568-Le sujet dont on parle /UBU-SARKO vu par nos voisins(El Païs) 5 posts

Nicolas Sarkozy,le sujet dont on parle

(LA REVUE DU WEB samedi 16 février 2008)


Quel langage ! dessin de Delize yahoo! cartoons



C'est l'intellectuel à la mode, comme on disait au siècle dernier : Christian Salmon. Il est l'auteur de livres à lire ( ou tout du moins à commenter ) en ce moment. Sur les pages opinions des quotidiens fleurissent ses tribunes mais également celles de ses partisans ou de ses détracteurs ; la blogosphère qui compte, la blogosphère d'en haut, se doit de le commenter. De là, à penser que je m'y colle pour acquérir des lettres de noblesse, il n'y a qu'un pas. C'est vrai que ce blog était davantage spécialisé dans les états d'âme de Cécilia et Carla que dans l'étude d'ouvrages de vulgarisation scientifique.

Quoi vous ne connaissez pas Salmon ? Comment vous n'avez pas lu son livre ? Mais ça tombe bien car moi-aussi... Et si on devait s'interdire de parler de quelque chose qu'on ne sait pas, il n'y aurait plus qu'à fermer boutique et travailler sa belote coinchée plutôt que proser, seul, face aux éléments déchaînés de la pensée ( pouf pouf ).

Christian Salmon est chercheur au CNRS et non pas taxidermiste comme une trop rapide recherche via Google pourrait le laisser croire. Quel rapport entre le CNRS et Nicolas Sarkozy, me direz-vous en dehors d'une haine recuite partagée ? Eh bien Christian Salmon fait fortune actuellement grâce à ses écrits sur le storytelling, que j'aurai tendance à traduire par propagande mais ça fait moins chic et vieux gaucho qui sent le tabac froid, concept qui fait fureur chez tous ceux qui veulent trouver des clefs de lecture de notre société post-idélogie, matérialiste mais férue de fiction.

Ce concept est utilisé à toutes les sauces et est appliqué avec délice au domaine politique et à deux de ses plus vibrionnants exemples des derniers mois : Nicolas Sarkozy et Barack Obama. J'ai eu envie de faire ce papier en lisant la dernière tribune que Christian Salmon consacre à Nicolas Sarkozy dans Le Monde en date du vendredi 15. Il y analyse le trou d'air de Nicolas Sarkozy mais décrypte également la fascination qu'exerce le président élu sur ses concitoyens.

J'ai particulièrement goûté cette formule : "Tout ce que le pays compte d'éditorialistes, de chroniqueurs, d'analystes politiques, de sociologues et de sondeurs se consacre à cette passion bien française : commenter les faits et gestes de Nicolas Sarkozy. A tel point qu'on dirait qu'en mai dernier la France n'a pas élu un président, mais un sujet de conversation."

Nicolas Sarkozy est effectivement l'inépuisable filon des conversations de machine à café, il suffit de travailler en entreprise ou de fréquenter encore les bars-brasserie pour s'en apercevoir. Et ce qui a fait sa fortune (politique) fait son malheur aujourd'hui, c'est très biblique tout ça. Et la façon dont Salmon dépeint le président élu en incarnation, au sens fort, de cette soif d'histoires, avec un petit h, est savoureuse.

Mais il y a un point - essentiel - qui me chiffonne dans ce qu'écrit Salmon. Je ne saurai pas bien le formuler parce que je n'en ai pas les compétences mais je trouve que son analyse, stimulante, sexy, etc, pêche par son présupposé pessimiste ou cynique que le pouvoir réel a déserté les palais traditionnels. Que le pouvoir est à Bruxelles et à Wall-Street comme il résume d'une formule. Et qu'il ne reste plus aux politiques qu'un pouvoir de divertissement, de distraction, qui les place du côté stérile du religieux - il y avait d'ailleurs une organisation de ce type dans certaines cités grecques si je me souviens bien mais c'est flou dans ma mémoire.

