489-Les murmures d'Eric Dupin 3 posts

Calcul Bayrou

    L'UDF, qui se meurt aujourd'hui même, est née en 1978 dans l'espoir d'incarner une autre droite. Le Mouvement Démocrate, consacré ce week-end, rêve pour sa part d'inventer une autre gauche. Valéry Giscard d'Estaing voulait en finir avec la suprématie gaulliste. François Bayrou cherche à supplanter les socialistes comme force d'opposition au sarkozysme. C'est dire si son pari est à la fois ambitieux et risqué.

    Pour son audacieuse entreprise, le principal atout de Bayrou réside dans son enviable capital de popularité. L'Ifop lui accorde pas moins de 70% de « bonnes opinions » (1). Selon Ipsos, 52% des Français jugent « favorablement » son action (2). Dans la dernière enquête TNS, le leader centriste fait partie, avec Bernard Kouchner et Jean-Louis Borloo, du trio de tête des personnalités dont les sondés souhaitent qu'elles jouent « un rôle important » dans l'avenir (3). L'ancien candidat a, semble-t-il, conservé l'essentiel de son audience malgré l'échec de sa formation aux élections législatives (7,6% des suffrages exprimés au premier tour). Une enquête d'intentions de votes présidentielles réalisée il y a un mois par l'Ifop lui accordait 17% contre 18,6% le 22 avril (4). La figure du courageux Béarnais se battant seul contre tous lui vaut la sympathie de larges secteurs de l'opinion. Bayrou est particulièrement populaire auprès des jeunes, des classes moyennes et des électeurs qui penchent à gauche.

    Mais cette cote personnelle est loin de se traduire par une adhésion forte à son parti ou même à son projet. Le MoDem demeure, à ce jour, un objet politique assez peu identifié par les Français. Pas plus de 38% d'entre eux en ont une « bonne opinion » d'après TNS. La marque MoDem ne s'est pas encore imposée. Et l'épreuve des élections municipales s'annonce périlleuse pour le tout jeune parti centriste. Bayrou reconnaît lui-même que ce scrutin ne sera « pas une élection facile pour une famille en formation ».

    Une fois de plus, c'est la démarche d'autonomie du leader centriste qui sera soumise à rude épreuve. Aux législatives, sa formation n'avait réussi à sauver que quatre députés. Bayrou souhaite présenter des listes MoDem indépendantes dans presque toutes les grandes villes. Mais cette logique militante se heurte aux pesanteurs d'élus en place ayant besoin d'alliances pour survivre. Une nouvelle cohorte de notables risque ainsi de s'éloigner de Bayrou. L'opportunisme électoral génère même des défections chez les nouvelles recrues. Jean-Marie Cavada a préféré se présenter dans le 12ème arrondissement de Paris sous les couleurs de l'UMP.

    De vives tensions internes traversent le MoDem en de nombreux points du territoire. A Lyon, le sénateur Michel Mercier préfèrerait une alliance à droite, qui favoriserait sa réélection à la tête du conseil général du Rhône, tandis qu'Azouz Begag prétend à l'investiture du parti avec un discours violemment anti-sarkozyste. A Marseille, le centriste très modéré Jacques Rocca-Serra s'oppose à l'ancien dirigeant écologiste Jean-Luc Benhamias. Le mélange des cultures entre anciens élus de l'UDF et militants nouvellement arrivés au MoDem ne va pas sans heurts. Le débat stratégique est d'autant plus animé que l'on s'achemine vers des alliances à géométrie variable. A Bordeaux, le MoDem s'apprête à faire cause commune avec l'UMP d'Alain Juppé. A Dijon, c'est avec François Rebsamen, numéro deux du PS, que les centristes pourraient se marier.

    Au vu de ces tiraillements, on comprend pourquoi Bayrou refuse l'existence de courants au sein de son parti. Conscient de son hétérogénéité de départ, il entend construire un « mouvement unitaire ». Les futurs statuts du MoDem accordent ainsi beaucoup de pouvoirs à son président. En son sein, Corinne Lepage n'a pas été la seule à s'en inquiéter.

    Mais Bayrou considère qu'il lui revient de piloter le plus librement possible sa vaste entreprise de remodelage du système politique français. Il reste convaincu que le « projet inégalitaire assumé » de Nicolas Sarkozy finira par être rejeté par les Français. Et que les socialistes ne pourront, cette fois-ci, incarner l'alternance. D'ores et déjà, Bayrou figure, aux yeux de l'opinion, parmi les meilleurs opposants au pouvoir actuel. Nul doute qu'il continuera à être écouté tant que le PS sera neutralisé par ses rivalités de personnes et ses contradictions idéologiques. Mais que espace resterait au MoDem si les socialistes sortaient de leur léthargie, surtout s'ils choisissaient une ligne moderniste ? Peu suspect d'anti-centrisme, Michel Rocard a confié récemment qu'il « croyait » à l'avenir du PS, un parti qui « a survécu à tout ». Bayrou aura du mal à le tuer pour triompher.



01/12/2007
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