344-La rupture par le net(Sud-ouest)

ditorial
La rupture par le Net
Par : Frank De Bondt SUD-OUEST

Ruptures sur le fond, transformations dans la forme : le grand chambardement est en marche. La démocratie française est en train de faire sa révolution. Et l'on sait que, dans ce pays conservateur, la tentation révolutionnaire a souvent fini par triompher pour rattraper le temps perdu par l'absence d'esprit de réforme. Ségolène Royal a innové en imposant la démocratie participative à des éléphants médusés et à des militants ravis. Nicolas Sarkozy n'a pas lésiné sur la tenue de ses engagements, en commençant par ranimer un pays engoncé dans son conformisme politique. L'une et l'autre ont, chacun à sa manière, donné un coup de jeune à une démocratie languissante, affaiblie par l'abstention et le vote protestataire gratuit, conscients qu'il fallait inventer la démocratie du XXIe siècle. Cela suppose que le système politique réponde aux nouvelles aspirations des citoyens, s'adapte aux nouveaux modes de communication et tire parti des dernières technologies.
Entre la démocratie participative, inspirée des pratiques de la Grèce antique, et la démocratie directe, la filiation par le Web, cet outil magique qui efface les distances et dispense d'intermédiaires, est évidente. Les candidats députés se sont emparés à leur tour de la Toile, non pas pour y coller leur affiche mais pour dialoguer avec les électeurs sans avoir à se contenter de l'échantillonnage limité qu'offrent les marchés, les maisons de retraite ou la permanence du coin.
Le rêve de l'interactivité est presque devenu une réalité. Cela ne bouleverse pas les règles de la politique, mais cela en modifie drôlement les pratiques. Hillary Clinton a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle américaine sur le Net. Alain Juppé a été l'un des premiers hommes politiques français à créer son blog, ce qui lui a permis de s'exiler au Canada tout en restant présent dans l'Hexagone. Les échanges via Internet ont une vertu supplémentaire pour les politiques : ils constituent un banc d'essai incomparable pour des idées neuves et offrent la possibilité de récolter celles d'autrui. La Toile joue ainsi un rôle de laboratoire, mais, en contrepartie, elle place les joueurs dans une insécurité constante.
La révélation est venue de la campagne pour le référendum de 2005. Les partisans du oui, très majoritaires au sein de la représentation nationale, ont compris trop tard qu'Internet les avait doublés. Grâce aux réseaux mis en place, les « nonistes » ont vulgarisé un argumentaire pour répandre leurs convictions. Les partis ont été dépassés. Ségolène Royal a retenu la leçon. En se lançant en marge du PS, elle a misé sur son site Désirs d'avenir pour franchir les habituels barrages. L'UMP et aujourd'hui l'Elysée ne sont pas en reste : Internet fait l'objet d'autant d'attentions que les médias traditionnels dans la politique de communication. Avec cet avantage que ni le message ni les réponses ne sont filtrés. Désormais, la démocratie est à visage découvert. Elle est multidirectionnelle. Et les élus sont placés sous contrôle permanent.
La Toile joue un rôle de laboratoire mais place aussi les joueurs dans une insécurité constante.

//www.sudouest.com/040607/opinions.asp



04/06/2007
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