1120- Edmond Jouve 9 posts

Voici un article fort intéressant paru dans "La Vie Quercynoise".Edmond Jouve y retrace sa courte vie politique dans le département qui l'a vu naître.Il se trouve qu'Edmond est mon ami depuis 1949 et notre entrée en 6ème dans ce qui était alors le Lycée Gambetta.Nous sommes tous deux lauréats de la journée européenne des écoles.Depuis Edmond a fait de brillantes études suivies d'une longue et prestigieuse carrière .Il est aujourd'hui professeur émérite de Science politique, a enseigné, dirigé des thèses,enseigné dans une très grande université parisienne, écrit de nombreux ouvrages et conseillé de nombreux chefs d'Etat.Nous sommes restés amis et de temps à autre, pour cet article en particulier, il m'a fait l'honneur de solliciter mes souvenirs pour consolider les siens.

J'étais à Ussel Chez Berthe entre les deux tours de cette élection et nous souhaitions le désistement d'Edmond pour Maurice Faure.De joyeux drilles qui ne croyaient guère à la visite de Maurice s'écriaient à chaque fois qu'ils rentraient dans la salle de restaurant après avoir satisfait un besoin urgent:"J'ai vu Maurice Faure...il arrive"ce qui provoquait les rires avinés de la compagnie...Tant et si bien qu'il s'encadra tout à coup dans l'embrasure de la porte ce qui entraina un fabuleux hourra!

Je me souviens aussi de la campagne du premier tour, à Martel où au bout du discours d'Edmond qui parlait politique et présentait son programme tout droit venu du PSU,un vieux monsieur farceur connu dans la ville au Sept tours se leva pour déclarer: "Monsieur Jouve vous êtes un brave homme! vous êtes sympathique,Vous me plaisez! ...Si j'avais deux voix je vous en donnerais une!!!"

                                                        Marc Baldy


Edmond Jouve

« J'ai été surpris que les souvenirs qu'il a confiés à un ami(1) et sur lesquels se sont appuyés, à bon droit, la plupart des commentateurs aient quasiment passé sous silence un épisode important de sa carrière lié aux événements de mai 68. Comme l'intéressé n'est plus là pour écrire cette page où nos destins se sont rencontrés, c'est à moi qu'il revient de faire échapper ces événements à l'oubli. Je vais donc le faire avec minutie et avec le maximum  d'honnêteté .

Revenons à 1967. Maurice Faure est alors une figure centriste (ce qu'il n'a d'ailleurs jamais cessé d'être). On pense à lui pour une candidature à la Présidence de la République. Parallèlement, il ferraille avec les dirigeants de la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) dont François Mitterand fait son cheval de bataille. Il le dit lui-même : « J'essayais en vain, depuis une dizaine d'années, de me rattacher à un centre qui était en voie de disparition(2) ».

Voilà que les élections législatives ont lieu en cette année 1967. Il doit affronter un candidat communiste et, surtout, celui de Georges Pompidou qui, de sa bergerie de Cajarc, surveille avec vigilance la vie politique du Lot. Il souhaiterait faire entrer ce département dans sa majorité. Un de ses amis, particulièrement bien implanté et actif, ferait l'affaire. Il se nomme Jean-Pierre Dannaud. Il sait que s'il est élu dans le Lot un avenir brillant s'ouvrira devant lui. Au soir du 1er tour il arrive en tête ; c'est un coup de tonnerre dans le Lot et pour Maurice Faure.

A l'annonce des résultats à la mairie de Cahors, plusieurs conseillers sont témoins du désarroi du maire. En effet on a beau tourner et retourner les chiffres, il ne peut être élu sans les voix communistes que les dirigeants n'acceptent de « donner » qu'à un partisan de la FGDS.

Déchiré au fond de lui-même, Maurice Faure est bouleversé par la décision qu'il doit prendre. Il se laissera même photographier par la presse nationale en pyjama et dans son lit.

Les communistes sont à l'affût et lui proposent de tourner casaque pour sauver son siège, autrement dit d'adhérer au groupement qu'il n'avait cessé de combattre.

Ce qui fut fait et permis à «l'Empereur » du Lot (3) de ne pas abdiquer. Même si, selon ses dires, « ce ralliement à le FGDS se fit dans des conditions détestables »(4).

Puis vint Mai 68. Maurice Faure ne s'est guère engagé dans le Mouvement. Tout au plus s'est-il rendu une fois à Paris au théâtre de l'Odéon, occupé.

A la suite de la dissolution de l'Assemblée Nationale par le Général de Gaulle, de nouvelles élections législatives ont lieu en juin 1968. Mon vieil ami Robert Chapuis, que j'avais connu au sein de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) étant candidat dans le 14e arrondissement de Paris, où j'habitais, m'avait demandé de l'aider dans sa campagne. J'avais accepté bien volontiers.

