d'électricité nucléaire ? Va-t-elle continuer à polluer le ciel européen par le charbon, les lignites ou par le gaz ? Où va-t-elle acheter de l'électricité nucléaire à la France ?  Car soyons sérieux l'Allemagne ne va pas remplacer le nucléaire par l'éolien et se livrer aux caprices du vent du Nord !

 

Loin de moi l'idée de plaider pour le tout nucléaire et encore moins pour le "business as usual". Il faut sans aucun doute économiser l'énergie et diversifier les sources de production d'énergie : géothermie (oublié en France), photovoltaïque, éolienne (en mer), en attendant pour demain l'hydrogène. Il faut développer le nucléaire de 4ème génération, faute de quoi les réserves d'Uranium seront limitées. Il faut aussi séquestrer le CO2 produit par les centrales à carbone sous peine d'acidifier l'océan avec des conséquences tragiques.

 

Oui il faut développer une nouvelle politique diversifiée de l'énergie avec beaucoup d'innovations. Que le Japon ou même l'Italie ou la Grèce projettent de bannir ou de réduire les centrales nucléaires est concevable car ce sont des pays soumis à de sérieux risques sismiques. Mais que la France, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne, ou la Scandinavie, prennent prétexte d'un accident au Japon pour se priver de la source d'énergie la plus propre et la plus efficace relève d'un syndrome collectif de peur irrationnelle.

 

Dans ce cadre, je dois dire que j'ai été satisfait par la réaction rapide et sans ambiguïté du gouvernement français. J'ai par contre été troublé par les réactions contradictoires du Parti socialiste, qui fut le mien pendant trente ans. Car par-delà le nucléaire, la question posée aux démocraties européennes est d'abord : quelle attitude va-t-on avoir vis-à-vis des progrès scientifiques et technologiques ? Certes, les nuisances ou les menaces associées à toute nouvelle technologie sont aujourd'hui amplifiées par la croissance démographique, mais faut-il pour autant les rejeter ?

 

Innovation ou régression

 

Les attitudes d'indignation et de dénonciation avec en perspective la décroissance sont des attitudes de peur qui ne font pas confiance à l'homme.

Ne vaut-il pas mieux une attitude plus équilibrée qui loin de nier les problèmes qui se posent cherche à les résoudre en faisant confiance à l'intelligence humaine et à sa capacité d'innovation. Le débat aujourd'hui, c'est l'opposition entre une écologie dénonciatrice et de régression et une écologie réparatrice et de progression. Que deviendra l'Europe si elle refuse l'énergie nucléaire, les OGM, les Nanotechnologies, les antennes de téléphones mobiles, les gaz de schistes, les recherches sur les cellules souches ? Elle deviendra un espace économiquement colonisé par les grands pays émergents qui eux ne sont pas empêtrés dans ces préjugés de nantis.

 

Que signifie la Gauche si elle abandonne son identité qui est "le progrès scientifique au profit du progrès social" suivant la belle définition du socialisme d'Harold Wilson ?

 

François Mitterrand répondait déjà à cette question lorsque, dans les années 70, on lui proposait de suivre le slogan du Club de Rome Halte à la croissance. "Lorsqu'il n'y a pas de croissance ce sont les pauvres qui en sont les premières victimes ! Et cet objectif, ce n'est pas celui de la Gauche !"



02/06/2011
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