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La piraterie rapporte gros

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Vue aérienne du bateau le Ponant
Les attaques de pirates se multiplient au large des côtes somaliennes malgré la présence d'une force maritime internationale destinée à lutter contre le terrorisme

Le Ponant, ce voilier de luxe français capturé et dérouté depuis près d'une semaine au large des côtes somaliennes, se trouverait aux mains d'un des plus puissants groupes de pirates locaux, les « Somali Marines ». Ce sont les mêmes qui avaient retenu en otage pendant huit jours le journaliste français Gwen Le Gouil, enlevé le 16 décembre 2007.

Selon son témoignage, il s'agit d'anciens pêcheurs reconvertis dans des trafics divers. Cette bande, bien armée et bien organisée, est aussi responsable des principales opérations de piraterie dans la région, selon Andrew Mwangura, président du Programme d'assistance aux marins, basé dans le port kényan de Mombasa.

En un an, le nombre d'attaques recensées contre des navires croisant au large des côtes somaliennes est passé de 10 à 31, indique le Bureau international maritime. Et encore, toutes ne sont pas systématiquement signalées au Centre d'information sur la piraterie du Bureau maritime, basé à Kuala Lumpur, en Malaisie.

Abordages à plus de 400 km des côtes somaliennes

La plupart du temps, les pirates opèrent à partir d'une vingtaine de bases disséminées le long de la côte, qui ne sont pas des villes portuaires, mais de simples baies. Les abordages sont lancés au nord de la Somalie, dans le golfe d'Aden, comme on l'a vu avec l'affaire du Ponant, ou bien au large de Merka et de Mogadiscio.

Alors que les navires ont reçu pour consigne de ne pas croiser à moins de 200 milles marins (370 km) (1) des côtes, cette mesure de précaution ne suffit plus car plusieurs navires ont été attaqués alors qu'ils se trouvaient à plus de 400 km du littoral.

Selon toute vraisemblance, les pirates disposent donc de « bateaux mères », des bateaux de pêche par exemple, naviguant en haute mer, et à partir desquels des petites vedettes rapides peuvent accoster les navires convoités, tout en échappant aux radars.

Kalachnikovs et lance-roquettes

Armés au minimum de kalachnikovs, au pire de lance-roquettes, ils sont en mesure de prendre possession des bateaux et de les amener jusqu'à leur base. Là, ils entament les négociations avec les armateurs. En juin dernier par exemple, un cargo danois, le Danica White a été échangé contre une rançon de 1,5 million de dollars (954 000 €).

« La Somalie est un cas unique dans le monde en matière de piraterie, car il n'y a pas d'État, explique à La Croix Pottengal Mukundan, directeur du Bureau international maritime à Londres. Des milices armées contrôlent les côtes et encouragent la piraterie, qui représente une source de revenus très importante. On parle de centaine de millions de dollars. »

Chaque année, 15 000 navires (sur les 50 000 qui naviguent sur les océans) passent dans le golfe d'Aden, et donc à proximité de la Somalie, pour traverser le canal de Suez et rallier la mer Méditerranée. Les armateurs et les compagnies d'assurance sont préoccupés par cette situation mais préfèrent la discrétion.

Un détour coûteux

Les assurances ont décidé de ne plus couvrir le risque en cas d'attaque survenue à moins de 75 milles de la côte. Pour les armateurs, rallonger le parcours de 8 à 10 jours en passant par le cap de Bonne Espérance, afin d'éviter le danger, n'est pas une option économiquement viable.

Selon Pottengal Mukundan, la seule parade dans le cas somalien est la protection de la « Task force 150 ». Cette force maritime internationale fait partie de l'opération « Enduring Freedom », chargée de lutter contre le terrorisme dans cette région entre l'océan Indien et le golfe d'Aden.

Créée à la suite des attentats du 11 septembre 2001, elle est commandée depuis le 25 février par la France, pour la cinquième fois. Elle compte une dizaine de bâtiments, pour une surface immense à couvrir.

Trop tard pour intervenir

Par chance, l'aviso Commandant Bouan, membre de la Task Force 150, se trouvait à proximité lorsque Le Ponant a signalé son attaque. Il a pu suivre le voilier, mais il était trop tard pour intervenir. En revanche, il a obtenu d'entrer dans les eaux territoriales somaliennes, avec l'autorisation du gouvernement national de transition.

« Cette obligation juridique ne devrait plus être requise dans le cas de la Somalie », observe encore Pottengal Mukundan. Cette règle avait empêché le Danica White d'être secouru car il était déjà dans les eaux somaliennes lorsqu'il a déclenché l'alerte.

Un vraquier nord-coréen, le Dia Honga Dan, a eu plus de chance. Naviguant à 60 milles de Mogadiscio, il a été attaqué en novembre 2007, mais a pu être secouru par un destroyer américain présent dans le secteur. L'équipage a réussi à reprendre le contrôle du navire, tuant deux pirates. Au même moment, quatre cargos étaient déjà retenus sur les côtes somaliennes.

Les bateaux du Programme alimentaire mondial escortés

Outre la surveillance, notamment à travers l'inspection régulière des boutres, les patrouilles navales de la Task Force 150 servent aussi à escorter les navires du Programme alimentaire mondial (PAM), victime à trois reprises des pirates. Or l'agence de l'ONU transporte par mer 80 % de l'aide alimentaire aux Somaliens victimes de la guerre civile dans le pays. Plus d'un million de personnes ont besoin de cette aide.

Le 25 septembre dernier, lors d'une réunion au Conseil de sécurité de l'ONU, Nicolas Sarkozy avait annoncé que la France allait escorter les bateaux du PAM. L'opération s'est déroulée du 16 novembre à la fin janvier.

Les Danois ont pris le relais jusqu'au 2 avril, date à laquelle ils ont été remplacés par les Néerlandais, lesquels doivent opérer jusqu'à la fin juin. « Du coup, tous nos convois ont été acheminés sans problème », explique Peter Smerdon, porte-parole pour le PAM à Nairobi.

Le dispositif est désormais bien rodé. Après quatre jours de navigation depuis Mombasa, le navire arrive au large de Mogadiscio. Un bateau loué par les autorités locales, avec des gardes armés à son bord, l'escorte jusqu'au port et surveille son déchargement qui dure quatre jours.

Puis il repart. Entre-temps, l'escorte internationale fait d'autres rotations, notamment vers Merka, à sept jours de navigation de Mombasa.

Catherine REBUFFEL

(1) Un mille marin égale 1 852 m.

un communiqué de l'Elysée annonce que les otages ont été libérés ...sans intervention du GIGN dépêché sur les lieux.


11/04/2008
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