Depuis quelque temps, j'avais adhéré au Parti Socialiste Unifié (PSU) de Michel Rocard. Cela ne posa donc aucun problème .

Mais, au bout de quelque jours, où je travaille sous la houlette de Geneviève Rennes, Robert Chapuis me suggère d'aller voir Marc Heurgon et Michel Rocard au siège du parti.

Après s'être informés de mon département d'origine – le Lot -, ils me demandent, à ma grande stupéfaction, si j'accepterais d'être candidat dans la 1ère circonscription, celle de Cahors. J'ignore tout de ce qui s'y passe. Je ne sais même pas si quelque candidat n'a pas été désigné et si, en cas de réponse positive de ma part, une équipe pourra m'aider à battre la campagne.

Je décide d'appeler mon ami Gabriel Loubradou alors adjoint de Maurice Faure à la mairie de Cahors. Après un délai de réflexion, il me rappelle au petit matin. Après avoir répondu « oui » à mes questions, il m'encourage à « descendre » le plus vite possible. Je prends ma 2 CV et me dirige vers Cahors de façon à pouvoir m'inscrire avant minuit. A Souillac,  les difficultés commencent, un candidat est sur le point d'être investi. Je le rencontre et nous tombons finalement d'accord sur ma candidature. Je poursuis sur le chef-lieu et arrive finalement à la préfecture à minuit moins cinq, cinq minutes avant la clôture des inscriptions.

Je suis donc un candidat « surprise » de dernière minute, dans cette circonscription-témoin. La presse départementale et nationale s'intéresse donc à moi. Le Figaro déclare, sans même me consulter, «qu'un jeune universitaire, assistant à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, originaire de Nadaillac-de-Rouge (naturellement) vient défendre les couleurs de Mai 68 ».

J'ai pour suppléant un médecin du cru, Jean-Piere Cambou, interne au Centre hospitalier Jean Rougié, à Cahors. Le Parti Communiste présente Yves Arènes, avec, pour suppléant, Joseph Teysseyre, conseiller général de Cahors-sud. Jean-Pierre Dannaud, conseiller général du canton de Lauzès, porte les couleurs de l'Union pour la Défense de la République (UDR) avec, pour suppléant, André Carle, conseiller général du canton de Luzèch. Maurice Faure est alors député FGDS sortant, maire de Cahors, conseiller général du canton de Montcuq. Il a pour suppléant Henri Mercadié, maire de Parnac, conseiller général du canton de Catus.

Le lendemain de mon arrivée, l'équipe, composée entre autres de Pierre Laborie, Serge Lorquin, Jean-Marc Turreau et M. Mailhol, se met à ma disposition et avec elle je fais une campagne paticulièrement active, visitant la totalité des communes. Avec 3697 voix, je fais un pourcentage dépassant la moyenne nationale obtenue par le PSU.

Il s'agit donc d'un succès mais pour moi la partie est néanmoins terminée. A ceci près que je dois ou non me désister au bénéfice d'un des candidats restés en lice.

Maurice Faure sait qu'il a besoin d'une partie de mes voix pour être élu, autrement dit pour l'emporter sur Jean-Pierre Dannaud.

S'agisssant de ce dernier, je dois à la vérité de dire qu'il ne m'a pas approché, ni fait approcher. Alors que nous l'appelions volontiers « Dannaud la matraque » en raison de la répression au Quartier latin, il se bornait à dire de moi que j'étais « le plus petit candidat avec la plus grande photo » (ce qui n'était pas faux).

Avec Maurice Faure, les choses furent plus compliquées. Il m'envoie un émissaire qui me propose « une aide pour le financement de ma campagne » et surtout qui me fait part de l'intention de M. Faure de venir me voir à Nadaillac-de-Rouge. A la première question, je réponds vivement que « nous avons peu de voix mais qu'elles ne sont pas à vendre ».

La deuxième question était encore plus embarrassante. Je compris bien ce qui était en jeu : ma future implantation dans la vie politique lotoise, notamment dans le canton de Payrac. A moi de poser les bonnes questions et de demander les assurances nécessaires, fussent-elles écrites. Le marchandage qui s'annonçait ne me paraissait pas très digne et j'eus tôt fait de rejeter cette proposition dont l'acceptation eût été assurément blessante pour l'un des signataires des Traités de Rome (5) sur le marché commun et l'Euratom.

En préparant ma thèse de doctorat sur «  le Général de Gaulle et la construction de l'Europe », l'action menée par mon compatriote du Lot ne m'avait pas échappé. En dépit des circonstances, je souhaitais ne pas humilier un grand serviteur de la République dont je savais bien qu'il s'était aliéné une partie des tabaculteurs du département dont certaines voix en 1957 et 1958 lui avaient cruellement fait défaut.