Ce présupposé m'emmerde ( désolé, je ne saurai dire mieux ). C'est sur lui qu'ont prospéré tous les nonismes et madelinismes. Et c'est absurde. Il suffit de ne citer que le TEPA, la relance par les riches de l'été dernier, pour montrer que le pouvoir politique n'est pas que fabulation. A côté de symbole comme la SocGen, censé illustrer la cassure nette désormais entre politique et économique, il y a des sujets comme le Tchad et l'Afghanistan qui montrent que le pouvoir n'est pas ailleurs ainsi que semblent le penser aussi bien les fans d'X-files que certains chercheurs. Et ce n'est pas parce que ce pouvoir ne fait pas débat qu'il n'a pas une portée réelle.

Mais bref, passons, pour en revenir à l'art d'endormir les foules, difficile de savoir quand une histoire vient à lasser, quand son spectateur décroche, ou bien quand le ressort de la fiction est cassé. Et difficile de savoir si c'est le narrateur qui perd la main ou l'auditeur qui le boude. Voilà, c'est pour tout cela que je voulais vous parler de Christian Salmon ce matin, alors qu'il est beaucoup trop tôt, qu'il fait froid, et que ça, n'en déplaise à Nicolas Sarkozy, à ses spins et à tous les chercheurs du CNRS, ça restera le sujet de conversation, pardon la story, indétrônable.

En vrac mais pas en vrille :

"La fiction est perçue comme une menace" ( Le courrier )
"Persister dans le récit" ( Remue.net )
Une machine à fabriquer des histoires ( Le Monde diplomatique )
Tombeau de la fiction ( Périphéries )
Une storytelling à la française ( nonfiction.fr )
Réponse au commentaire de Christian Salmon ( Lionel Jospin )

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UBU Sarko vu par nos voisins espagnols.

Courrier international - n° 903 - 21 févr. 2008
France

ESTOCADE - Sarkozy, ce grand malade


Pour le directeur adjoint d'El País, le président français "se vautre dans l'exhibitionnisme" et "rabaisse la République au niveau de Monaco". Une charge violente contre un Sarkozy atteint d'une "incurable hypertrophie de l'ego".

Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un superprésident, un hyper­dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu'ils ont écopé d'un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d'autres : à savoir malade, limité, qu'il faut dorloter et protéger tout en s'organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir. La situation n'a rien d'inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n'a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s'il en est : l'ego. Celui du président est d'évidence atteint d'une hypertrophie probablement incurable.

Plus on s'approche du 9 mars, date du premier tour des élections municipales, plus la nervosité des candidats du parti présidentiel augmente et plus on redoute les interventions de Sarkozy, susceptibles de faire perdre des voix à l'UMP. Le parti du chef de l'Etat est divisé à cause de tensions qu'il a lui-même créées. Le traitement qu'il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d'un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s'explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s'explique uniquement par son comportement public.

Un triomphe de sultan, seigneur en son sérail

Le trône qu'occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d'être le troisième larron d'un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l'affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s'est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s'est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs. Certes, le pouvoir peut en apporter beaucoup, mais la prudence conseille de ne pas trop en faire étalage. Sarkozy le téméraire fait tout le contraire et se vautre dans l'exhibitionnisme.

C'est sur trois points précis qu'est venu se briser le personnage : l'économie, qui n'a pas enregistré la moindre amélioration depuis son arrivée ; son idéologie plus néocons, voire "théocons", que gaulliste – en témoignent des prises de position sur la laïcité contraires à la culture de la République ; et sa vie privée, étalée dans les médias. En monarque thaumaturge qui par une simple imposition des mains devait augmenter le pouvoir d'achat, il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : "Qu'est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?" En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n'a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco.

Lluís Bassets
El País

J'ai repris cet article sur le blog lantifadas: //lantifadas.midiblogs.com

L'ANTIFADAS SUR FRANCE INTER !

Appuyez la dessous pour entendre l'émission:

//www.radiofrance.fr/play_aod.php?BR=10749&BD=2502...

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Ollé!

L'anti fadas est passé ce matin sur France Inter, à 6 heures et quelques du matin! Un honneur qu'avait déjà eu mon pote Pierrot le Zygo!

Comme quoi un blog régional - merci à Midi-Libre de nous ouvrir cet extraordinaire espace de liberté - peut faire réagir la meilleurs radio nationale!

Ollé!





17/02/2008
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