323- 7 posts Night fever par Judith Bernard

"Avec nos amis maintenant, on se bouffe la gueule. Comme après une défaite sportive, on refait le match, pour comprendre comment on a mal joué, on se repasse les images, ça fait un mal de chien. On a tous voté Royal, on est tous « de gauche », mais à table on hurle, on vocifère, on pleure (enfin moi, je pleure : ridicule). On est la Gauche : son désarroi, sa colère, son égarement, son éclatement.

Moi qui vais peut-être prendre ma carte au PS, découragée d'avance à l'idée de découvrir l'inertie des réunions et le carriérisme des ego. De toutes façons je ne sais plus où j'habite, politiquement : être pour le PS parce que c'est un parti de gauche et de gouvernement, alors que ça fait plus de dix ans qu'il n'y arrive plus vraiment (ni à être à gauche, ni à être au gouvernement), ça finit par n'avoir aucun sens, je le sens bien. Et puis je n'ai aucune envie de jouer des coudes, de serrer des mains, de draguer des électeurs. Je voudrais juste être dans un groupe de réflexion où on cherche, patiemment, méthodiquement, des solutions, secteur par secteur - moi je me verrais bien dans le secteur Educ Nat, évidemment. Mais finalement, pourquoi au PS plutôt qu'ailleurs à gauche, je ne sais plus trop.

Mélisande a une autre option : elle pense à se retirer pour vivre à la campagne, avec homme et enfant, en quasi autarcie, avec dans son jardin des toilettes à sec. Mélisande est chercheuse au CNRS, très urbaine, très curieuse, elle voit beaucoup de documentaires engagés en ce moment, elle est très enthousiasmée par l'idée des chiottes sans eau : parce que l'eau, c'est un bien inestimable, qu'on ne peut pas continuer à faire n'importe quoi avec nos déchets, comme on laisse faire n'importe quoi avec nos vies. La planète ne peut pas supporter la généralisation de nos modes de vie, changeons-en. Stratégie individuelle : développer concrètement sa petite utopie, dans son coin, parce que comme elle dit, aujourd'hui, dans son coin, ça n'existe pas : ça finit par se rejoindre, par faire mouvement, et ça sert de modèle aux réformateurs de demain.

Elle a vu Volem rien foutre al Pais, elle a écouté Pierre Carles, elle a trouvé tout ça assez décisif. Pierre Carles dit que son film est refusé par toutes les chaînes, y compris par Arte, parce que les confrontations qu'il organise, via le montage, entre les utopies contestataires locales et les discours des grands patrons révèle tellement l'inanité des seconds que c'est trop subversif pour passer. Moi, de l'intérieur du monde de la télé, je n'y crois pas : je ne vois aucun directeur de programmes, et surtout pas à Arte dire ou même penser : ohla, danger, ce docu dit la vérité, c'est trop dangereux, il faut le glisser sous le tapis.

J'essaie de le dire, mais Perceval monte au filet : la télé est à droite, la doxa libérale règne sans conteste sur les chaînes, il n'y a pas de canal d'expression pour d'autres pensées. Je lui dis ce que je lis sur le forum d'Arrêt sur images : que les gens de droite pensent que la télé est à gauche, que mes chroniques vaguement gauche molle leur font l'effet de tribunes gauchistes insupportables. Ça prouve bien que la télé est à droite, tranche-t-il. D'ailleurs on passe plus de temps à y dénoncer l'assistanat que l'inégale répartition des richesses, on y montre plus le rmiste qui branle rien, que les patrons qui gagnent cent fois plus que leurs employés. Mais quand même, les Forgeard et leurs parachutes dorés, on en parle, on dénonce, dis-je : oui, reprend-il, mais on présente ça comme un « abus », ponctuel. On n'évoque pas tout le système de la répartition des salaires : le scandale est dans le système, pas dans des supposés « abus ». Il faudrait une loi pour interdire de tels écarts de salaires ? Oui. Et si ça fait partir les entrepreneurs, les richesses et les emplois ? Mais qu'ils se barrent, ces patrons, de toutes façons ils sont mauvais.

Perceval n'a pas vraiment d'option : Perceval est un puits. De culture politique, de colère et de révolte. Enseignant-chercheur, il est incollable sur l'histoire des idées, il voit plus large, estime qu'on est dans une période de reflux, où les idées progressistes n'ont pas le vent en poupe, comme ça a été souvent le cas dans l'Histoire - ça ne veut pas dire que c'est foutu on qu'on se trompe. Le problème, c'est qu'il n'y a pas le temps pour élaborer une pensée critique : les intellectuels passent trop de temps à courir après les moyens de leur subsistance pour prendre le temps du recul, de l'analyse et de la proposition.

On tombe tous d'accord pour dire que c'est l'aliénation majeure de notre époque, et que ça ne va pas s'arranger avec le slogan qu'on a hissé aux manettes : travailler plus pour gagner plus. C'est pas en faisant des heures sup pour pouvoir s'acheter un écran plasma qu'on s'émancipe. Mais plus personne ne veut s'émanciper, les gens sont abrutis ! Ce ne sont pas des abrutis, il y a un abrutissement, c'est différent, et c'est la clef : il faut agir sur cet abrutissement. Celui de la machine médiatique, qui conditionne les esprits.

A chaque fois ça me retombe sur la gueule : je suis la seule à travailler à l'intérieur du système médiatique, la seule à y avoir une tribune, à chaque fois je me sens misérable, minuscule, foireuse. Alors ce matin, dans ma gueule de bois, je vous livre tout ça brut de décoffrage. Parce que je ne sais pas quoi faire d'autre."

J'ai quelques idées pour répondre à cet article de  la sypathique Judith Bernard que je mets ici à contribution,d'autant,-et ce n'est pas moins douloureux,-que dans mon cercle d'amis, tous n'ont pas voté Ségolène....Mais je vous laisse poster vos commentaires!

http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=628



21/05/2007
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