J'eus alors la faiblesse de penser que même sans engagement formel Maurice Faure saurait, s'il le fallait, avoir l'élégance de se souvenir.

Or, il n'en fut rien. L'appui que je lui apportais, qui me coûta tant, fut sans lendemain. Plus même : pendant de longues années, il s'employa avec des complices, à m'empêcher d'exercer le moindre mandat électoral .

Que s'est-il donc passé entre les deux tours ?

Au lendemain des premiers résultats, j'offris comme il est d'usage un repos à l'ensemble de ceux qui m'avaient aidé. On me proposa et l'on prit toutes dispositions pour que ce dîner convivial ait lieu dans une ferme auberge « Chez Berthe » à Ussel, près de Cahors. Bien entendu, il devait être question de ma position sur le désistement. Accepterais-je oui ou non de demander à ceux qui avaient voté pour moi de reporter leurs suffrages sur le nom de Maurice Faure ? La question n'était pas tranchée. Je savais le problème difficile à résoudre car le candidat était connu pour ses positions centristes peu dans l'air du temps. Quant à moi, dans mes discussions avec Michel Rocard j'avais fait remarquer qu'il y aurait un 2e tour ; on m'avait répondu que mon point de vue serait, bien sûr, largement pris en compte.

A Ussel, nous sommes nombreux. Très vite on me demande si je suis « vraiment » démocrate. Je comprends assez rapidement que sans doute, par le plus grand des hasards, une majorité de la salle est «fauriste». Je saisis même  – suprême habileté – que Maurice Faure a très probablement facilité ma candidature. Il s'en est expliqué auprès de Pierre Viansson-Ponté qui écrit dans le journal «Le Monde» que après s'être défoulés sur une candidature PSU, les électeurs de gauche de tous acabits voteraient plus facilement pour lui au second tour.

Nous en étions là. Autre étrangeté de la soirée, on crie toutes les cinq minutes que Maurice Faure est présent. Et puis voici que, entre la poire et le fromage, nous le voyons arriver dans l'encoignure d'une porte soulevant par sa présence un intense brouhaha.

Il me demande s'il peut s'adresser à la salle, ce que, bien entendu, j'accepte facilement. Il aperçoit même un de mes tracts avec le slogan suivant «  Voter Jouve, c'est voter Mendès-France ». Saisissant la balle au bond, il explique – signe des temps - « que Mendès-France était plus recommandable que François Mitterrand ». A la suite d'une assez longue conversation, Maurice Faure s'en va nous laissant seuls pour prendre notre décision. Je le raccompagne à sa voiture où j'ai la surprise d'apercevoir Mme Faure et je lui dit qu'elle aurait pu se joindre à nous.

Le plus dur restait encore à faire. De tous côtés je suis sollicité de prendre une décision en faveur de Maurice Faure. D'autres voix, tout aussi fermes, m'emjoignent de déclarer « Dannaud , Maurice Faure, c'est la même chose ».

Ne souhaitant pas me prononcer sous la menace , je déclare que  « je ferai part de ma décision le lendemain à Nadaillac en essayant de tenir compte des positions des uns et des autres ».

J'avais été frappé par la déclaration de Maurice Faure disant que désormais il se situait à gauche. Si tel est le cas, je souhaite qu'il l'affirme haut et fort partout où il passera avant le second tour. Mon communiqué indique que « je me désiste en faveur du candidat de gauche le mieux placé ». Sans citer aucun nom.

Me trouvant à Cahors dans l'après-midi, je constate avec dépit que des affiches ont été placardées dans la ville, sans mon accord, appelant de ma part à voter pour Maurice Faure.

Le deuxième tour a finalement lieu. Maurice Faure est réélu avec 21998 voix contre 21471 voix à Jean-Pierre Dannaud. Il l'emporte avec 517 voix puisées dans mes suffrages. Le moins qu'on puisse dire est qu'il a eu chaud ! Apparemment tout cela l'a contrarié et pendant longtemps il m'en tiendra rigueur. Quelques années passent et voilà qu'avec la disparition du sénateur Georges Constant, Payrac n'a plus de maire et ne sait guère à quel saint se vouer .

Sans avoir rien sollicité, une proposition m'est faite par un groupe d'habitants de Payrac pour présenter ma candidature.  Je me fais beaucoup prier. A la troisième ou quatrième fois j'accepte finalement. On me demande alors de me rendre à Payrac ; rendez-vous est pris. Et voilà que le lendemain on me dit qu'Abel Mespoulet «tourne» dans Payrac. L'équipe flanche et je décide de rester tranquillement chez moi. J'apprendrai, de source bien informée, que c'est sous couvert de Maurice Faure que cette candidature avait été sollicitée. Par la suite, c'est à Nadaillac que je suis pressenti. Même scénario que précédemment : c'est encore Abel Mespoulet qui est chargé de me barrer la route en quittant la mairie de Payrac pour celle de Nadaillac. Je me dis alors que l'on était bien loin des propositions qu'on devait me transmettre en 1968. N'ayant rien demandé, j'aurais compris qu'on ne m'ait rien offert. Mais de là à s'acharner ainsi contre moi…

La forteresse politique du Lot se révélant de tous côtés imprenable (6), force était pour moi de trouver une autre solution pour tenter de faire bénéficier ma région des acquis que j'avais pu engranger depuis la fin de mes études.

