1131-crise de régime ou régression républicaine ? par Jean Glavany 25 posts

D'abord, il y a le procès en illégitimité : la Droite française n'a jamais accepté l'idée même que la gauche puisse gouverner. Quand c'est le cas, ce procès en illégitimité est aussitôt intenté. C'est le cas depuis 2012, comme d'habitude. Le pouvoir, c'est « leur » truc et ceux qui veulent le leur disputer sont des usurpateurs. Point.
Ensuite, il y a les institutions. Celles-ci, on ne le découvre pas aujourd'hui, ont été construites en 1958 pour assurer la prééminence du chef de l'Etat par l'encadrement très rigoureux des droits du Parlement. C'est ce qu'on appelle pudiquement le « parlementarisme rationnalisé », parachevé par le référendum de 1962. Ces institutions protègent le Président et lui permettent d'assurer la stabilité du pouvoir en traversant les crises. Et ça, ça fait enrager la Droite. Protéger le Président, quand c'est De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac ou Sarkozy, elle l'accepte totalement. J'allais dire « goulûment ». Mais que les institutions protègent un Président de Gauche, ça lui est insupportable.
Enfin, il y a l'impatience de la Droite, avivée par les rivalités entre ses principaux leaders. Ils croient déceler un affaiblissement du pouvoir ? Aussitôt ils se précipitent pour être le premier à donner le coup de pouce au destin : la crise de régime est là, selon eux.
Fillon, va même plus loin : « je demande au Président de regarder autour de lui, tout s'écroule ! ». Tu parles. Heureusement la France est plus solide que ne le croit Fillon.
Ajoutez, pour finir, une pincée de drame démocratique provoqué par le règne d'Internet. Voyez une anecdote que je trouve particulièrement significative : la semaine dernière, circule sur le Net une photo des chefs de l'Etat de l'OTAN prise au Pays de Galles. On y voit tous les chefs de l'Etat regarder le ciel vers la droite, sauf Hollande, qui regarde à Gauche. Commentaire de la photo : « L'idiot ». Rien que ça. Et la photo fait le buzz…sauf qu'elle est truquée : la photo élargie montre la même scène plus Angela Merkel qui regarde… dans la même direction que Hollande. L'idiot n'est plus l'idiot. Mais l'excès dans le dénigrement a fait le buzz…
Et si on se calmait ?
Et si on regardait les choses sereinement ?
Peut-être découvrirait-on alors que notre pays, la France, qui connait de très graves difficultés économiques, sociales, budgétaires et financières, ne connait pas vraiment une crise de régime mais une crise morale indéniable qui s'approfondit de jour en jour. Et cette crise morale, j'ose la qualifier : il s'agit pour l' essentiel d'une régression républicaine qui s'approfondit de jour en jour.
A Droite, bien sûr, au nom de l'impatience et du procès en illégitimité décrits plus haut, on se précipite hors du cadre républicain pour mettre en cause la légitimité du Président élu : on exige la démission ou la dissolution (c'est d'ailleurs cocasse de voir les auteurs de la dissolution hasardeuse de 1997 vous donner des leçons en la matière…).
Mais il n'y a pas qu'à Droite que l'esprit républicain régresse : voyez cet ex-Ministre qui croyait pouvoir se répandre partout en dénigrant le Président, ignorant que la République a pour règle le respect des personnes et, en particulier, de ceux que le peuple a élus, et qui se permettait de développer, de l'intérieur une « autre politique », oubliant qu'en République, l'Exécutif doit être un poing ferme et cohérent.
Voyez cette autre Ministre proclamant qu'elle ne « souhaite pas faire partie de la nouvelle équipe » comme si la République avait lancé un appel à candidatures et qu'elle « reprend sa liberté » comme si servir son pays au sein du Gouvernement de la République n'était pas la plus belle des libertés à vivre parce que la plus belle des responsabilités.
Voyez cet autre ex-Ministre –je ne le mélange pas avec les deux autres, il a eu des propos publics plus dignes- mais enfin…- qui porte la plus lourde des responsabilités, l'Ecole de la République, et qui l'abandonne à quelques jours de la rentrée scolaire ! Comme si la République n'exigeait pas de « faire face » !

Voyez cet autre ex-Ministre, inquisiteur farouche pourchassant les fraudeurs fiscaux et qui doit quitter précipitamment le Gouvernement parce qu'on a découvert qu'il « oubliait » de payer ses impôts. Un serviteur de la République méconnaissait les règles élémentaires de celle-ci : le droit d'exercer quelques responsabilités que ce soit est indissociable de l'absolu devoir d'exemplarité. La République, l'équilibre sacré des droits et des devoirs citoyens, oubliée par un élu !!
Et voilà qu'une femme en souffrance, doublement respectable en tant que telle, se laisse aller à un acte de vengeance inqualifiable, parce qu'elle oublie une règle essentielle de la République : la séparation rigoureuse entre vie publique et vie privée ! Et de tous les risques que représente le mélange des genres, il en est un que l'épisode n'a sûrement pas évité : au-delà de l'atteinte à la personne, l'atteinte à la fonction présidentielle ce dont, on peut bien se le dire, la France n'avait vraiment pas besoin.
J'arrête là ma démonstration.
La République est le socle institutionnel sur lequel tous les citoyens de Droite et de Gauche sont censés se réunir.
La République est le cadre à l'intérieur duquel doivent se situer nos propos, nos discours, nos actes politiques.
Elle est aussi notre patrimoine commun, celui dont nous avons hérité de l'histoire, de plus de 2 siècles de combats parfois douloureux, patrimoine dont notre responsabilité première est de la léguer en meilleure état à nos enfants que nous ne l'avons trouvé.
La République a ses règles. Elle a même un esprit, l'esprit républicain.
Y déroger n'est pas sans risque pour nous tous.
Entendons-nous bien : critiquer le Président de la République et son action est un droit. Ca peut même être un devoir. Porter atteinte à sa fonction, c'est jouer avec elle et, parfois même, contre elle. Ca n'est pas admissible.
Voilà pourquoi aussi, je crois à l'indispensable sursaut républicain. Car on peut réfléchir, débattre de je ne sais quelle « nouvelle république ». Mais avant d'être 6ème, la République doit, d'abord rester la République.



15/09/2014
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