Il me sembla que la francophonie pourrait servir de champ d'expérimentation et me permettre de faire travailler avec moi des jeunes et des moins jeunes prêts à s'investir dans une action internationale et culturelle. Telle fut l'origine de nos colloques francophones (7) du canton de Payrac dont le premier se tint à Masclat en 1991 avec pour thème « l'écrivain Pierre Benoît ». Le succès fut immédiat. L'ancien Président de la République du Liban, Charles Hélou, vint tout droit de Beyrouth. Dans la salle se pressaient d'autres personnalités prestigieuses : le préfet du Lot, le Président de l'Alliance Française, le Président du Conseil Général du Lot. Mais point de Maurice Faure lors des travaux ; il nous rejoindra plus tard.

Il se rattrapa brillamment l'année suivante en faisant le voyage de Cahors pour saluer l'un des plus grands écrivains de ce temps : l'Albanais Ismaïl Kadaré. Lorsque Maurice Faure arrive, la séance vient de commencer depuis quelques minutes. Je lui cède la parole et l'invite à la tribune, ce qu'il fait volontiers, improvisant avec art une intervention destinée à nous raconter son premier voyage à Tirana. Il parle ensuite de l'écrivain que nous recevons, déclarant avec fougue : « Cet écrivain est plus grand que la salle où nous nous trouvons !». Pendant ce temps, un à un, les élus prenaient place le plus discrètement possible. Un apéritif était prévu chez nous, à Nadaillac. J'y convie Maurice Faure. Il accepte mais ne restera pas pour le déjeuner car il est attendu pour une réunion importante relative au tracé de l'autoroute Paris-Toulouse. Nous voici donc à Cassagnes, le hameau qui m'a vu naître ; je lui fais ainsi qu'à Ismaïl Kadaré les honneurs de la maison, et c'est Maurice Faure qui avec un réel plaisir présente à notre ami albanais une maison typique, avec son «cantou», l'évier en pierre, la grande table de bois, la pendule et la fontaine en cuivre.

Nous voilà amis. Maurice Faure va nous aider à obtenir les crédits nécessaires à nos manifestations et va présider une séance du colloque consacré à Gaston Monerville. Bien entendu, son intervention est remarquée ; il évoque en détail les relations étroites qu'il avait nouées avec l'ancien Président du Sénat. Il est tout près de moi à la tribune, ce qui lui permet de me glisser à l'oreille si ce sont bien les enfants de l'école de Payrac qui entonnent «Ti momo» (chanson de campagne du candidat guyanais). Son émerveillement est complet. Merci encore au directeur d'école, Jean-Yves Brunerie, qui pendant un an avait préparé ses élèves, avant qu'ils ne partent eux-mêmes l'année d'après en Guyane.

Lorsque Maurice Faure sera fait Commandeur de la Légion d'honneur, je ne manquerai pas de le féliciter, ce qui me vaudra un mot personnel. Nous en resterons là jusqu'à sa disparition en mars 2014. Loin de France, je n'ai pu assister à ses obsèques. J'ai choisi mon blog pour évoquer son souvenir. Peut-être Maurice Faure m'a-t-il sans le vouloir rendu service. Certes, c'est bien volontiers que j'aurais parcouru les routes du Lot ; tel n'était pas mon destin, d'autres cieux se sont ouverts à moi et j'ai pu connaître le vaste monde !

C'est d'Astana, capitale du Kazakhstan, alors qu'un vent violent souffle sur la steppe, que j'écris cette page de souvenirs. »

1 -M. Faure, C. Delacampagne, D'une République à l'autre, Plon, 1999.
2- M. Faure, C. Delacampagne, D'une République à l'autre, op. cit., p. 113.
3 – M. Faure, C. Delacampagne, op. cit., p. 121.
4 – M. Faure, C. Delacampagne, op. cit., p. 113.
5 – Voir B. Riondel, Maurice Faure, un artisan de la construction européenne, Thèse de doctorat, Université Paris I, 1997.
6 – Voir A. Marciel, Maurice Faure, l'étonnant destin politique, Cahors Publifusion, 1997.
7 – Voir E. Jouve, Vers un monde nouveau, Bruxelles, Brylant, 2010.



25/05/2014
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